AccueilExpressions par MontaigneLois de moralisation de la vie politique : trois mesures passĂ©es au cribleLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique02/06/2017ImprimerPARTAGERLois de moralisation de la vie politique : trois mesures passĂ©es au cribleAuteur Institut Montaigne Le ministre de la Justice François Bayrou a présenté hier le plan du gouvernement pour la moralisation de la vie politique. Intitulée "Pour la confiance dans notre vie démocratique", la réforme prévoit de nombreuses mesures pour encourager la transparence, la probité et le renouvellement de nos gouvernants et élus. Trois projets de loi (ordinaire, organique et constitutionnelle) seront ainsi présentés au Conseil d'Etat puis au conseil des ministres le 14 juin prochain. L'Institut Montaigne en décrypte les principales mesures. Suppression de la Cour de justice de la RĂ©publiqueQuoi ? Créée par la loi constitutionnelle du 27 juillet 1993, la Cour de justice de la RĂ©publique est compĂ©tente pour juger les membres du gouvernement (Premier ministre, ministres, secrĂ©taires d’État) qui sont, mĂŞme pendant leur mandat, pĂ©nalement responsables des actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions. La CJR est rĂ©gulièrement critiquĂ©e pour son absence d’impartialitĂ©. Sa composition (prĂ©sence de douze "juges parlementaires"), la lenteur de ses procĂ©dures et le caractère laxiste de ses dĂ©cisions sont frĂ©quemment incriminĂ©s. Son fonctionnement est, en outre, difficilement comprĂ©hensible pour les citoyens. Pourquoi ? Dans ce contexte de dĂ©fiance gĂ©nĂ©ralisĂ©e, et pour mettre un terme Ă l’éclatement des procĂ©dures juridictionnelles, sa suppression avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© proposĂ©e par François Hollande en 2012. Il n’est cependant pas parvenu, au cours de son mandat, Ă faire adopter la rĂ©vision constitutionnelle nĂ©cessaire Ă sa suppression. Les conclusions du procès de Christine Lagarde devant la CJR en dĂ©cembre 2016 ont relancĂ© les critiques Ă l’encontre de cette juridiction. François Bayrou propose ainsi de la supprimer, afin que les membres du gouvernement incriminĂ©s pour des actes commis dans l’exercice de leurs fonctions relèvent des juridictions de droit commun.Comment ? La suppression de la CJR exige une modification des articles 68-1 et 68-2 de la Constitution du 4 octobre 1958. Une rĂ©forme constitutionnelle devra donc nĂ©cessairement ĂŞtre engagĂ©e. Suppression de la rĂ©serve parlementaireQuoi ? La rĂ©serve parlementaire est un ensemble de subventions, dont le montant total s’élève Ă environ 145 M€ par an, qui permet aux dĂ©putĂ©s et aux sĂ©nateurs de financer les associations et les collectivitĂ©s locales de leur choix, sans aucune conditions prĂ©alables ni contrĂ´le. Les crĂ©dits de la rĂ©serve parlementaire sont votĂ©s chaque annĂ©e en loi de finances et inscrits sur les budgets des diffĂ©rents ministères. Il n’y a pas de critère a priori pour les associations. Pour les collectivitĂ©s, il ne peut s’agir que de dĂ©penses d’investissement. En 2016, la rĂ©serve parlementaire Ă©tait de 90 M€ pour les dĂ©putĂ©s et de 55 M€ pour les sĂ©nateurs.Pourquoi ? Unique au monde, la rĂ©serve est frĂ©quemment critiquĂ©e pour les risques qu’elle ferait courir en matière de conflits d’intĂ©rĂŞts et de clientĂ©lisme. L’exigence d’exemplaritĂ© et de transparence, ainsi que les pressions exercĂ©es par la sociĂ©tĂ© civile, ont conduit ces dernières annĂ©es Ă accroĂ®tre la publicitĂ© autour de l’utilisation de ces fonds publics mais son caractère discrĂ©tionnaire demeure. Outre l’opacitĂ© qui a longtemps entourĂ© ce dispositif sans Ă©quivalent dans le monde, la principale critique adressĂ©e Ă la rĂ©serve parlementaire tient au mĂ©lange des genres auquel elle expose