AccueilExpressions par Montaigne[Nouveau rapport] DĂ©centralisation : sortons de la confusionLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique12/01/2016ImprimerPARTAGER[Nouveau rapport] DĂ©centralisation : sortons de la confusionAuteur Institut Montaigne Alors que ce début d'année est marqué par l'entrée en vigueur d'une nouvelle carte des régions, l'Institut Montaigne propose une lecture alternative de cette réforme et formule des propositions concrètes pour simplifier, enfin, le millefeuille territorial. "L’analyse dĂ©taillĂ©e de la mise en Ĺ“uvre de plusieurs politiques publiques majeures et largement dĂ©centralisĂ©es nous conduit Ă dresser un constat d’échec de la dĂ©centralisation au regard de l’ambition qu’elle poursuit. C’est au dĂ©passement de ces Ă©checs que sont destinĂ©es les 31 propositions de notre rapport", dĂ©clarent les dĂ©putĂ©s Jean-Pierre Balligand (PS) et Gilles Carrez (LR) tous deux co-prĂ©sidents du groupe de travail de l’Institut Montaigne.Une approche pragmatique au plus près du terrainDans ce rapport, l’Institut Montaigne se propose d’analyser l’organisation territoriale actuelle sous l’angle des politiques publiques, et non sous celui des seuls enjeux institutionnels et de redĂ©coupage. Cette approche permet de dĂ©passer les limites de l’analyse institutionnelle, le plus souvent centrĂ©e uniquement sur la revue juridique de la rĂ©partition des compĂ©tences entre administrations. La dĂ©marche du groupe de travail a Ă©tĂ© guidĂ©e par une question : quel Ă©chelon apparaĂ®t le plus pertinent dans la mise en Ĺ“uvre de chacune des principales politiques publiques conduites Ă l’échelle des territoires ?Cinq pans de l’action publique qui souffrent plus particulièrement de l’éclatement ont Ă©tĂ© explorĂ©s : les aides sociales, l’investissement, le dĂ©veloppement Ă©conomique, l’emploi et la formation professionnelle, l’enseignement professionnel et l’apprentissage. Trois objectifs principaux pour simplifier, rationaliser et impliquer davantage les collectivitĂ©sCe rapport DĂ©centralisation : sortons de la confusion poursuit trois objectifs principaux :la rationalisation de la mise en Ĺ“uvre des principales politiques publiques Ă l’échelle locale, la meilleure organisation des diffĂ©rents acteurs entre eux et l’efficacitĂ© des dispositifs. La simplification de la rĂ©partition des compĂ©tences sera permise par la constitution d’opĂ©rateurs uniques, le transfert de compĂ©tences au profit d’une seule entitĂ© et la dĂ©centralisation complète de certaines politiques ; la poursuite d’une meilleure rĂ©partition du pouvoir normatif, intĂ©grant davantage les collectivitĂ©s. Ce rééquilibrage entre pouvoir central et pouvoir local se fera par la systĂ©matisation de l’évaluation ex post des rĂ©formes, l’élĂ©vation du pouvoir règlementaire des collectivitĂ©s au mĂŞme niveau que celui de l’État (rĂ©vision de l’article 21 de la Constitution) et le renforcement des possibilitĂ©s d’expĂ©rimentation ;l’identification des principaux leviers de redressement des finances publiques locales. Cette maĂ®trise budgĂ©taire nĂ©cessite un renforcement de la règle d’or pour les collectivitĂ©s, la maĂ®trise des dĂ©penses de fonctionnement - avec une attention toute particulière portĂ©e aux frais de personnels - et le maintien d’un investissement public local concertĂ© et cohĂ©rent.Des propositions concrètes pour des politiques publiques claires et efficaces dans les territoiresEn s’appuyant sur cette dĂ©marche empirique, au plus près du terrain, le groupe de travail de l’Institut Montaigne propose des actions concrètes pour que les politiques publiques soient enfin conduites avec ambition, clartĂ© et efficacitĂ© dans les territoires.Impact des normes sur l'action publique dans les territoiresProposition 1SystĂ©matiser l’évaluation ex post des rĂ©formes prĂ©sentĂ©es au Conseil national d’évaluation des normes (CNEN).Proposition 2RĂ©viser l’article 21 de la Constitution afin de confier un pouvoir rĂ©glementaire aux collectivitĂ©s territoriales pour l’exercice de leurs compĂ©tences exclusives.Encadrer