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20/12/2010
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Pour des loyers plus justes dans le parc HLM

Pour des loyers plus justes dans le parc HLM
 Gunilla Björner
Auteur
Ancienne responsable des relations institutionnelles de l'Institut Montaigne

Alors que la température descend en-dessous de zéro, 1,2 million de ménages pauvres ou modestes attendent un logement social en France. Au même moment, on apprend que le parc social loge 378 000 familles "riches". De surcroît, la plupart de ces familles aisées habitent en Ile-de-France où la question du logement est particulièrement difficile pour les classes moyennes et modestes.

Les chiffres de l’ONPES (Observatoire national de la pauvretĂ© et de l’exclusion sociale), relayĂ©s rĂ©cemment par La Tribune[1], sont en effet surprenants :

  • 378 000 familles "aisĂ©es", disposant d’un revenu de 5300 Ă  6400 euros mensuels (après impĂ´t), sont logĂ©es dans un logement HLM. Parmi ces familles, 207 000 habitent en Ile-de-France.
  • Parmi les familles qui font partie des 10% des foyers les plus riches de France), 53 000 habitent un HLM (dont 37 000 en Ile-de-France). Ces mĂ©nages disposent d’au moins 13 500 euros (après impĂ´t) par mois pour une famille avec deux enfants.

Suite Ă  la divulgation de ces donnĂ©es, le Premier ministre a publiĂ© une circulaire demandant aux PrĂ©fets de rĂ©gion et de dĂ©partement d’amĂ©liorer la transparence dans l’attribution des logements sociaux. Si ce point est certes très important, il ne suffira pas Ă  lui seul pour redonner sa vocation sociale au parc HLM. D’ailleurs, faut-il rĂ©server le parc social uniquement aux mĂ©nages les plus modestes ? Pas forcĂ©ment.

Introduire un loyer mutuel dans le parc HLM

L’Institut Montaigne pense en effet qu’il faut prĂ©server la mixitĂ© sociale dans le parc HLM, mais sans pour autant y loger les familles les plus fortunĂ©es de France.

Dans son Ă©tude HLM, parc privĂ© – Deux pistes pour que tous aient un toit (juin 2008), il propose ainsi d’introduire le concept de "loyer mutuel". Le loyer mutuel serait fonction des revenus des locataires. Il serait plus Ă©levĂ© que le loyer HLM "normal" pour les mĂ©nages aux revenus les plus Ă©levĂ©s du parc mais, plus faible pour les mĂ©nages les plus modestes. Les sommes supplĂ©mentaires dĂ©gagĂ©es grâce Ă  ce nouveau système devraient ĂŞtre mutualisĂ©es pour aider les mĂ©nages les plus dĂ©munis pour qui mĂŞme les logements sociaux sont devenus trop chers. Le loyer mutuel pourrait ĂŞtre d’abord simulĂ©, puis expĂ©rimentĂ© avec un bailleur social volontaire sur un ou plusieurs ensemble(s) immobilier(s) dĂ©fini(s).

Des avantages multiples

Les avantages potentiels de ce nouveau système sont multiples.

- D’abord, pour les locataires d’un logement social ayant des ressources Ă©levĂ©es, le loyer mutuel serait supĂ©rieur au loyer HLM "normal" actuel et pourrait ĂŞtre proche du loyer du marchĂ© pour les mĂ©nages aux ressources les plus Ă©levĂ©es. Les mĂ©nages "aisĂ©s" qui, malgrĂ© cela, dĂ©sireraient rester dans leur logement social contribueraient Ă  la mixitĂ© sociale et aideraient Ă  solvabiliser les mĂ©nages aux revenus plus modestes.

- Ensuite, les rentes de situation actuelles, très désincitatives à la mobilité, disparaîtraient (car le loyer deviendrait proportionnel au revenu).

- Enfin, le niveau de loyer ne devrait plus constituer un obstacle pour les ménages modestes souhaitant déménager au sein du parc social.

Ce système permettrait Ă©galement de mettre fin au dĂ©calage entre l’offre (la construction de nouveaux logements sociaux) et la demande sociale, phĂ©nomène rĂ©gulièrement dĂ©noncĂ© par la Fondation AbbĂ© Pierre. La Fondation[2] note en effet que la production de logements sociaux compte de plus en plus de logements PLS (PrĂŞt locatif social)[3] (leur nombre a Ă©tĂ© multipliĂ© par 4 entre 2001 et 2006), alors que ces logements sont inaccessibles pour la plus grande partie des demandeurs de logement social.

Notes

[1] "53 000 ménages parmi les plus riches de France logés en HLM", Sophie Sanchez, La Tribune, 29 novembre 2010.

[2] L’état du mal-logement en France, rapport annuel 2008.

[3] PLS (Prêt locatif social) : il s’agit de logements sociaux de type intermédiaire et dont le loyer est supérieur au niveau de loyer des logements sociaux "standards".

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