les parlementaires : le rĂ´le de ces derniers est de voter la loi, de contrĂ´ler l’action du Gouvernement et d’évaluer les politiques publiques. Il n’est pas de distribuer directement de l’argent de manière discrĂ©tionnaire.Comment ?La suppression de la rĂ©serve parlementaire nĂ©cessite l’adoption d’une loi organique visant Ă modifier la loi organique relative aux lois de finances du 1er aoĂ»t 2001. Le 10 fĂ©vrier 2017, le dĂ©putĂ© Christophe Premat (groupe socialiste, Ă©cologiste et rĂ©publicain) avait dĂ©jĂ dĂ©posĂ© une proposition de loi organique visant Ă supprimer la rĂ©serve parlementaire. Elle n’a pas Ă©tĂ© examinĂ©e par l’AssemblĂ©e nationale. Limitation du cumul des mandats dans le temps Quoi ? Pratique très dĂ©veloppĂ©e en France, le cumul de mandats dĂ©signe l’exercice simultanĂ© de mandats Ă©lectoraux nationaux ou europĂ©ens et de fonctions Ă©lectives locales. Aujourd’hui encadrĂ© par deux lois de 2014, le cumul est dĂ©sormais interdit pour les parlementaires qui souhaiteraient prĂ©tendre Ă une fonction exĂ©cutive locale. Cette interdiction est applicable Ă compter du prochain renouvellement des assemblĂ©es parlementaires.Pourquoi ? Le cumul des mandats encourage aujourd’hui le phĂ©nomène de professionnalisation de la politique. Le non cumul permettrait, quant Ă lui, de renforcer la diversitĂ© et la reprĂ©sentativitĂ© de nos Ă©lus. Dans les faits, plus de la moitiĂ© des parlementaires actuellement Ă©lus ont effectuĂ© au moins deux mandats consĂ©cutifs. Ă€ l’AssemblĂ©e, trois dĂ©putĂ©s poursuivent actuellement leur neuvième mandat. Le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, Claude Bartolone exerce son huitième mandat. Dans l’histoire de la Ve RĂ©publique, Didier Jullia dĂ©tient le record du nombre de mandats (11) exercĂ©s Ă l’AssemblĂ©e, pour 45 annĂ©es de prĂ©sence, suivi par Jean TibĂ©ri, avec 10 mandats et 44 annĂ©es de prĂ©sence. Les impĂ©ratifs de renouvellement et de reprĂ©sentativitĂ© conduisent donc aujourd’hui Ă proposer de limiter le cumul de mandats dans le temps. Les enquĂŞtes d’opinion menĂ©es rĂ©gulièrement auprès des Français le montrent : ils ne souhaitent plus que les responsables politiques puissent obtenir Ă plusieurs reprises le mĂŞme mandat Ă©lectoral. Selon un sondage Odoxa rĂ©alisĂ© en janvier 2016, trois Français sur quatre citent comme prioritaire une rĂ©forme sur l’application du non-cumul dans le temps.Comment ? L’article 25 de la Constitution dispose que : "une loi organique fixe la durĂ©e des pouvoirs de chaque assemblĂ©e […], le rĂ©gime des inĂ©ligibilitĂ©s et des incompatibilitĂ©s". Les dispositions relatives aux incompatibilitĂ©s des mandats parlementaires avec des fonctions exĂ©cutives locales relèvent donc d’une loi organique, tout comme la restriction du nombre de mandats dans le temps qui constitue un nouveau cas d’inĂ©ligibilitĂ©. Les lois organiques obĂ©issent Ă une procĂ©dure spĂ©cifique.Mais aussi…D’autres mesures figureront Ă©galement dans les trois lois de moralisation de la vie politique : suppression des indemnitĂ©s de frais de mandats, interdiction de recruter des membres de sa famille pour les dĂ©putĂ©s, les sĂ©nateurs, les membres du Gouvernement et les Ă©lus locaux. La loi prĂ©conise Ă©galement d’encadrer le fonctionnement des partis politiques en rĂ©formant leurs modalitĂ©s de financement, par l’interdiction des prĂŞts de personnes morales - exceptĂ©es les banques europĂ©ennes - et la crĂ©ation d’une " banque de la dĂ©mocratie ". Cette dernière pourrait accorder des prĂŞts aux partis politiques et aux candidats prĂ©sentant des garanties de solvabilitĂ©.Pour aller plus loin : Retrouvez ici nos propositions pour l’amĂ©lioration du travail parlementaire et de la reprĂ©sentativitĂ© de la vie politique.ImprimerPARTAGER