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Nicolas Sarkozy face aux téléspectateurs

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Nicolas Sarkozy intervient ce jeudi en direct à la télévision. A la recherche d'un second souffle, il répondra pendant 90 minutes aux questions de 5 journalistes. On a beaucoup parlé du format de l'émission, mais sur le fond, il n'est pas certain que nous soyons surpris.

Faire du neuf avec du vieux

On nous a dit « vous allez voir ce que vous allez voir », « on va faire du jamais vu Â» etc. Et il est certain que le PrĂ©sident a ces temps-ci intĂ©rĂŞt Ă  reprendre la main. Cela dit, ce n’est pas facile d’innover et il faut se souvenir de la dernière intervention tĂ©lĂ©visĂ©e de ce type de N. Sarkozy, en novembre dernier. On en avait fait des tonnes avant l’émission, et pourtant tout avait Ă©tĂ© on ne peut plus classique – d’ailleurs les commentaires Ă©taient ensuite plutĂ´t acerbes... Pour ce jeudi, on nous a parlĂ© d’un format nouveau avec cinq journalistes plutĂ´t que deux, mais outre que Chirac avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© interrogĂ© par un duo de journalistes complĂ©tĂ© par des personnalitĂ©s de la tĂ©lĂ©vision (E.Chain, MO Fogiel, ou JL Delarue), on avait un peu l’impression avant l’émission que l’on allait assister au revival de l’Heure de VĂ©ritĂ©, Ă©mission d’ailleurs remarquable mais… des annĂ©es 80.

Eviter les effets d’annonce

CĂ´tĂ© forme, il ne faut jamais se faire de souci pour Nicolas Sarkozy. C’est typiquement le genre d’exercice oĂą il est franchement bon. Sur le fond, le PrĂ©sident devait avoir Ă  coeur d’éviter les effets d’annonce, les parlementaires l’ont mis en garde depuis des semaines : faire des annonces nouvelles par bribes (comme il l’avait fait lors de sa confĂ©rence de presse dĂ©but janvier) nuit Ă  la lisibilitĂ© de l’action du gouvernement et donne l’impression que l’on confond les grandes rĂ©formes et les petites rĂ©formes, l’essentiel et l’accessoire, en les situant sur un mĂŞme plan. L’idĂ©e pour Nicolas Sarkozy est donc plutĂ´t de rĂ©affirmer sa volontĂ© de tenir le cap de la rĂ©forme pour les 4 ans Ă  venir et bien sĂ»r de faire de la pĂ©dagogie sur tout ce qui a Ă©tĂ© fait depuis un an et n’a apparemment pas Ă©tĂ© bien compris ou bien admis par les Français.

Changement de style, mais encore ?

D’ailleurs, on le voit dans les sondages : les Français sont pour la rĂ©forme ! Symptomatique : celui qui l’incarne le mieux Ă  leurs yeux, c’est bizarrement le Premier ministre, François Fillon. Il y a encore 18 mois, personne n’aurait imaginĂ© qu’il puisse passer pour un radical ou un rĂ©volutionnaire… Mais le fait est lĂ , François Fillon caracole dans les sondages tandis que Nicolas Sarkozy est Ă  un plus bas historique pour un PrĂ©sident en poste depuis un an seulement. Visiblement, son style, dont on nous a tant parlĂ©, est toujours en cause - pas assez prĂ©sidentiel aux yeux des Français. Mais le problème rĂ©sidait aussi en une assez mauvaise communication de l’action gouvernementale. On sait qu’un vĂ©ritable changement de style est en cours, une sorte de lissage du prĂ©sident et de son image. Le PrĂ©sident a aussi voulu rĂ©agir cĂ´tĂ© communication en nommant Thierry Saussez Ă  la tĂŞte d’un super service de communication, combinant Ă  la fois le SIG et la toute nouvelle DĂ©lĂ©gation interministĂ©rielle Ă  la communication. Et c’est important : il faut que le contenant soit attirant pour que le contenu soit dĂ©sirable ! Mais il y a plus : la communication doit ĂŞtre associĂ©e Ă  tout le travail du rĂ©formateur.

Mieux communiquer la réforme

L’Institut Montaigne publiera dans quelques semaines un rapport intitulĂ© « Mieux communiquer la rĂ©forme ». Il s’applique parfaitement Ă  la problĂ©matique du moment : la com, comme on dit, a longtemps Ă©tĂ© cantonnĂ©e Ă  une sorte de « service après-vente Â» de l’action politique. Ce que montrent les exemples français et Ă©trangers qui y sont Ă©voquĂ©s, c’est que la bonne rĂ©forme s’appuie sur la bonne communication dès sa conception et jusqu’à sa mise en Ĺ“uvre.

La communication est utile en aval de l’action politique, mais aussi en amont, dans la genèse même des réformes !

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