AccueilExpressions par Montaigne[Nouveau rapport] RĂ©animer le système de santĂ©. Propositions pour 2017.La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique15/06/2016ImprimerPARTAGER[Nouveau rapport] RĂ©animer le système de santĂ©. Propositions pour 2017.Auteur Institut Montaigne Longtemps considéré comme le meilleur au monde, le système de santé français a perdu sa place de leader, attribuée en 2000 par l'OMS*. Soutenabilité financière, hétérogénéité de la qualité comme de l'accès aux soins, crise des professionnels de santé ou encore retard en matière d'innovation biomédicale sont autant de défis qu'il est désormais temps de relever. Véritable enjeu social, sociétal et économique, la santé doit être au c'ur de la campagne présidentielle 2017. Pour cette raison, l'Institut Montaigne appelle les candidats à se saisir de notre feuille de route pour sortir de l'impasse dans laquelle notre système de santé se trouve aujourd'hui. "Notre système de santĂ© garde d’incontestables atouts et se situe de manière honorable dans la hiĂ©rarchie mondiale. Il est cependant fragilisĂ© par un dĂ©ficit persistent de l’assurance-maladie et par des rĂ©sultats hĂ©tĂ©rogènes qui ne sont pas toujours Ă la hauteur des moyens. La politique de santĂ© se rĂ©duit Ă des coupes budgĂ©taires annuelles qui crĂ©ent des tensions Ă l’hĂ´pital, qui dĂ©moralisent les professionnels libĂ©raux et qui inquiètent les Français. La pĂ©rennitĂ© et le maintien de ses valeurs de qualitĂ© et d’accessibilitĂ© nĂ©cessitent de repenser en profondeur ses structures et son organisation" indique Claude Le Pen, Ă©conomiste, professeur Ă l’universitĂ© Paris-Dauphine, PrĂ©sident du groupe de travail du rapport.Le système de santĂ© français : des atouts hĂ©tĂ©rogènes La France a longtemps considĂ©rĂ© qu’elle disposait du meilleur système de santĂ© au monde. De fait, le pays se situe historiquement dans le peloton de tĂŞte des pays les plus performants avec une espĂ©rance de vie parmi les plus longues du monde (82,3 ans en moyenne). En outre, la France dispose Ă©galement de vrais atouts dans le domaine de l’innovation mĂ©dicale et des industries de santĂ©, qui lui assurent encore aujourd’hui un rayonnement international. Le système de santĂ© français a su Ă©galement promouvoir un modèle basĂ© sur un socle de valeurs solides reconnu : solidaritĂ©, libertĂ© de choix, ou encore mixitĂ© entre secteurs public et privĂ©. MalgrĂ© ces avantages manifestes, ce modèle fait face aujourd’hui Ă des dĂ©fis essentiels : 1. Une situation financière insoutenableAvec près de 250 Mds d’euros par an consacrĂ©s aux dĂ©penses de santĂ©, soit près de 11% de son PIB, en 2015, la France est l’un des pays au système de santĂ© le plus cher au monde. L’augmentation des dĂ©penses de santĂ© due Ă une pluralitĂ© de facteurs que l’on retrouve dans l’ensemble des pays dĂ©veloppĂ©s (augmentation de la prĂ©valence des maladies chroniques, vieillissement de la population, technicitĂ© des soins) continue d’aggraver le dĂ©ficit de l’Assurance Maladie (5,6 milliards de dĂ©ficit pour 2015), qui concentre Ă elle seule près de la moitiĂ© du dĂ©ficit de la SĂ©curitĂ© Sociale. Si les rĂ©formes intervenues au cours des dix dernières annĂ©es ont permis de freiner la croissance de ces dĂ©penses, celle-ci reste toujours plus rapide que la croissance du PIB, posant ainsi la question de la viabilitĂ© de notre système de santĂ© sur le long terme. 2. Une qualitĂ© de soins hĂ©tĂ©rogène et perfectible La qualitĂ© et la sĂ©curitĂ© des prises en charge, leur amĂ©lioration et soutenabilitĂ© dans le temps constituent des enjeux, moins connus du grand public, auxquels le système de santĂ© français est confrontĂ© :Bien que l’espĂ©rance de vie moyenne des Français fasse partie des plus longues au niveau mondial, celle-ci affiche de fortes disparitĂ©s entre hommes et femmes ainsi qu’entre catĂ©gories professionnelles avec plus de 6 ans de diffĂ©rence d’espĂ©rance de vie entre un ouvrier et un cadre Ă 35 ans. La qualitĂ© de prise en charge n'est souvent pas au niveau auquel on pourrait s'attendre et prĂ©sente souvent de fortes disparitĂ©s. En outre, la France accuse un retard notoire au sein de l’OCDE en matière de prĂ©vention notamment dans la rĂ©duction des facteurs de risques liĂ©s Ă la consommation de tabac (73 000 morts par an, près d’un quart de la population fumant rĂ©gulièrement) et celle d’alcool (49 000 morts par an liĂ©es Ă l’alcool). L’OMS chiffre par ailleurs entre 30 et 50 000 le nombre de morts dites « Ă©vitables » par an en France : près