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Mettre fin au cumul des mandats

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Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne

Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, est intervenu le 4 juillet dernier à l’occasion de la soirée des think tanks organisée par Acteurs Publics sur le renouveau du service public. Son intervention a permis de revenir sur une réforme essentielle pour la vitalité de notre démocratie : l’interdiction du cumul des mandats électoraux.

Le cumul des mandats : une dĂ©solante exception française

Les chiffres parlent d’eux-mĂŞmes : le cumul des mandats est, en France, une pratique aussi persistante que rĂ©pandue. 75 % des dĂ©putĂ©s de la nouvelle AssemblĂ©e exercent au moins un autre mandat, soit Ă  peine mieux qu’en 2007 oĂą ils Ă©taient 83 %. A titre de comparaison, en Allemagne, 24 % des parlementaires cumulent plusieurs mandats, ils sont 3 % au Royaume-Uni et… 0 % aux Etats-Unis.

Laurent Bach, professeur assistant Ă  la Stockholm School of Economics, a analysĂ© les rĂ©sultats aux Ă©lections ainsi que le travail des dĂ©putĂ©s depuis 1988 dans son ouvrage Faut-il abolir le cumul des mandats (2012). Ses recherches montrent que le cumul des mandats limite la prĂ©sence des dĂ©putĂ©s en commissions parlementaires, les Ă©loigne davantage des dĂ©bats publics nationaux et les pousse Ă  orienter leurs activitĂ©s et interventions Ă  l’AssemblĂ©e en fonction des intĂ©rĂŞts propres Ă  leur collectivitĂ© locale.

Pourquoi mettre fin Ă  cette pratique

Le Parti socialiste dĂ©fend depuis quelques annĂ©es la limitation du cumul des mandats. DĂ©jĂ  prĂ©sent lors de sa convention « RĂ©nover la politique Â» de juillet 2010, cet engagement a Ă©tĂ© renouvelĂ© par François Hollande lors de la campagne pour l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2012, puis rĂ©affirmĂ© par son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, lors de son discours de politique gĂ©nĂ©rale : "pour permettre aux parlementaires de se consacrer pleinement Ă  leur mission, il sera mis fin, comme c'est dĂ©jĂ  le cas pour les membres du gouvernement, au cumul entre un mandat de parlementaire et l'exercice de fonctions exĂ©cutives locales. Cette rĂ©forme sera applicable en 2014".

Pourtant, nombre de dĂ©putĂ©s, y compris socialistes, continuent Ă  se montrer rĂ©ticents, notamment car ils jugent indispensable de conserver un ancrage local afin d’ĂŞtre en prise avec la rĂ©alitĂ© du terrain. Pourtant, 93% des Français interrogĂ©s Ă  l’occasion d’un sondage IFOP se sont montrĂ©s favorables Ă  l’interdiction du cumul des mandats.

L’interdiction du cumul des mandats permettrait d’amĂ©liorer l’efficacitĂ© du travail parlementaire et la reprĂ©sentativitĂ© des assemblĂ©es – en ce dĂ©but de quatorzième lĂ©gislature, seules 25 % des dĂ©putĂ©es sont des femmes et 2 % sont issus de la diversitĂ©. Elle entrainerait Ă©galement un plus grand renouvèlement des effectifs des assemblĂ©es : sur 577 dĂ©putĂ©s, 360 ont dĂ©jĂ  effectuĂ© au moins un mandat dont 344 lors de la dernière lĂ©gislature.

Comment y mettre fin

Depuis plusieurs annĂ©es, l’Institut Montaigne dĂ©fend l’interdiction du cumul des mandats pour les parlementaires dans le temps et dans l’espace. Cette position se rĂ©sume par la formule suivante "un homme, un mandat". Dans l’idĂ©al, le non-cumul devrait Ă©galement ĂŞtre Ă©tendu aux membres des cabinets ministĂ©riels afin que ceux-ci Ă  l’instar de leurs ministres ne puissent dĂ©tenir par ailleurs un mandat local.

La contrepartie Ă©vidente de cette exigence serait d’accorder aux Ă©lus un statut renouvelĂ© et consolidĂ© qui leur permettrait notamment d’envisager plus sereinement leur rĂ©insertion professionnelle Ă  l’issue de leur mandat.

La vitalité de notre démocratie est à ce prix.

Par Marguerite de Tavernost et Nicolas Ferrière pour l'Institut Montaigne

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