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Parcoursup : "Il va falloir anticiper le risque non nĂ©gligeable d’aggravation de la fracture sociale". Trois questions Ă  Edouard Husson

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Admission Postbac est mort, vive Parcousup ! La nouvelle plateforme, lancĂ©e le 22 janvier dernier et qui fermera ses portes le 13 mars prochain, doit dĂ©sormais faire les preuves de son efficacitĂ© et de sa valeur ajoutĂ©e. Peut-on d’ores et dĂ©jĂ  sonner le glas du monde ancien, son lot de ratĂ©s, d’affectations manquĂ©es et de dĂ©ceptions en chaĂ®ne ? Pas si sĂ»re. La rĂ©ponse en trois temps par Edouard Husson, vice-prĂ©sident de l’universitĂ© Paris Sciences & Lettres et co-prĂ©sident du groupe de travail de l’Institut Montaigne sur l’enseignement supĂ©rieur.   

Le dispositif d’orientation mis en place à travers parcoursup est-il en mesure d’assurer une meilleure adéquation entre offre et demande de formation ? (via la définition de prérequis et l’étude des dossiers par les universités )

Il y avait, c’est bien Ă©vident, de gros problèmes avec Admissions Postbac. En grande partie parce qu’on avait trop bricolĂ©, d’annĂ©e en annĂ©e, une plateforme au dĂ©part bien conçue. Mais pour Admissions Postbac, la tâche Ă©tait assez simple : mettre en relation des Ă©tudiants et des formations, la plupart du temps sans sĂ©lection. Il y avait bien sĂ»r les classes prĂ©pas ou, au fil des annĂ©es, de plus en plus de licences sĂ©lectives. Et lĂ , dĂ©jĂ , beaucoup d’interactions entre les futures bacheliers, leurs lycĂ©es et les filières d’enseignement supĂ©rieur concernĂ©es. 
 
L’ambition de Parcoursup est beaucoup plus vaste : le processus d’orientation et d’admission va concerner tous les bacheliers. LycĂ©es comme universitĂ©s vont devoir traiter un nombre beaucoup plus important de dossiers. On voit bien le risque : toute plateforme nouvelle peut connaĂ®tre un bug ; les mĂ©dias se saisiront de tout ratage pour en faire l’illustration des limites de la mĂ©thode Macron ; il peut y avoir des emballements sur les rĂ©seaux sociaux. Pour l’instant, Ă  voir la discussion sur internet et sur les rĂ©seaux sociaux, on sent des inquiĂ©tudes et en mĂŞme temps la conscience de l’enjeu : il ne s’agit pas de savoir si l’on va avoir des places pour un concert mais, pour toute une gĂ©nĂ©ration plus nombreuse, de bien partir dans les Ă©tudes. 
 
Selon moi, les zones de danger ne se situent pas forcément où on le dit : je pense que les lycées sont équipés pour accompagner les futurs bacheliers ; on voit bien sur les réseaux sociaux comment tout le monde s’y met (élèves, établissement, parents) mais on va solliciter encore un peu plus des organisations dont on sous-estime souvent la somme de dévouement quotidien qui s’y déploie. Ensuite, les universités ne sont pas encore organisées, sauf exception, pour assumer la somme de tâches : examen des dossiers, plus tard mentorat. Enfin, il va falloir anticiper le risque non négligeable d’aggravation de la fracture sociale avec un système qui se complexifie.

Ce nouveau processus d’orientation basĂ© sur un accompagnement plus fin des Ă©lèves en amont est-il plus juste ? Le dĂ©bat autour de la mise en place d’un processus de sĂ©lection est-il fondĂ© ? 

On sort enfin de l’hypocrisie qui a caractĂ©risĂ© jusqu’à rĂ©cemment notre premier cycle universitaire avec d’un cĂ´tĂ© ses filières Ă©litistes et de l’autre une sĂ©lection inavouĂ©e par l’échec Ă  l’UniversitĂ©. Il aura fallu trente ans, soit une gĂ©nĂ©ration, pour se remettre de l’échec du projet Devaquet. Et il faut se rappeler qu’il y a dix ans encore, pour pouvoir faire passer la loi LRU, Nicolas Sarkozy avait dĂ» laisser de cĂ´tĂ© tout l’enjeu de l’entrĂ©e en licence. RĂ©jouissons-nous donc que les esprits aient mĂ»ri et qu’un gouvernement dĂ©terminĂ© ait fait passer un projet de loi court, qui pose bien le cadre d’action. Tout sera ensuite question d’application. Et surtout, il faut dĂ©jĂ  anticiper sur les consĂ©quences de la transformation. 
 
La complexitĂ© de Parcoursup peut avoir un effet dissuasif sur des Ă©lèves peu insĂ©rĂ©s dans leur institution scolaire ou dont les familles ne sont pas prĂ©parĂ©es Ă  ce type de dĂ©marches. Le volet suivant de la rĂ©forme du premier cycle, c’est une intensification et une multiplication des systèmes type "cordĂ©es de la rĂ©ussite". Évidemment cela aura un coĂ»t, il ne faut pas se voiler la face. Une lecture optimiste de ce qui est en train de se passer revient Ă  dire que l’on suscite plus d’entraide au niveau des lycĂ©es, plus de lien entre les UniversitĂ©s et le secondaire. Mais dans ce cas il faut aussi se donner les moyens d’accroĂ®tre considĂ©rablement les mĂ©canismes de lutte contre l’auto-censure sociale des Ă©lèves et de leurs familles. Une lecture pessimiste conduit Ă  s’interroger sur la "sectorisation" croissante de l’enseignement supĂ©rieur, que Parcoursup renforce encore. C’est l’avertissement le plus important Ă  formuler : on peut comprendre que, dans un premier temps, l’ancrage territorial du système soit affaire de rĂ©alisme. Mais la force de l’enseignement supĂ©rieur vient de la mobilitĂ© et attention Ă  ne pas tuer la mobilitĂ© gĂ©ographique et sociale avec les meilleures intentions du monde.

La commission instaurée en dernière instance pour les bacheliers sans affectation est-elle en mesure d’assurer une place à chaque élève ? Quel sera le rôle du recteur dans cette commission ?

Il va bien falloir que le système marche et prouve son efficacitĂ© par rapport Ă  Admission Postbac. Les commissions vont ĂŞtre regardĂ©es de très près ; on va scruter leurs critères de rĂ©partition. C’est lĂ  que le rĂ´le du recteur d’acadĂ©mie sera essentiel. Les recteurs sont habituĂ©s Ă  traiter les difficultĂ©s d’affectation lors des rentrĂ©es universitaires. Nous aurons besoin de tout leur savoir-faire et de leur autoritĂ© de reprĂ©sentants de l’Etat.  

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