d’un quart des dĂ©cès avant 75 ans pourraient ainsi ĂŞtre Ă©vitĂ©s chaque annĂ©e compte tenu des connaissances scientifiques actuelles (soit environ 45 000 dĂ©cès par an).L’offre de soins peine Ă s’adapter aux Ă©volutions des besoins de la population. Le vieillissement de la population et le dĂ©veloppement des maladies chroniques imposent ainsi de repenser l’organisation des soins de manière Ă pouvoir faire face Ă la transformation des besoins mĂ©dicaux et Ă la nĂ©cessaire mise en place de parcours coordonnĂ©s. En France, les besoins des patients se heurtent Ă l’organisation fortement cloisonnĂ©e de notre système de soins entre mĂ©decine de ville et hĂ´pital. On note un vĂ©ritable retard dans l’adoption des usages numĂ©riques : bien que le big data offre de fortes opportunitĂ©s Ă la fois pour aider les patients dans leurs choix et les professionnels dans leurs pratiques et amĂ©liorer l’offre de soins en permettant de passer d’une approche sanitaire Ă une mĂ©decine prĂ©dictive et Ă©pidĂ©miologique, il n’existe en France aucun système d’information permanent sur la qualitĂ© et la sĂ©curitĂ© des soins. Les donnĂ©es de santĂ© sont en effet insuffisamment exploitĂ©es et les outils numĂ©riques ne sont que peu dĂ©veloppĂ©s. 3. Le dĂ©senchantement des professionnels de santĂ© Les professionnels de santĂ© français sont aujourd’hui touchĂ©s par une vĂ©ritable crise liĂ©e notamment Ă deux facteurs majeurs :l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de couverture du territoire national : contrairement aux zones urbaines, relativement bien couvertes, les territoires ruraux et pĂ©riurbains font face Ă une dĂ©sertification croissante de l’offre de soin ;la baisse du temps mĂ©dical disponible qui fragilise Ă©galement l’accès aux soins : liĂ©e notamment Ă l’augmentation des tâches administratives, Ă la diminution du temps de travail ou encore Ă l’augmentation des temps partiels.Les rĂ©cents mouvements sociaux tĂ©moignent d’une crise de confiance et la quasi-totalitĂ© des mĂ©decins estime subir trop de contraintes règlementaires, Ă©conomiques et administratives. Ils sont ainsi confrontĂ©s Ă un vĂ©ritable risque de dĂ©senchantement : les trois quarts se dĂ©clarent mĂŞme inquiets pour l’avenir de leur profession.4. Une Ă©rosion dans la recherche et l’innovation biomĂ©dicale En dĂ©pit des innovations significatives produites par la France ces dernières annĂ©es (par exemple en matière de valves percutanĂ©es ou de robotique), il y a eu peu d’émergence sur le sol français de nouvelles « biotech » ou « medtech » suffisamment importantes et internationalisĂ©es pour renforcer les structures de nos Ă©cosystèmes d’innovation. Il existe ainsi un dĂ©calage entre la rapiditĂ© des Ă©volutions technologiques et des processus dĂ©cisionnels, notamment en matière d’accès au marchĂ© et au remboursement pour les innovations, y compris organisationnelles. De plus, la France n’arrive pas Ă s’adapter Ă la concurrence des pays Ă©mergents en matière d’innovation en santĂ© et accuse un vĂ©ritable retard dans l’utilisation des nouvelles technologies en santĂ©. Propositions pour un système de santĂ© plus performant, soutenable et crĂ©ateur de valeurLe constat qui dĂ©coule de cette enquĂŞte menĂ©e au travers d’une vingtaine d’auditions (Ă©tablissements hospitaliers, professionnels de santĂ©, partenaires sociaux, institutionnels, universitaires) et comparaisons internationales a amenĂ© l’Institut Montaigne Ă proposer 5 axes majeurs mettant la qualitĂ© et l’information au cĹ“ur de la rĂ©forme de santĂ©. Le nouveau système devra apporter Ă tous l’accès aux soins les plus pertinents dans des conditions de sĂ©curitĂ© optimales, rĂ©affirmer la libertĂ© de choix et la mixitĂ© des secteurs privĂ©s et publics et responsabiliser encore plus le patient et les professionnels. "RĂ©ussir Ă mettre en place de telles rĂ©formes Ă mĂŞme de pĂ©renniser notre système tout en amĂ©liorant sensiblement la qualitĂ© de prise en charge ne peut s'envisager que si le besoin de changement est compris du plus grand nombre, citoyens et professionnels de santĂ©. La première Ă©tape pour les dĂ©cideurs doit donc ĂŞtre un effort de pĂ©dagogie et un discours de vĂ©ritĂ© sur les marges de progrès de notre système, notamment en termes de qualitĂ©, pour ancrer dans les esprits la nĂ©cessitĂ© de la rĂ©forme.", dĂ©clare Thomas London, Responsable des pĂ´les d’activitĂ© SantĂ© et Secteur Public chez McKinsey&Company France, rapporteur gĂ©nĂ©ral du groupe de travail.Retrouvez l’ensemble de nos propositions ici.ImprimerPARTAGER