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Ouvrir les grandes écoles d’ingénieurs à la diversité!

 Gunilla Björner
Auteur
Ancienne responsable des relations institutionnelles de l'Institut Montaigne

Le Sénat vient tout juste de publier un rapport très intéressant intitulé "Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de "délit d'initié" *. L'absence de diversité dans nos grandes écoles est en effet un vrai problème. Pour les élèves de "milieux modestes", intégrer ces établissements prestigieux relève d'un vrai défi. Ils ont quasiment 20 fois moins de chances d'y parvenir que les filles et les fils de "milieux favorisés" et leur représentation ne cesse de baisser depuis 30 ans.

Aujourd’hui, nos grandes Ă©coles, en particulier les plus prestigieuses, ne reflètent guère la diversitĂ© de la sociĂ©tĂ© française. L'homogĂ©nĂ©itĂ© sociale des Ă©tudiants ne fait que se renforcer. La proportion des Ă©lèves d'origine modeste dans les quatre plus grandes Ă©coles a fortement chutĂ©, passant de 29% au dĂ©but des annĂ©es 1950 Ă  seulement 9% au milieu des annĂ©es 1990. Des catĂ©gories sociales entières sont ainsi Ă©cartĂ©es de ces passerelles vers la rĂ©ussite sociale. C'est une situation "perdant-perdant" : pour les Ă©lèves brillants de "milieux modestes" tout d'abord, mais aussi pour les grandes Ă©coles qui se privent ainsi de nombreux talents.

NĂ©anmoins, mĂŞme si la situation actuelle est loin d'ĂŞtre satisfaisante, des initiatives mĂ©ritoires ont Ă©tĂ© mises en place ces dernières annĂ©es. On peut citer, Ă  titre d'exemple, l'initiative de Sciences Po. Mais il y en a Ă©galement d’autres, moins connues, mais qui sont au moins aussi intĂ©ressantes.
Alors que l’esprit de corps est très fort au sein des Ă©coles d’ingĂ©nieurs, l’École nationale supĂ©rieure des Arts et MĂ©tiers (ENSAM) a mis en place une procĂ©dure qui vise Ă  ouvrir son recrutement prioritairement Ă  des Ă©lèves de lycĂ©es classĂ©s en ZEP (Ă©lèves de terminale prĂ©parant un baccalaurĂ©at scientifique, technologique ou professionnel et dont les parents ont des revenus faibles). Cette procĂ©dure innovante comporte trois temps :
- la prĂ©sĂ©lection en classe de terminale : l’ENSAM propose Ă  des Ă©lèves de passer des tests qui sĂ©lectionnent des capacitĂ©s intĂ©ressantes, spĂ©cifiques au profil de l’Ă©cole d’ingĂ©nieur, et peu corrĂ©lĂ©es au bagage acadĂ©mique;
- le parachute diplômant : les élèves sélectionnés dans des lycées en ZEP suivent ensuite un cursus de préparation qui est à la fois diplômant et professionnalisant ;
- l'entrĂ©e Ă  l'Ă©cole par le concours : les Ă©lèves qui ont franchi l'Ă©tape prĂ©cĂ©dente passent ensuite le concours, afin notamment d’ĂŞtre parfaitement reconnus par les Ă©tudiants provenant de filières dites "classiques".

Parfaitement respectueuse du modèle rĂ©publicain, cette expĂ©rience mĂ©riterait d'ĂŞtre gĂ©nĂ©ralisĂ©e! C'est pourquoi l'Institut Montaigne propose d'Ă©tendre le modèle ENSAM aux Ă©coles d’ingĂ©nieurs, en l'adaptant, bien entendu, Ă  leurs spĂ©cificitĂ©s respectives (Ouvrir les Grandes Ecoles Ă  la diversitĂ©). Il est temps de mettre fin Ă  la situation "perdant-perdant" actuelle pour enfin donner sa chance Ă  chacun !

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