dans ces domaines de compĂ©tences le pouvoir rĂ©glementaire des autoritĂ©s centrales afin de substituer Ă la norme nationale contraignante la recommandation indicative.Proposition 3DĂ©finir par voie lĂ©gislative des domaines de l’action publique oĂą l’État se voit restreindre son pouvoir normatif Ă la seule dĂ©finition de règles gĂ©nĂ©rales, les autres normes relevant des autoritĂ©s locales.Proposition 4Modifier la Constitution (article 72 alinĂ©a 4) et les lois organiques associĂ©es pour renforcer les possibilitĂ©s d’expĂ©rimentation des collectivitĂ©s locales via :- la reconnaissance d’un droit d’initiative des collectivitĂ©s territoriales en matière d’expĂ©rimentation, par la crĂ©ation d’une procĂ©dure formelle de demande d'expĂ©rimentation publiĂ©e au JO ;- la suppression de l’obligation de gĂ©nĂ©ralisation nationale ;- la suppression de la limitation relative Ă la durĂ©e des expĂ©rimentations.Les finances publiques dans les TerritoiresProposition 5RĂ©unir chaque annĂ©e une confĂ©rence des finances publiques Ă©largie Ă l’ensemble des sous-secteurs des administrations (État, ASSO, APUL), avant le dĂ©bat d’orientation des finances publiques. Cette confĂ©rence constituerait le lieu de discussion de la programmation et de la gouvernance des finances publiques et ses conclusions contribueraient Ă l’élaboration du programme de stabilitĂ© et Ă la prĂ©paration des projets de loi de programmation des finances publiques.Proposition 6DĂ©cliner la confĂ©rence des finances publiques au niveau rĂ©gional avec prĂ©sence des principales administrations publiques prĂ©sentes dans la rĂ©gion.Les confĂ©rences rĂ©gionales des finances publiques pourraient s’appuyer sur les comptes rĂ©gionaux des finances publiques Ă©voquĂ©s ci-après et auraient pour vocation d’aboutir Ă la contractualisation des engagements respectifs, notamment en termes d’évolution de la dĂ©pense sur le territoire des diffĂ©rentes administrations publiques, des prĂ©lèvements obligatoires et de la programmation des dotations de l’État.Proposition 7Renforcer la règle d’or actuelle par l’introduction d’un ratio de dĂ©sendettement (dette / Ă©pargne brute) pour les collectivitĂ©s et groupements de plus de 5 000 habitants. Imposer aux collectivitĂ©s locales les plus endettĂ©es un programme pluriannuel de retour sur six ans Ă l’objectif cible de dĂ©sendettement.Proposition 8Organiser la maĂ®trise des frais de fonctionnement et notamment des frais de personnels des collectivitĂ©s locales :- revisiter la question du temps de travail dans la fonction publique territoriale : durĂ©e lĂ©gale d’ordre public de 35 heures pour un travail Ă temps plein ;- faciliter la gestion intĂ©grĂ©e des personnels dans les intercommunalitĂ©s ;- redonner aux collectivitĂ©s locales des axes de libertĂ© dans la gestion de leurs effectifs par un allĂ©gement de l’encadrement par l’État des règles relatives Ă la fonction publique territoriale.Proposition 9Introduire dans les règles de calcul des dotations de l’État des critères relatifs aux dĂ©penses de fonctionnement par habitant.Proposition 10AmĂ©liorer l’information publique relative aux donnĂ©es budgĂ©taires et comptables des collectivitĂ©s :- en publiant en ligne sur le site de la DGCL les donnĂ©es budgĂ©taires individuelles portant sur les budgets primitifs pour l’annĂ©e en cours et sur les comptes de gestion pour l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente ;- en systĂ©matisant la publication des donnĂ©es comptables individuelles sur le portail d’opendata public www.data.gouv.fr.Proposition 11Faire produire par l’INSEE des comptes rĂ©gionaux des administrations publiques, en recettes et en dĂ©penses, incluant l’ensemble des administrations publiques et fournissant pour les dĂ©penses des informations par secteur institutionnel, par nature et par destination suivant la Classification des fonctions des administrations publiques (CFAP).Faire recenser par l’INSEE et par les prĂ©fectures de rĂ©gion, pour les principales politiques publiques (classification CFAP), la liste des principaux acteurs publics impliquĂ©s