AccueilExpressions par MontaignePlan 500 000 formations : le choix de la quantitĂ© plutĂ´t que de la qualitĂ© ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique29/03/2016ImprimerPARTAGERPlan 500 000 formations : le choix de la quantitĂ© plutĂ´t que de la qualitĂ© ?Auteur Blanche Leridon Directrice des Ă©tudes France de l’Institut Montaigne, spĂ©cialiste des questions dĂ©mocratiques et institutionnelles Le "plan 500 000 formations", annoncé au mois de janvier par François Hollande et plébiscité par les présidents de régions, se met en ?uvre. Cinq conventions régionales ont déjà été signées par l'État, la région et les partenaires sociaux. Elles permettront de former un million de chômeurs en 2016, dans les 13 nouvelles régions métropolitaines. Le dispositif, dont le budget est intégralement abondé par l'État, devrait coûter 1 milliard d'euros. Si l'attention se focalise aujourd'hui principalement sur les chiffres ? 500 000 demandeurs d'emploi formés ?, le retard français en matière de formation ne peut s'apprécier uniquement en termes quantitatifs. La capacité d'une telle mesure à résorber durablement le chômage déprendra essentiellement de la qualité des formations délivrées et d'un ciblage cohérent des bénéficiaires de celles-ci.500 000 formations, 1 milliard d’euros, 13 rĂ©gions"Une prioritĂ© politique pour l’annĂ©e 2016" : c’est ainsi que l’instruction du ministère du Travail qualifie le plan de formation annoncĂ© par le PrĂ©sident de la RĂ©publique. Cette instruction doit servir de cadre aux 13 conventions qui seront signĂ©es par les rĂ©gions avant le 31 mars 2016. La rĂ©gion est, en effet, aux cĂ´tĂ©s de l’État et du COPAREF (ComitĂ© paritaire interprofessionnel rĂ©gional pour l’emploi et la formation professionnelle), l’un des principaux acteurs en charge de la mise en Ĺ“uvre du plan. L’effort de chacune des rĂ©gions en termes de formations est dĂ©fini dans un document annexe : avec 118 600 formations, l’Île-de-France devrait porter 14 % de l’effort de formation Ă l’échelle nationale. La rĂ©gion est suivie de près par Auvergne RhĂ´ne-Alpes (90 574) et Languedoc-Roussillon Midi-PyrĂ©nĂ©es (90 359). Ă€ l’autre extrĂ©mitĂ© de la chaĂ®ne, la Corse, avec 3 326 formations. Ces objectifs chiffrĂ©s permettront de dĂ©terminer le montant de la participation financière de l’État pour chacune des rĂ©gions, sur la base du milliard d’euros annoncĂ©. Le coĂ»t moyen unitaire par formation est estimĂ© Ă 3 000 euros.Formation professionnelle : beaucoup de moyens, peu de rĂ©sultatsLa France dĂ©pense près de 32 milliards d’euros chaque annĂ©e pour la formation professionnelle, un montant Ă©levĂ© Ă la lumière des dĂ©penses moyennes des pays de l’OCDE alors que le nombre de personnes formĂ©es reste faible : seulement 36 % des adultes âgĂ©s de 25 Ă 64 ans participent chaque annĂ©e Ă des activitĂ©s de formation en France. La moyenne OCDE s’élève, quant Ă elle, Ă 50 %, elle atteint mĂŞme les 70 % au Danemark, en Finlande et en Suède. Le dĂ©ficit français en termes de formation professionnelle est fortement prĂ©judiciable Ă l’activitĂ© Ă©conomique du pays, tout particulièrement dans une pĂ©riode marquĂ©e par un taux de chĂ´mage structurellement Ă©levĂ©. Cependant, l’urgence aujourd’hui n’est pas tant du cĂ´tĂ© d’une offre insuffisante que d’un double dĂ©ficit de qualitĂ© et de ciblage des formations dispensĂ©es. Sans une refonte totale de ces deux volets, la rĂ©ussite du "plan 500 000" semble compromise.RĂ©tablir la qualitĂ© et le ciblageSi la rĂ©forme de la formation professionnelle du 5 mars 2014 a permis de rééquilibrer un système particulièrement lourd et inĂ©galitaire, de grandes avancĂ©es restent Ă faire. Le premier enjeu rĂ©side dans la qualitĂ© des formations dispensĂ©es. Très peu Ă©valuĂ©s et encadrĂ©s, le nombre de prestataires ne cesse de croĂ®tre en France, sans jamais faire l’objet d’une certification. La question de la qualitĂ© de l’offre de formation, maintes fois soulevĂ©e, constitue l’angle mort de la rĂ©forme de 2014, et elle n’a pas non plus Ă©tĂ© abordĂ©e dans le cadre du "plan 500 000". En Allemagne, dans le cadre des lois Hartz, un système de certification a Ă©tĂ© mis en place, il a permis de faire Ă©merger 4 000 prestataires certifiĂ©s, contre plus de 10 000 au dĂ©but des annĂ©es 2000. Dans notre note RĂ©forme de la formation professionnelle : entre avancĂ©es, occasions manquĂ©es et pari financier, nous rappelons qu’en l’absence d’une certification indĂ©pendante de la qualitĂ© des formations, il est Ă craindre qu’une forte hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des prestataires ne subsiste, au dĂ©triment du service rendu aux individus et aux entreprises. Deuxième Ă©lĂ©ment : le bon ciblage. En France, la formation bĂ©nĂ©ficie globalement aux individus les plus qualifiĂ©s, au dĂ©triment des salariĂ©s sans diplĂ´me qui ont accès Ă des formations de plus en plus courtes, davantage assimilables Ă des actions d’adaptation qu’à de vĂ©ritables formations. Un meilleur ciblage en direction des peu qualifiĂ©s, doublĂ© d’un contrĂ´le accru de la qualitĂ© des prestations est aujourd’hui nĂ©cessaire. Ces Ă©lĂ©ments, absents de la rĂ©flexion autour du "plan 500 000", sont autant d’impĂ©ratifs sans lesquels aucun rĂ©sultat satisfaisant ou durable ne pourra ĂŞtre obtenu.ImprimerPARTAGER