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Lutte contre les cyberattaques : les États-Unis prennent le devant 

Lutte contre les cyberattaques : les États-Unis prennent le devant 
 Gérôme Billois
Auteur
Partner cybersécurité et confiance numérique chez Wavestone

Le prĂ©sident des États-Unis, Joe Biden, signait le 12 mai dernier un dĂ©cret d’urgence annonçant la crĂ©ation d’un comitĂ© d’examen des cyberattaques et la mise en place de nouvelles normes de sĂ©curitĂ© logicielles pour les agences gouvernementales. GĂ©rĂ´me Billois, partner cybersĂ©curitĂ© et confiance numĂ©rique chez Wavestone, revient sur les raisons de ces dĂ©cisions et les compare au cadre français. 

L'opĂ©rateur d'olĂ©oducs texan Colonial Pipeline, qui fournit du carburant Ă  une grande partie de la cĂ´te Est des États-Unis, a Ă©tĂ© ciblĂ© le 7 mai 2021 par un ransomware orchestrĂ© par le collectif de cyberpirates DarkSide. Il s’agit de la plus grande attaque contre une infrastructure pĂ©trolière que les États-Unis ont connue. Quelques semaines plus tard, c’est la filiale du gĂ©ant agroalimentaire JBS - un des leaders mondiaux du secteur de la viande - qui se voit victime d’une cyberattaque organisĂ©e par le groupe Revil, affectant plusieurs de ses serveurs, notamment en AmĂ©rique du Nord et jusqu’en Australie. 

Un changement de paradigme dans la politique cyber des États-Unis

Ces deux attaques ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©latrices d’un changement de paradigme opĂ©rĂ© par les groupes de cyber attaquants aux États-Unis. Alors que la menace du ransomware Ă©tait auparavant considĂ©rĂ©e comme une menace criminelle, qui impactait seulement financièrement certaines structures Ă  l’échelle nationale, elle prend aujourd’hui une ampleur tout autre, affectant les infrastructures critiques garantissant le bon fonctionnement des pays. Ce changement de dimension a entraĂ®nĂ© un changement de posture de la part du gouvernement amĂ©ricain. 

Le président Biden, pour répondre à l’ampleur de ces nouvelles attaques, a engagé une stratégie de réponses qui repose moins sur l’augmentation des moyens judiciaires classiques - enquêtes, infiltrations et interpellations de la police -, que sur la technicité et la rapidité d'exécution des solutions. Deux axes d’actions ont été déployés :

  • un axe technique : l’interruption du fonctionnement des infrastructures d’attaque et de gestion des rançons ;
  • un axe financier : le traçage des paiements et la rĂ©cupĂ©ration de la rançon payĂ©e.

Ces deux attaques ont été révélatrices d’un changement de paradigme opéré par les groupes de cyber attaquants aux États-Unis.

Les agences de sécurité ont ciblé les fournisseurs de services utilisés par les organisations cybercriminelles. Le site web utilisé par le groupe de ransomware Darkside pour gérer les attaques (les demandes de rançons, les outils d’attaques pour les affiliés…) est hébergé, comme tous les autres sites, sur un serveur.

Les agences amĂ©ricaines ont rĂ©ussi Ă  l’identifier et ont demandĂ© Ă  son hĂ©bergeur d’interrompre le service. En parallèle, les États-Unis ont suivi les monnaies virtuelles utilisĂ©es lors de la rançon pour identifier les gestionnaires des wallets bitcoin (c'est-Ă -dire les organisations qui stockent des bitcoins et les blanchissent) et rĂ©cupĂ©rer les fonds. Peut-on parler de "hack-back" (doctrine selon laquelle un pays ayant subi une attaque doit attaquer en retour) ? Ă€ ce jour, aucun Ă©lĂ©ment ne semble indiquer que les forces de l’ordre aux États-Unis ont piratĂ© des infrastructures cybercriminelles dans le but de les neutraliser. 

Un changement de vitesse drastique

Auparavant, ces opĂ©rations n’aboutissaient pas avant plusieurs mois ou annĂ©es. Ici, les opĂ©rations ont abouti en 15 jours. La prise de conscience de l'État amĂ©ricain a entraĂ®nĂ© un certain nombre d'actions, dont l’ordre exĂ©cutif du prĂ©sident Biden. 

Celui-ci renforce les exigences de sĂ©curitĂ© des infrastructures critiques : l’attaque Colonial Pipeline a eu lieu Ă  cause de la circulation d’un mot de passe en ligne. Sa technicitĂ© Ă©tait donc relativement faible, posant la question des bonnes pratiques de sĂ©curitĂ© de l’organisation. 

La menace ransomware doit ĂŞtre traitĂ©e avec la mĂŞme importance que la menace terroriste. 

La rĂ©ponse amĂ©ricaine concerne deux volets : sur le volet diplomatique, les États-Unis ont dĂ©cidĂ© de faire de l’attribution des cyberattaques un des piliers de leur politique envers la Russie et la Chine ; sur le volet juridique, le Ministère de la Justice Ă©lève la gravitĂ© des cyberattaques en annonçant que toutes les affaires ransomware seront traitĂ©es et consolidĂ©es au niveau fĂ©dĂ©ral, et que la menace ransomware doit ĂŞtre traitĂ©e avec la mĂŞme importance que la menace terroriste. 

Le parallèle avec la France 

En France, nous menons dĂ©jĂ  plusieurs actions telles que la centralisation de la gestion des ransomware, la rĂ©partition des dossiers par famille de ransomware Ă  l’échelle nationale, l’augmentation de la pression juridique... Si l’on compare les rĂ©actions gouvernementales de la France avec celles des États-Unis, on remarque que la France avait dĂ©jĂ  anticipĂ© certaines choses. Par exemple, l’ordre exĂ©cutif est proche de la loi de programmation militaire de 2019, qui rehausse les standards de sĂ©curitĂ© pour les organisations d’importance vitale (OIV). La France dispose aussi de capacitĂ©s techniques rĂ©elles dans ce domaine. 

Comme nous le notions dans la sĂ©rie d’articles de l’Institut Montaigne, Briser la rentabilitĂ© du cybercrime, l’enjeu pour la France est aujourd’hui de renforcer davantage ses moyens de protection dans l’ensemble du tissu Ă©conomique, de tarir les financements des cybercriminels en suivant les flux de monnaies Ă©lectroniques, et de rendre la justice plus forte pour briser le sentiment d’impunitĂ© des cybercriminels. Sur ces trois points, les États-Unis ont avancĂ© fortement, la France n’est pas en reste mais doit continuer ses efforts !

 

 

Copyright : JONATHAN ERNST / POOL / AFP

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