et des indicateurs d’activitĂ© les plus importants, dans le cadre mĂ©thodologique dĂ©fini par la LOLF.L’aide socialeProposition 12Effectuer une revue de l’ensemble des dispositifs d’aide sociale afin d’identifier et de faire disparaĂ®tre les principales incohĂ©rences (concurrence, ciblage, effets d’aubaine).Proposition 13DĂ©finir et rendre public un ONDAS (objectif national des dĂ©penses d’aide sociale) couvrant les dĂ©penses d’aide sociale de l’ensemble des administrations publiques et faisant l’objet d’un dĂ©bat annuel au Parlement.DĂ©cliner l’ONDAS au niveau dĂ©partemental via un ODDAS couvrant l’ensemble des administrations dĂ©partementales (État, dĂ©partement, SĂ©curitĂ© sociale, communes et intercommunalitĂ©s).Proposition 14Renforcer, notamment au niveau dĂ©partemental (CAF et conseils dĂ©partementaux), les Ă©tudes en matière de contrĂ´le de gestion et d’analyse des coĂ»ts. Adapter en consĂ©quence la formation des Ă©quipes dans les services d’action sociale.Multiplier les Ă©tudes de benchmark sur les Ă©lĂ©ments physico-financiers des dĂ©penses d’aides sociale sur l’ensemble du territoire et rendre publiques leurs rĂ©sultats via opendata.gouv.fr.Proposition 15Engager une rĂ©flexion sur la crĂ©ation de blocs de compĂ©tences clairement dĂ©finis dans le champ de l’action sociale, avec unification autour d’une administration des responsabilitĂ©s de financement et des responsabilitĂ©s en matière politique et normative.Limiter, voire interdire, les cofinancements entre diffĂ©rentes administrations publiques dans le champ de l’aide sociale.Proposition 16RĂ©former le financement du RSA par le choix cohĂ©rent entre les deux options suivantes :- soit l’octroi d’une autonomie partielle aux dĂ©partements (assouplissement des règles, expĂ©rimentations, modulation des prestations) avec maintien d’un financement dĂ©partemental ;- soit le maintien de critères uniformes nationaux d’attribution du RSA induisant la (re)nationalisation de son financement.Proposition 17Unifier les guichets de versement du RSA au niveau des CAF devenant opĂ©rateur unique.Confier le volet insertion au niveau local (communal) sous la supervision de l’administration publique qui en assure le financement.L’investissement publicProposition 18Lisser la baisse programmĂ©e des concours financiers de l’État aux collectivitĂ©s locales sur deux annĂ©es supplĂ©mentaires afin de ramener l’effort annuel Ă 1,8 Md€ en 2017 et 2018 (contre 3,7 Md€ programmĂ©s sur la seule annĂ©e 2017) et favoriser l’autofinancement des investissements.Proposition 19Assurer le versement du FCTVA l’annĂ©e suivant la rĂ©alisation des investissements pour les collectivitĂ©s bĂ©nĂ©ficiaires du rĂ©gime actuel en (N+2). Cette mesure se traduira non seulement par un soutien Ă l’investissement local (1,5 Md€) mais Ă©galement par une simplification du rĂ©gime actuel de versement du fonds.Proposition 20Limiter le cofinancement des investissements publics Ă une contribution minimale de 30 % du montant de l’investissement pour le maitre d’ouvrage et de 20% pour les autres intervenants publics. Cette mesure ne concernerait que les investissements dont le maĂ®tre d’ouvrage (collectivitĂ© locale ou groupement) afficherait une population de plus de 10 000 habitants. Par ailleurs, des exceptions limitatives pourraient ĂŞtre introduites, notamment dans le champ des normes techniques nationales.Proscrire les cofinancements pour les compĂ©tences spĂ©cialisĂ©es des collectivitĂ©s locales.Le dĂ©veloppement Ă©conomique territorialProposition 21Mieux articuler les compĂ©tences relatives au dĂ©veloppement Ă©conomique entre les rĂ©gions et les mĂ©tropoles :- compĂ©tence rĂ©gionale sur le territoire rĂ©gional, hors zone couverte par la mĂ©tropole ;- prioritĂ© Ă la mĂ©tropole sur le territoire mĂ©tropolitain ;- impĂ©ratif d’une articulation dans ce cas entre mĂ©tropole et rĂ©gion afin de faciliter l’articulation entre la mĂ©tropole et les territoires pĂ©riphĂ©riques pour Ă©viter le clivage entre des mĂ©tropoles-oasis et des territoires dĂ©laissĂ©s.Proposition 22Faciliter l’émergence