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17/10/2011
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Ne pas confondre politique familiale et politique sociale

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Tribune de Michel Godet, parue dans le Figaro du 17 octobre.

Les menaces sur la politique familiale et ses prestations universelles, considérées comme des niches fiscales à supprimer, fusent de toute part. En France, les campagnes électorales passent généralement sous silence les questions familiales, pourtant à la racine de la plupart des problèmes d’échec scolaire, de violence et d'insécurité qui font régulièrement la une des journaux.

Pour la gauche, la famille est un thème conservateur. Le centre n'en parle pas de peur de paraĂ®tre trop Ă  droite. Quant Ă  la droite, elle laisse ses extrĂŞmes s'en accaparer. Il faut faire de la famille et des enfants une affaire publique, au cœur du dĂ©bat des prĂ©sidentielles de 2012.

La France n’a pas profitĂ© de sa prĂ©sidence de l’Union europĂ©enne au second semestre 2008 pour mettre en avant la politique familiale, un des seuls domaines oĂą son exemplaritĂ© pouvait l’ĂŞtre. Plus surprenant, c’est en Allemagne (qui perd il est vrai 300.000 habitants par an) que les initiatives se multiplient, elle consacre plus d’effort financier Ă  la politique familiale que la France !

Les familles avec enfants investissent Ă  un coĂ»t six fois moindre que ne peut le faire la sociĂ©tĂ© au travers des structures d’accueil pour l’Ă©ducation et le renouvellement du capital humain. Il n’empĂŞche, elles ne sont pas assez aidĂ©es puisque le niveau de vie des familles en couple diminue avec le nombre d’enfants de moins de 18 ans (en moyenne de 13 % avec le premier, de 2 % encore avec le deuxième, puis de 5 % Ă  10 % par enfant Ă  partir du 3ème).

Alfred Sauvy avait rĂ©ussi Ă  faire comprendre la diffĂ©rence entre politique sociale et politique familiale. La première corrige les inĂ©galitĂ©s de revenus, par l’impĂ´t du mĂŞme nom et par des transferts sociaux soumis Ă  conditions de ressources. La seconde - dite de transfert "horizontal" par opposition Ă  la première de nature "verticale" - a une vocation de redistribution entre mĂ©nages sans enfants vers les mĂ©nages avec enfants. Il s’agit de faire en sorte qu’au sein de chaque catĂ©gorie de revenu modeste, moyenne ou aisĂ©e, ceux qui ont des enfants ne soient pas pĂ©nalisĂ©s par rapport Ă  ceux qui n’en ont pas.

Les transferts verticaux ne sont peut-ĂŞtre pas suffisants. Mais ils ne doivent pas se faire au dĂ©triment des transferts universels et horizontaux qui constituent un des fondements de la politique familiale de la France. Supprimer ou plafonner le quotient familial serait contraire Ă  l’esprit de la Constitution, car la capacitĂ© contributive des familles avec enfants est moins Ă©levĂ©e Ă  revenu Ă©gal que celle des mĂ©nages qui n’ont pas d’enfant. Aussi, les contribuables riches sans enfants doivent, en toute Ă©quitĂ©, payer plus d’impĂ´ts que ceux qui ont des enfants.

La fiscalitĂ© et les transferts jouent un rĂ´le dĂ©terminant dans les comportements. Les familles ne font pas des enfants pour de l’argent, mais peuvent renoncer Ă  un dĂ©sir d’enfant pour des raisons Ă©conomiques. Aussi nous souscrivons Ă  la proposition socialiste de supprimer le quotient conjugal pour les couples sans enfant surtout si cela permet de verser une allocation dès le 1er enfant. En revanche, l’idĂ©e de supprimer le quotient familial sous prĂ©texte qu’il profite plus aux contribuables aisĂ©s en le remplaçant par une rĂ©duction d’impĂ´t forfaitaire par enfant nous paraĂ®t contraire Ă  l’esprit de redistribution horizontale qui est au cœur de la politique familiale française. Il serait plus lĂ©gitime de le conserver quitte Ă  rendre imposables les prestations familiales.

Un impĂ´t juste et efficace doit ĂŞtre universel et proportionnĂ© aux revenus et aux capacitĂ©s contributives des mĂ©nages suivant la taille des familles, voire modĂ©rĂ©ment progressif. C’est presque le cas de la CSG qui reprĂ©sente 170% de l’impĂ´t sur le revenu net (après versement de la prime pour l’emploi) mais est injuste puisqu’elle ne tient pas compte du quotient familial. C’est pour cela que le niveau de vie des mĂ©nages baisse de 5 % Ă  10% Ă  chaque enfant supplĂ©mentaire.

Les retraitĂ©s, comme les actifs sans enfants, payent respectivement 1,5 et 1,7 fois plus de CSG que d’impĂ´t sur le revenu. C’est beaucoup moins en proportion que pour les couples avec enfants (ratio de 2,4). Les couples avec 3 enfants payent au moins deux fois plus de CSG que d’impĂ´t sur le revenu et les familles monoparentales avec un enfant ; deux fois plus !

Dans notre rapport au Conseil d'analyse économique (CAE) sur "La famille une affaire publique" écrit en 2005 avec Evelyne Sullerot, nous proposions de "familialiser" la CSG en attribuant 0,5 part par enfant.

Le ciblage social et la mise sous conditions de ressources des prestations familiales doivent rester limitĂ©s, sinon la politique familiale ne sera plus qu’une politique sociale pour l’enfance, comme dans la plupart des autres pays europĂ©ens en phase de quasi-suicide dĂ©mographique.

(*) Michel Godet est professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et également membre du Comité directeur de l'Institut Montaigne. Son étude Repenser la politique familiale est publiée sur le site de l'Institut Montaigne.

- TĂ©lĂ©charger l'Ă©tude : Repenser la politique familiale (PDF)

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