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Pour un recrutement plus… sage des magistrats

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Qu’est-ce qu’un bon juge ? Cette question est très difficile à trancher tant sont nombreuses les qualités techniques et humaines requises de ceux à qui l’on confiera cette lourde tâche. A la lumière de certaines affaires récentes, à commencer par celle d’Outreau, une évidence ressort cependant : des améliorations sont possibles en matière de recrutement et de formation de nos magistrats. A commencer par une plus grande exigence en en termes de maturité. Juger est en effet un acte grave, psychologiquement exigeant. Or, quand ils commencent à exercer, nos juges sont souvent très jeunes et dépourvus d’expérience. C’est une erreur, qu’il faut corriger.

Dans d’assez nombreux pays Ă©trangers, les juges sont en fait des juristes qui ont d’abord exercĂ© comme avocats, souvent durant de longues annĂ©es et qui – expĂ©rience accumulĂ©e et parfois fortune faite -, « basculent Â» vers le mĂ©tier de magistrat. Aucun système n’est parfait, et ce parcours prĂ©sente ses inconvĂ©nients. Mais ils sont sans aucun doute moins inquiĂ©tants que ceux que gĂ©nère notre propre système de formation et de recrutement : hĂ©ritier d’un dispositif gĂ©nĂ©ral qui est celui de la fonction publique il sĂ©lectionne sur concours des individus aux qualitĂ©s intellectuelles incontestables mais qui sont très jeunes et dont on ne mesure pas ou très peu la capacitĂ© opĂ©rationnelle et psychologique Ă  endosser leurs futures fonctions. Des dispositifs parallèles permettent certes Ă  certains fonctionnaires issus d’autres corps, ou encore Ă  des professionnels de justice venus d’autres mĂ©tiers (avocats…), de devenir juges. Mais ils sont très minoritaires. 90% de nos juges viennent de l’ENM, l’Ecole Nationale de la Magistrature. Dans la plupart, des cas, nos juges sont ainsi amenĂ©s Ă  commencer leur carrière entre 25 et 30 ans, au sortir de leur pĂ©riode de formation. La « qualitĂ© Â» de leurs jugements s’en ressent parfois.

C’est pourquoi l’Institut Montaigne plaide depuis longtemps pour que des hommes et des femmes plus expĂ©rimentĂ©s puissent devenir magistrats. A cette fin, on pourrait repousser la limite d’âge pour entrer Ă  l’ENM,. Aujourd’hui, il faut en effet avoir moins de 27 ans pour commencer une formation de magistrat. Pourquoi ne pas remonter cette limite d'âge Ă  40 ans (option 1) ? Autre possibilitĂ© (option 2) : au lieu de prĂ©voir un âge limite d’entrĂ©e Ă  l’ENM, pourquoi ne pas fixer a contrario un âge minimal d’entrĂ©e Ă  l’Ă©cole – fixĂ© Ă  30 ans - et imposer une expĂ©rience professionnelle prĂ©alable d’au moins 3 Ă  6 ans dans la vie civile ? Les Ă©preuves du concours de l’ENM seraient modifiĂ©es en consĂ©quence, l’examen en commission du dossier des candidats devenant une Ă©tape essentielle de l’admission. L’aptitude Ă  juger des candidats serait ainsi autant considĂ©rĂ© que leurs connaissances « scolaires Â», lesquelles pèsent aujourd’hui, dans la tradition française, beaucoup trop lourd.

Au final, quel que soit l’option retenue, l’avantage de cette proposition est Ă©vident : mettre Ă  la disposition de notre Justice des magistrats qui ont une plus grande connaissance de la vie et des hommes, acquise sur le terrain, dans le public ou dans le privĂ©. Comme dans d’autres pays europĂ©ens, devenir juge serait ainsi, non pas le commencement, mais le couronnement d’une carrière – Ă  tout le moins, une Ă©volution dĂ©sirĂ©e par les intĂ©ressĂ©s, mais rendue possible par un engagement passĂ© qui atteste de leurs aptitudes opĂ©rationnelles, et pas seulement de leurs capacitĂ©s intellectuelles.

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