d’une cohĂ©rence de gouvernance sur un territoire en lien avec la structure de son système Ă©conomique.Faire du dĂ©veloppement Ă©conomique territorial un domaine prioritaire d’expĂ©rimentation pour les territoires qui le souhaitent : simplification et rĂ©activitĂ© administrative, mise en cohĂ©rence de l’ensemble des politiques publiques (transport, logement) et capacitĂ© Ă rationaliser le fonctionnement des dispositifs publics.Proposition 23Disposer, pour chaque territoire pertinent (rĂ©gions, mĂ©tropoles et agglomĂ©ration notamment) d’une vision consolidĂ©e du coĂ»t et des dispositifs des politiques publiques en question : comptabilitĂ© des emplois associĂ©s, coĂ»t des dispositifs d’accompagnement, etc.Organiser un dĂ©bat annuel autour des politiques de dĂ©veloppement Ă©conomique sur la base de ces donnĂ©es, par exemple au conseil Ă©conomique et social rĂ©gional.En tirer des consĂ©quences sur l’organisation et la rationalisation du dispositif public en matière de dĂ©veloppement Ă©conomique territorial.L’emploi et la formation professionnelleProposition 24Confier la responsabilitĂ© des politiques de l’emploi Ă une agence « Ă la suĂ©doise » Ă partir de PĂ´le emploi mais fortement dĂ©centralisĂ©e :- le patron territorial de l’agence sera le patron des politiques de l’emploi et de la formation professionnelle ;- le champ couvrira l’intĂ©gralitĂ© des politiques de l’emploi : suivi des demandeurs d’emploi, formation professionnelle, contrats aidĂ©s, pilotage des missions locales, avec exclusion du champ rĂ©galien.Constituer autour de PĂ´le emploi un opĂ©rateur public unique et professionnalisĂ©, sous forme d’agence : intĂ©grer par fusion les maisons de l’emploi et les missions locales dans PĂ´le emploi.Proposition 25Adapter la gouvernance territoriale des politiques de l’emploi dans le cadre d’une gouvernance duale entre l’État et la rĂ©gion.Proposition 26Renforcer fortement les capacitĂ©s d’analyse nationale et territoriale de PĂ´le emploi :- augmenter les moyens et productions du service Ă©tudes de PĂ´le emploi ;- disposer d’outils de mesure des financements (incluant tous les financeurs) et d’impact des politiques d’emploi et de formation professionnelle ;- rendre ces donnĂ©es publiques.L’enseignement professionnel et l'apprentissageProposition 27Confier Ă l’agence nationale prĂ©citĂ©e, ou par dĂ©faut au ministère du Travail, la mission de rĂ©viser et de simplifier les règles s’appliquant Ă l’embauche et aux conditions de travail des apprentis pour rendre l’apprentissage plus attractif pour les entreprises.Proposition 28Identifier les financements pour l’embauche des apprentis, d’une part, et pour le subventionnement des CFA, d’autre part. Sur la base d’un diagnostic que pourrait Ă©tablir l’agence nationale compĂ©tente, rĂ©partir les financements en fonction des effets leviers les plus importants, par secteur ou par catĂ©gorie de personnes ciblĂ©e.Proposition 29ProcĂ©der Ă une dĂ©centralisation complète de la formation professionnelle initiale au profit des rĂ©gions.TransfĂ©rer aux rĂ©gions la totale responsabilitĂ© des Ă©tablissements d’enseignement, leur financement, la gestion des personnels au-delĂ de l’immobilier, le choix des filières, etc.Proposition 30Organiser l’association des partenaires sociaux et des professionnels Ă la gouvernance au niveau rĂ©gional :- par le maintien d’un financement des CFA sur les fonds propres des chambres consulaires ;- par l’association des partenaires sociaux, du service public de l’emploi et des chambres consulaires aux dĂ©cisions via une instance de concertation resserrĂ©e auprès du conseil rĂ©gional.Proposition 31Offrir aux Ă©tablissements d’enseignement professionnel une plus grande autonomie de gestion, exercĂ©e dans le cadre d’un dialogue de gestion avec la rĂ©gion et d’une responsabilitĂ© quant aux rĂ©sultats via un système d’évaluation.TĂ©lĂ©charger le rapport - DĂ©centralisation : sortons de la confusionLire l'article paru dans Le Figaro, le 12 janvier "L'Institut Montaigne prĂ©conise de transfĂ©rer la politique d'emploi aux rĂ©gions"ImprimerPARTAGER