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Midterms 2018 - Y a-t-il du changement dans l’air ?

Trois questions Ă  Stacy Meichtry et Meghan Milloy

Midterms 2018 - Y a-t-il du changement dans l’air ?
 Stacy Meichtry
Rédacteur en chef du Wall Street Journal à Paris
 Meghan Milloy
Fellow Ă  la Robert Bosch Stiftung

Le mardi 6 novembre, lors des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, les Démocrates ont pris le contrôle de la Chambre des représentants tandis que les Républicains ont conservé leur majorité au Sénat. Meghan Milloy, co-fondatrice de Republican Women for Progress et actuellement Fellow de la Fondation Robert-Bosch, et Stacy Meichtry, chef du bureau parisien du Wall Street Journal, partagent leurs réactions sur les résultats de ce vote. Tous deux décryptent les conséquences, pour Donald Trump et son programme, d'un Congrès divisé et analysent dans quelle mesure ces élections ont pu insuffler un air changement dans la politique américaine.

Que signifie ce nouveau partage du pouvoir au Congrès pour la politique américaine pour les deux années à venir ?

Meghan Milloy
La nouvelle majorité à la Chambre des représentants confère désormais aux Démocrates la possibilité de bloquer le programme administratif du président Trump. Les Démocrates détiennent dès lors le pouvoir d'assignation à comparaître et peuvent présider des commissions (comme la Commission du renseignement) et mener des enquêtes sur Donald Trump et son administration (notamment sur les déclarations fiscales). Cependant, au cours des deux prochains mois, avant l’entrée en fonction des nouveaux parlementaires en janvier 2019, le gouvernement risque de muscler sa défense contre les procédures d'enquête qui doivent être lancées. L'enquête du procureur Mueller, par exemple, présente tout particulièrement ce risque d'être falsifiée par l'administration Trump d'ici janvier.

La question est de savoir si les Démocrates voudront travailler sur la base d’accords bipartites ou s'ils utiliseront simplement leur majorité pour endiguer l'agenda de Donald Trump.

En ce qui concerne les nouvelles lois à venir, peu sont susceptibles d'émerger à moins que les Démocrates et les Républicains ne tombent d’accord sur des sujets moins controversés que la santé ou le budget (les infrastructures par exemple). La question est de savoir si les Démocrates voudront travailler sur la base d’accords bipartites ou s'ils utiliseront simplement leur majorité pour endiguer l'agenda de Donald Trump. La dernière hypothèse semble, à ce jour, la plus probable.

Stacy Meichtry
Pour les DĂ©mocrates, le pouvoir d'assignation est Ă  la fois une bĂ©nĂ©diction et une malĂ©diction. En effet, les DĂ©mocrates sont dĂ©sormais habilitĂ©s Ă  ouvrir des enquĂŞtes, mais s'ils vont trop loin, ils offriront Ă  Donald Trump et aux RĂ©publicains de la matière Ă  controverse qui leur servira en vue des prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles de 2020. 

En ce qui concerne la possibilité d'un impeachment, rappelons que la condamnation d’un Président implique qu’elle soit prononcée par une majorité au Sénat (⅔). Les Démocrates de la Chambre se devront de considérer cette voie avec prudence car ils ne souhaitent pas que l’histoire se répète, ayant en mémoire ce qui a pu se passer avec Bill Clinton (la Chambre des représentants avait alors initié la destitution de Bill Clinton en 1998, que le Sénat avait ensuite acquitté de toutes les charges qui pesaient contre lui).

Doit-on voir ces rĂ©sultats comme une dĂ©faite pour Donald Trump ou comme un "immense succès", pour reprendre l’expression utilisĂ©e par le prĂ©sident sur Twitter le soir des rĂ©sultats ?

Stacy Meichtry
Si Trump a un goût certain pour l’hyperbole, il est vrai c'est que ces élections de mi-mandat ont, assurément, démontré sa capacité à consolider son leadership et son contrôle du parti Républicain.

Ce dernier lui est en effet redevable parce que Donald Trump a lui-même fait campagne pour que ces sénateurs soient élus. C’est lui qui a contribué à accroître la majorité des Républicains au Sénat alors qu'en 2016, le doute était permis sur la façon dont les Républicains modérés approuveraient le programme de Trump, certains d'entre eux (comme Jeff Flake et John McCain en Arizona, ou Bob Corker au Tennessee) allant jusqu’à critiquer le président. Avec un Sénat républicain renforcé et revigoré, les résistances au sein du parti sont moins probables.

