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NuclĂ©aire : les grands chantiers du quinquennat

Nucléaire : les grands chantiers du quinquennat
 Marc-Antoine Authier
Auteur
Ancien chargé d'études - Energie, Développement durable à l'Institut Montaigne

 

Au gouvernement rĂ©cemment formĂ©, Nicolas Hulot, un ancien militant Ă©cologiste est ministre de la Transition Ă©cologique et solidaire et chargĂ© de l'Ă©nergie. Il travaillera donc sous la direction du Premier ministre Édouard Philippe, un ancien d'Areva. Il n'Ă©tait pourtant pas besoin d'attendre la nomination des ministres pour prĂ©dire que le nuclĂ©aire soulèverait des interrogations fortes pour le nouvel exĂ©cutif. Et pour cause : la situation actuelle appellera Ă  des dĂ©cisions claires et tranchĂ©es pour dĂ©terminer l'avenir du parc nuclĂ©aire français, dont la durĂ©e de vie thĂ©orique approche de son terme.

Le temps est compté


 

La dépendance de la France au nucléaire découle de choix politiques forts engagés par plusieurs gouvernements successifs, principalement au cours des décennies 1970 et 1980. Ces choix avaient pour ambition de permettre à la France de gagner son indépendance énergétique alors que le pays dispose de très peu de ressources sur son sol, hormis le charbon. En conséquence, plus de 75 % de l’électricité que nous consommons provient aujourd’hui de l’atome.


 

Le parc qui produit cette Ă©lectricitĂ© est composĂ© de 58 rĂ©acteurs qui ont principalement Ă©tĂ© construits dans les annĂ©es 1970 et 1980. Il est globalement homogène en termes d’âge, ce qui nous impose de penser la problĂ©matique de la prolongation Ă  très grande Ă©chelle : la durĂ©e thĂ©orique de fonctionnement des rĂ©acteurs est de 40 ans. Par consĂ©quent, ils arriveront Ă  ce terme au cours de la dĂ©cennie 2020.


 

L’urgence d’attendre


 

Lors de la campagne présidentielle, le candidat Emmanuel Macron a promis de maintenir la trajectoire de réduction de notre dépendance au nucléaire fixée par la loi de transition énergétique à 50% de la consommation d’électricité à l’horizon 2025. Cependant, il n’a pas clairement indiqué sa volonté de se tenir aux délais prévus par la loi, qui représentent un défi industriel conséquent pour l’ensemble des acteurs de la filière.


 

Au contraire, le candidat d’En Marche ! s’en remettait aux avis que l’AutoritĂ© de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (ASN) doit rendre courant 2018. Ces avis permettront ou non la dĂ©livrance d’autorisation Ă  l’exploitant de poursuivre l’exploitation des centrales sous rĂ©serve de travaux de maintenance et de remises aux normes. Les dĂ©cisions qui en dĂ©couleront pourraient donc remettre en question la source d’approvisionnement de plus de la moitiĂ© de l’électricitĂ© que nous consommons actuellement.


 

Pour une approche rationnelle du problème


 

La question du renouvellement du parc appelle Ă©videmment un examen global des avantages et inconvĂ©nients sur plusieurs critères :

  • la sĂ»retĂ©, tant pour ce qui concerne la fiabilitĂ© des rĂ©acteurs nuclĂ©aires existants que la sĂ©curitĂ© d’approvisionnement du pays ;
  • la compĂ©titivitĂ© de l’électricitĂ© produite, Ă  la fois en comparant celle du parc existant Ă  celle des autres sources d’électricitĂ© (Ă©nergies renouvelables, gaz, etc.) et en intĂ©grant le coĂ»t des Ă©ventuelles dĂ©penses de maintenance Ă©talĂ©es sur la pĂ©riode ;
  • la soutenabilitĂ©, en mesurant l’impact sur l’environnement des diffĂ©rentes sources d’énergie, et prioritairement les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre (GES) qui accĂ©lèrent le rĂ©chauffement climatique.

 

Comment pondĂ©rer ces diffĂ©rents critères ? Y en a-t-il un qui doit ĂŞtre prioritairement apprĂ©ciĂ© ? L’Accord de Paris, conclu en dĂ©cembre 2015, a soulignĂ© l’engagement des pays europĂ©ens en gĂ©nĂ©ral et de la France en particulier Ă  rĂ©duire leurs Ă©missions.. Dans la note Énergie : prioritĂ© au climat !, l’Institut Montaigne recommande de privilĂ©gier toutes les solutions qui permettent effectivement de poursuivre la dĂ©carbonation de notre Ă©conomie Ă  moindre coĂ»t. Par consĂ©quent, les politiques de l’énergie devront privilĂ©gier une approche rationnelle des politiques Ă©nergĂ©tiques en cherchant avant tout Ă  rĂ©pondre aux exigences de rĂ©duction des Ă©missions. Le nuclĂ©aire, qui Ă©met peu de carbone comme les Ă©nergies renouvelables, constitue ainsi un avantage pour la France.


 

Et après ?


 

La prolongation de la durĂ©e de vie des centrales, mĂŞme avec l’accord de l’ASN, doit ĂŞtre dĂ©terminĂ©e rĂ©acteur par rĂ©acteur. En effet, le coĂ»t d’opportunitĂ© d’extension de la durĂ©e de ces actifs dĂ©jĂ  largement amortis diffère d’un rĂ©acteur Ă  l’autre. Ainsi, le chantier qui s’ouvrira dès que l’avis de l’autoritĂ© sera rendu ne se rĂ©duira pas Ă  une question fermĂ©e : prolonger ou non le parc existant. Il devra Ă©galement proposer de nouvelles capacitĂ©s de production Ă©lectrique pour pallier les Ă©ventuelles fermetures.


 

En particulier, la question de nouvelles centrales nuclĂ©aires se posera. Les donneurs d’ordres anticipent ainsi la production de rĂ©acteurs de troisième gĂ©nĂ©ration Ă  moindres coĂ»ts. Cependant, la question de l’emplacement de ces Ă©ventuelles nouvelles centrales se pose : il semble peu aisĂ© pour tout nouvel exĂ©cutif de dĂ©signer de nouveaux lieux pour la construction de ces rĂ©acteurs. Par consĂ©quent, le nouveau nuclĂ©aire ne peut s’envisager que sur des emplacements qui sont dĂ©jĂ , aujourd’hui, consacrĂ©s Ă  la production nuclĂ©aire. Autrement dit, les Ă©ventuelles nouvelles centrales pourraient impliquer la fermeture de centrales actuelles.

Pour aller plus loin :

Énergie : prioritĂ© au climat ! (juin 2017)

NuclĂ©aire : l’heure des choix (juin 2016)

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