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Libérer la négociation collective

Libérer la négociation collective
 Institut Montaigne
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Article de Gérard Adam et Jean-Pierre Basilien, co-auteurs du rapport de l'Institut Montaigne et d'Entreprise et Personnel Reconstruire le dialogue social, paru dans La Tribune du jour.

La loi du 31 janvier 2007 donne la possibilité aux partenaires sociaux de préempter les projets gouvernementaux relatifs aux relations du travail et la thématique de la démocratie sociale. Elle avait laissé croire que la négociation collective aurait désormais un rôle décisif pour la régulation sociale. Il n'en a rien été.

Assurément, le bilan quantitatif des accords nationaux interprofessionnels signés depuis le début du quinquennat est flatteur. Mais la main de l'État a lourdement pesé sur le déroulement des négociations dont le parcours a été soigneusement balisé par des "notes d'orientation" gouvernementales parfois accompagnées de l'évocation d'une décision autoritaire si les discussions s'engageaient dans des voies différentes du parcours souhaité. Sans doute la crise avec ses effets centralisateurs est-elle passée par là. Mais, s'y sont ajoutés le jacobinisme des dirigeants politiques, toujours méfiants vis-à-vis de la société civile, et le volontarisme de l'exécutif prompt à dénoncer l'immobilisme des syndicats et du patronat.

La modernisation des critères de représentativité syndicale, qui se fait d'ailleurs attendre pour le patronat, n'aura aucun sens à l'avenir si elle ne s'accompagne pas d'une autonomie réelle des partenaires sociaux concrétisée par un large espace sécurisé de libre négociation.

Si l'on veut sortir des traditionnels poncifs sur les vertus d'un syndicalisme fort, reconnu et responsable, deux voies doivent en particulier ĂŞtre privilĂ©giĂ©es. La première consiste Ă  revenir Ă  une stricte application de l'article 34 de la Constitution qui dispose que "la loi dĂ©termine les principes fondamentaux du droit du travail, du droit syndical et de la SĂ©curitĂ© sociale". Ce libellĂ© restrictif est volontairement distinct des domaines oĂą, au contraire, il est prĂ©cisĂ© que la loi "fixe les règles". On peut cependant douter que le seul rappel aux fondamentaux constitutionnels suffise, tant la tentation est grande pour chaque gouvernement, chaque ministre, chaque parlementaire de donner son nom Ă  un nouveau texte lĂ©gislatif venant alourdir les quelque 3.200 pages du Code du travail. Ă€ cet Ă©gard, on pourrait s'inspirer des règles adoptĂ©es pour le remplacement des fonctionnaires : supprimer deux textes existant pour toute nouvelle loi...

La seconde porte sur la transcription lĂ©gislative des accords. Deux thèses s'opposent : d'un cĂ´tĂ©, le droit imprescriptible des reprĂ©sentants de la souverainetĂ© nationale Ă  lĂ©gifĂ©rer, donc Ă  amender le texte des partenaires sociaux ; de l'autre, la nĂ©cessitĂ© de ne pas dĂ©savouer des signataires qui ont eu le courage de s'engager sur des choix parfois difficiles. L'argument n'est pas subalterne dans un pays oĂą la tradition contestataire des syndicats demeure vivace, surtout lorsque les non-signataires s'empressent de demander aux parlementaires ce qu'ils n'ont pas obtenu dans les discussions !

Le renforcement des procédures encore balbutiantes de concertation entre les partenaires sociaux et le Parlement constitue une première réponse à ce dilemme. Ne faut-il pas aller plus loin et dire qu'un accord signé par des organisations représentant, par exemple, les deux tiers des voix dans les élections professionnelles s'impose au législateur.

HĂ©rĂ©sie juridique ? Oui en France, oĂą, contrairement aux pays anglo-saxons, la primautĂ© n'est pas donnĂ©e au contrat dans les relations du travail. Mais la question Ă  se poser est bien celle de la rĂ©alitĂ© ou de l'apparence de la dĂ©mocratie sociale. Il ne sert Ă  rien de dĂ©noncer le "cancer de l'assistanat" si l'État providence continue Ă  dĂ©cider de tout.

- Lire le rapport Reconstruire le dialogue social

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