Ces élections de mi-mandat ont, assurément, démontré sa capacité à consolider son leadership et son contrôle du parti Républicain.

Meghan Milloy
MĂŞme s'il avait perdu les deux Chambres, Donald Trump aurait probablement trouvĂ© un moyen de revendiquer sa victoire. Il a cependant raison : les RĂ©publicains ont gagnĂ© des sièges au SĂ©nat, ce qui confère Ă  Donald Trump le pouvoir de nommer et d’approuver les juges de la Cour suprĂŞme, entre autres fonctionnaires amĂ©ricains. En outre, la “vague bleue” prĂ©dite par les sondages ne s’est pas produite et c’est, en cela, une petite victoire pour le prĂ©sident Trump. 

Les dĂ©mocrates devront jouer la carte de la sĂ©curitĂ© avec le candidat qu'ils choisiront pour les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2020. Si un homme très Ă  gauche comme Bernie Sanders est choisi, les DĂ©mocrates perdront probablement beaucoup de RĂ©publicains modĂ©rĂ©s qui Ă©prouveront de la rĂ©ticence Ă  soutenir un tel candidat contre Trump, si ce dernier se prĂ©sente pour un second mandat. Bien sĂ»r, deux ans, c'est une Ă©ternitĂ© politique ! De nouvelles personnalitĂ©s pourraient surgir, pourquoi pas quelqu'un qui se dĂ©marque vraiment du nouveau Congrès, qui exerce un grand rĂ´le dans la prĂ©sidence d'une commission, qui fouille dans les enquĂŞtes...

Dans quelle mesure les Ă©lections de mi-mandat peuvent-elles marquer une inflexion dans la politique amĂ©ricaine ?

Meghan Milloy
La percĂ©e des femmes en politique a Ă©tĂ© le vĂ©ritable point saillant de ces Ă©lections de mi-mandat. Le nombre record de femmes Ă©lues au Congrès dans les deux partis favorisera, espĂ©rons-le, la recherche de compromis et les accords bipartites. Par ailleurs, le grand nombre de candidats issus de minoritĂ©s, qui se sont prĂ©sentĂ©s pour la première fois Ă  un tel scrutin, souligne un dĂ©sir d'expression rĂ©el au sein des communautĂ©s opprimĂ©es. La Chambre des reprĂ©sentants a vu l’élection de la plus jeune candidate femme, de la première candidate amĂ©rindienne et des premiers candidats musulmans. Cette annĂ©e sera cruciale pour le maintien de cette dynamique de changement au sein de la vie politique amĂ©ricaine. 

Bien qu'il faille éviter d'utiliser le mot "référendum" parce qu'il donne trop d'importance et de pouvoir à l'influence de Donald Trump sur le scrutin, le taux de participation exceptionnellement élevé a certainement montré la vitalité de la base électorale - et cette vitalité est en grande partie une conséquence directe de Trump lui-même. En fin de compte, les élections de mi-mandat se sont concentrées autour de la question de savoir si les candidats approuvaient ou non le président Trump.

Stacy Meichtry
Dans l'ensemble, les rĂ©sultats des Ă©lections de mi-mandat ont Ă©tĂ© plus ou moins conformes aux prĂ©visions. Un Congrès ainsi scindĂ© souligne l’accroissement des divisions et de la polarisation  du système politique amĂ©ricain et rĂ©duit par lĂ -mĂŞme la propension Ă  "tendre la main Ă  l’opposition". Un SĂ©nat qui reste aux mains des RĂ©publicains signifie Ă©galement que Trump aura plus de facilitĂ© Ă  faire approuver ceux qu’il destinera Ă  la magistrature, et les choix de nomination qu’il fera alors sont susceptibles de marquer pour des dĂ©cennies Ă  venir les discussions autour des questions controversĂ©es de culture et d’identitĂ©. 

Il ne fait guère de doute que la base électorale des Démocrates poussera en faveur d’enquêtes contre Donald Trump voire même en faveur d’un impeachment mais le Sénat, redevable à M. Trump, demeurera décisif, car c'est le seul pouvoir habilité à mener le procès menant à une éventuelle destitution. Ces considérations permettent bien sûr de relativiser la probabilité de changements politiques notables dans les deux années à venir.

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