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PĂŽle emploi est-il en train de se rĂ©inventer ?

PÎle emploi est-il en train de se réinventer ?
 Institut Montaigne
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"65 % des demandeurs d'emploi satisfaits des services de Pôle emploi en 2015", c'est ce que révèle un sondage Ipsos paru le 21 janvier 2016. Depuis 2015, Pôle emploi a remodelé son offre : nouvelle organisation et nouveaux produits. Des mutations nécessaires pour l'agence nationale dont la pertinence est questionnée par l'arrivée de nombreux concurrents digitaux.

Réinventer PÎle emploi

L’agence publique, souvent dĂ©criĂ©e dans les mĂ©dias, a dĂ» engager de nombreuses transformations afin de mieux rĂ©pondre aux attentes des demandeurs d’emploi et des entreprises, mais aussi afin d’aligner son offre sur celle de la concurrence. 

L’axe prioritaire pour rĂ©inventer l’offre de PĂŽle emploi est celui de la digitalisation. C’est dans cet esprit que l’agence a dĂ©veloppĂ© ses services numĂ©riques, tels que l’inscription et la demande d’indemnisation en ligne, et a dĂ» Ă©toffer le contenu web de son site. Pour cela, l’agence a nouĂ© des partenariats avec des sites concurrents afin de rĂ©unir le plus d’offres d’emploi possibles, et a créé un nouveau service web, l’"Emploi Store", qui offre de nouveaux outils aux demandeurs d’emploi.

Par ailleurs, en 2016, digitalisation signifie big data. L’exploitation de ces donnĂ©es est un passage obligĂ© pour amĂ©liorer la performance du service public comme le dĂ©fend l’Institut Montaigne dans son Ă©tude Pour un New Deal numĂ©rique. L’agence nationale en possĂšde des milliers, et elle commence tout juste Ă  les utiliser comme le montre l’exemple de sa startup interne "la bonne boĂźte" qui s’attaque au marchĂ© des offres d’emploi cachĂ©es. PĂŽle emploi a d’ailleurs dĂ©cidĂ© de partager ses big data, sous rĂ©serve d’anonymat, afin de permettre aux entrepreneurs d’exploiter cette base en open source et de rĂ©inventer les services de l’agence nationale. 

Un autre axe d’évolution pour l’agence est celui d’apprĂ©hender tous les acteurs de l’emploi, c’est-Ă -dire intĂ©grer dans son rĂ©seau ceux qui offrent l’emploi, Ă  savoir les entreprises, et non plus seulement les demandeurs d’emploi. L’agence a besoin d’ĂȘtre au plus prĂšs des rĂ©alitĂ©s locales du marchĂ© du travail afin de mieux guider les demandeurs dans leur parcours. Un effort qui se dessine depuis l’automne 2015 quand PĂŽle emploi a dĂ©ployĂ© des conseillers entreprises dans ses agences afin qu’ils accompagnent les TPE et PME dans leur recrutement en fonction des spĂ©cificitĂ©s liĂ©es Ă  leur ancrage territorial.

Priorité aux résultats

Ces rĂ©formes structurelles ont besoin d’ĂȘtre portĂ©es par une nouvelle stratĂ©gie, Ă  savoir la culture de la performance et du rĂ©sultat. Chaque entitĂ© doit pouvoir ĂȘtre Ă©valuĂ©e si l’on veut faire de PĂŽle emploi le champion de la politique de l’emploi française. Cependant, il faut ĂȘtre attentif Ă  ce que l’on Ă©value ; il ne s’agit pas de mesurer la performance de PĂŽle emploi par rapport aux chiffres du chĂŽmage : l’agence ne crĂ©e pas de l’emploi, elle met en relation une offre et une demande. Ce changement de culture semble s’amorcer depuis 2016 et la publication des rĂ©sultats de l’action de PĂŽle emploi agence par agence.

Au niveau national, on peut retenir que 3,7 millions de demandeurs ont retrouvĂ© un emploi entre janvier et septembre 2015. En 2014, c’étaient 2,2 millions de recrutements rĂ©ussis par PĂŽle emploi pour 6,3 millions d’inscriptions.

Nos propositions pour amĂ©liorer l’action de PĂŽle emploi

Dans son ouvrage Pour en finir avec le chĂŽmage, Bertrand Martinot appelle Ă  repenser la politique de l’emploi française et notamment en recentrant son organisation autour de PĂŽle emploi. L’action publique est aujourd’hui Ă©parpillĂ©e entre PĂŽle emploi, les missions locales, le rĂ©seau Cap Emploi, l’APEC et les collectivitĂ©s territoriales, en plus des diffĂ©rents Ă©chelons compĂ©tents allant de la commune Ă  l’Union europĂ©enne. Une rĂ©forme de grande ampleur semble s’imposer afin de simplifier le millefeuille administratif qui fait coexister des pouvoirs locaux, des opĂ©rateurs ou encore des services dĂ©concentrĂ©s de l’État.

Pourquoi s’appuyer sur PĂŽle emploi ? En tant qu‘opĂ©rateur de l’État, l’agence dispose d’un vaste maillage territorial d’environ 900 agences ainsi que d’une connaissance fine du marchĂ© du travail local : ce qui en fait l’acteur clef de l’emploi en rĂ©gion. Cependant, si on permet Ă  PĂŽle emploi de prendre le leadership de la politique de l’emploi en France, il faut continuer d’opĂ©rer un mouvement de dĂ©concentration qui laissera les agences rĂ©pondre aux problĂ©matiques locales. On peut imaginer cette agence placĂ©e sous le contrĂŽle d’une instance regroupant des reprĂ©sentants de l’État, du conseil rĂ©gional, des partenaires sociaux et des usagers afin d’assurer la bonne gouvernance de la politique de l’emploi française.

Dans son rapport DĂ©centralisation : sortons de la confusion, l’Institut Montaigne souligne la responsabilitĂ© centrale de l’État dans le champ de l’emploi et du chĂŽmage. Celle-ci n’est, pour autant, pas incompatible avec une gestion fortement dĂ©centralisĂ©e de ces politiques au profit des rĂ©gions. C’est pourquoi nous proposons un regroupement des opĂ©rateurs publics et parapublics de l’emploi autour de PĂŽle emploi, pour minimiser les coĂ»ts et maximiser l’efficience de ces politiques. La rĂ©ussite d’un tel programme inclue, en tout Ă©tat de cause, une forte dĂ©centralisation de PĂŽle emploi, qui gĂšrera les politiques d’emploi et de formation au plus prĂšs des besoins des territoires. 

C’est cette logique que semble avoir privilĂ©giĂ©e le gouvernement qui a dĂ©cidĂ©, ce lundi 29 fĂ©vrier, d’attribuer aux rĂ©gions le pilotage du plan de formation des chĂŽmeurs annoncĂ© par François Hollande le 31 dĂ©cembre 2015.

Par Ingrid Lanoë pour l'Institut Montaigne

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