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Pittsburgh : le long terme refait surface

 François Rachline
Auteur
Directeur général de l'Institut Montaigne de 2009 à 2010

Au-delà des apparences, le G20 de Pittsburgh constitue un point d’inflexion. Certes, bien des sujets restent en suspens : le rôle du dollar dans l’économie mondiale, la réforme des agences de notation, la modification radicale des normes comptables, la réglementation des fonds spéculatifs, l’organisation en un véritable marché des CDS (Credit Default Swaps) qui représentent toujours la moitié des transactions financières mondiales. Sur tous ces points, le G20 ne dit pas grand-chose, en tout cas rien de visible. Pourquoi donc s’agit-il d’un changement ?

C’est une Ă©volution de quatre points de vue :

1/ Dans la lutte qui oppose le court terme au long terme, le second vient de marquer un point Ă  Pittsburgh
2/ Le glissement du G8 au G20 marque un tournant de la gouvernance économique mondiale
3/ L’Ă©mergence d’un monde multipolaire est confirmĂ©e
4/ L’Europe a prĂ©sentĂ© un front uni.

1/ La croissance, le dĂ©veloppement, l’emploi exigent du temps. La finance de marchĂ© vit aujourd’hui dans un prĂ©sent continu. Tandis que le chef d’entreprise espère de la stabilitĂ© pour investir, le trader ne veut que de l’agitation pour jouer sur la variation des cours. Tandis que le marchĂ© privilĂ©gie par tendance le court terme, l’activitĂ© Ă©conomique a besoin de long terme. Cette contradiction est au cœur des dĂ©bats sur les bonus, les normes comptables, la spĂ©culation sur fonds propres et autres pratiques financières aujourd’hui sous les feux de la rampe. Les orientations du G20 vont dans le bon sens en limitant dans le temps les bonus, en introduisant des malus, en Ă©talant une large partie des primes sur trois ans. C’est la tendance qui se dessine, certes encore faiblement, mais c’est une Ă©volution sensible par rapport aux dernières dĂ©cennies. Cette inflexion peut faciliter la prise d’autres mesures qui lutteraient contre l’envahissement du court terme (actionnariat, par exemple). (Voir Ă  cet Ă©gard ce qu'Ă©crivait l'Institut Montaigne en mars 2009)

2/ Si, au conseil de sĂ©curitĂ© (politique), on en reste encore Ă  l’après seconde guerre mondiale, dans le domaine Ă©conomique, on a changĂ© de monde. L’augmentation des droits de vote des pays Ă©mergents au sein du FMI (+ 5%) n’est pas considĂ©rable mais elle est reconnue et enregistrĂ©e concrètement.

3/ La reconnaissance du rĂ´le majeur de l’Asie est dĂ©sormais un fait. La montĂ©e en puissance de la Chine est une bonne chose : plus celle-ci sera partie prenante Ă  des opĂ©rations multipolaires, plus la menace d’un G2 entre les Etats-Unis et l’empire du Milieu s’Ă©loignera.

4/ Pour la première fois depuis longtemps, l’Europe a parlĂ© d’une voix dĂ©cidĂ©e, grâce notamment au rapprochement sensible entre la France et l’Allemagne (voir Ă  cet Ă©gard ce qu'Ă©crivait l'Institut Montaigne en septembre 2009).

Il ne faut cependant pas se leurrer. Le monde reste encore envahi par le court terme. Si l’idĂ©e du long terme refait surface, c’est très timidement. Mais c’est tout de mĂŞme une bonne nouvelle.

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