AccueilExpressions par MontaigneL'urgence de rĂ©former une fiscalitĂ© Ă bout de souffleLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne RĂ©gulation06/03/2012ImprimerPARTAGERL'urgence de rĂ©former une fiscalitĂ© Ă bout de souffleAuteur Claude BĂ©bĂ©ar Fondateur de l’Institut Montaigne Tribune parue dans Le Figaro daté du 3/4 mars 2012. Claude Bébéar, président de l'Institut Montaigne, appelle à une réforme fiscale d'ensemble pour favoriser la compétitivité et l'emploi.Affronter la double crise que nous traversons – celle de notre compĂ©titivitĂ© et de nos finances publiques – requiert de la luciditĂ©, du courage et l’unitĂ© des Français.De la luciditĂ©, car les prĂ©lèvements obligatoires dans notre pays reprĂ©sentent 45 % du PIB, dix points de plus que la moyenne des pays de l’OCDE. On ne peut plus augmenter ce ratio sans casser les ressorts de l’initiative privĂ©e, le vĂ©ritable moteur de la crĂ©ation d’emplois.Du courage, pour reconnaĂ®tre qu’assigner Ă la seule fiscalitĂ© la tâche de corriger les inĂ©galitĂ©s entre les individus est une erreur mĂ©thodologique fondamentale. Le système fiscal n’a pas cette vocation. La redistribution des richesses passe dĂ©jĂ par les transferts et les prestations sociales. En France, la protection sociale a d’ailleurs bien jouĂ© son rĂ´le d'amortisseur des inĂ©galitĂ©s, avec un rapport, de 1985 Ă 2008, entre le niveau de vie moyen des 10 % des Français les plus riches et les 10 % les plus pauvres stable : 8 en 1985 ; 7 en 2008.L’unitĂ© des Français, autour d’une rĂ©forme globale de notre fiscalitĂ©, qui est aujourd’hui Ă bout de souffle. Illisible, avec ses assiettes mitĂ©es, ses bases Ă©troites et ses exonĂ©rations multiples, elle dĂ©favorise la compĂ©titivitĂ© de notre pays. Son rendement est tellement limitĂ© que, pour obtenir des recettes fiscales suffisantes, notre pays doit sans cesse crĂ©er de nouveaux impĂ´ts.Les principaux candidats Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle sont relativement silencieux sur les dĂ©penses publiques, qui reprĂ©sentent 56 % de notre PIB – un chiffre exorbitant -, mais ils redoublent d’inventivitĂ© en matière fiscale. Rappelons quelques unes des caractĂ©ristiques marquantes de notre fiscalitĂ© par rapport aux autres pays de l’OCDE : une taxation de la consommation peu Ă©levĂ©e et – jusqu’il y a peu – en baisse tendancielle ; une imposition du travail très Ă©levĂ©e et tout particulièrement pour les employeurs ; enfin, une taxation du capital, contrairement Ă une idĂ©e reçue, concentrĂ©e sur le stock de capital et beaucoup moins sur ses revenus.C’est bien Ă une rĂ©forme d’ensemble du système fiscal que le prochain gouvernement devra s’attaquer. RĂ©clamĂ©e depuis si longtemps Ă gauche comme Ă droite, elle est devenue aujourd’hui possible.Quels pourraient ĂŞtre ses points cardinaux ?La compĂ©titivitĂ©, d’abord : la structure des prĂ©lèvements fiscaux doit ĂŞtre adaptĂ©e Ă une Ă©conomie ouverte, oĂą travail et capital sont mobiles. C’est un des principaux Ă©lĂ©ments de notre attractivitĂ©.L’Ă©quitĂ© ensuite : le système fiscal doit ĂŞtre juste pour ĂŞtre acceptĂ© socialement. L’Ă©quitĂ© ne doit pas toutefois ĂŞtre analysĂ©e impĂ´t par impĂ´t : c’est le système fiscal et social dans son ensemble qu’il faut apprĂ©hender. Ainsi, ce sont les prestations sociales qui contribuent le plus Ă la redistribution des richesses.L’efficacitĂ© enfin : le système fiscal doit procurer aux administrations publiques des ressources pour fonctionner. Il doit Ă©galement ĂŞtre stable et aussi simple que possible.Notre problème fondamental rĂ©side dans la prĂ©fĂ©rence systĂ©matique accordĂ©e Ă la consommation au dĂ©triment de la production. Depuis trop longtemps nous consommons Ă crĂ©dit des biens que nous ne fabriquons plus. Baisser les charges qui pèsent sur le travail pour augmenter la fiscalitĂ© sur la consommation est donc une bonne idĂ©e. L’association automatique entre une faible taxation de la consommation et une sociĂ©tĂ© Ă©quitable n’a rien d’Ă©vident. Le Danemark, la Finlande et la Suède, qui sont les plus redistributifs de la planète, imposent beaucoup plus lourdement la consommation. Le taux normal de TVA y est ainsi de 25 %.Le basculement des charges qui pèsent aujourd’hui sur le travail et sur tout le cycle productif – souvent avant mĂŞme que les entreprises n’aient fait le moindre euro de bĂ©nĂ©fice – doit se faire sans aucune augmentation du niveau des prĂ©lèvements obligatoires. Au final, il s’agit d’engager un transfert fiscal d’au moins 50 milliards d’euros, soit près de 3 points de PIB en faveur de l’emploi, de la compĂ©titivitĂ© et de l’investissement. Ce qui, en dĂ©finitive, ne reprĂ©sente qu’un mouvement d’environ 6 % de la masse totale des prĂ©lèvements obligatoires. Il s’agit lĂ d’un montant rĂ©aliste, Ă la portĂ©e d’une vĂ©ritable ambition de changement, mais d’une ampleur jamais atteinte ces vingt dernières annĂ©es.D’autres pays ont menĂ© avant nous des rĂ©formes fiscales d’ampleur bien plus considĂ©rable : Canada et Etats-Unis dans les annĂ©es 1980, pays scandinaves dans les annĂ©es 1990, Allemagne dans la dĂ©cennie Ă©coulĂ©e. Avec le mĂŞme courage, certains de ces pays ont affrontĂ© la question de leurs dĂ©penses publiques et ce double effort les place aujourd’hui dans une situation beaucoup plus favorable que la nĂ´tre. Les prioritĂ©s du prochain quinquennat doivent se nourrir de ces exemples rĂ©ussis.- En savoir plus sur le dernier rapport de l'Institut Montaigne intitulĂ© : Une fiscalitĂ© au service de la "social compĂ©titivitĂ©" (mars 2012)ImprimerPARTAGER