AccueilExpressions par MontaigneL’Europe Ă plusieurs vitesses : un horizon possible ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Union EuropĂ©enne08/02/2017ImprimerPARTAGERL’Europe Ă plusieurs vitesses : un horizon possible ?Auteur Institut Montaigne En marge du Sommet de la Valette, le vendredi 3 février, la chancelière Angela Merkel a évoqué la possibilité d'une Union européenne à plusieurs vitesses. Trois questions à Morgan Guérin, spécialiste de ces enjeux à l'Institut Montaigne.Que signifie l'expression "une Europe Ă plusieurs vitesses" et quelle rĂ©alitĂ© peut-elle recouvrir ?L’idĂ©e d’une Europe "Ă plusieurs vitesses" ne date pas d’hier. Certains utilisent Ă©galement les expressions d’Europe "Ă la carte" ou "Ă gĂ©omĂ©trie variable". Il s’agit d’envisager la possibilitĂ© pour certains États membres de partager davantage leurs compĂ©tences Ă un niveau europĂ©en, sans que cette nouvelle intĂ©gration ne s’impose aux 28 États membres.Deux raisons peuvent expliquer le retour de ce thème sur le devant de la scène. D’abord, de nombreux États membres et dirigeants politiques considèrent que les institutions sont, dans leur Ă©tat actuel, incomplètes et ne permettent pas de mener de politiques efficaces. Ensuite, les dĂ©saccords entre États membres sur les grandes orientations stratĂ©giques de l’Union europĂ©enne (UE) compliquent la prise de dĂ©cision, notamment lorsque l’unanimitĂ© est nĂ©cessaire.L’idĂ©e d’une Europe Ă plusieurs vitesses consisterait donc Ă permettre Ă des groupes d’États qui le souhaitent de continuer leur intĂ©gration tout en permettant Ă ceux qui ne le souhaitent pas de continuer Ă ĂŞtre membre de l’UE. Les politiques de dĂ©fense et d’énergie pourraient ĂŞtre celles pour lesquelles une telle intĂ©gration diffĂ©renciĂ©e verrait le jour au cours des prochaines annĂ©es.A La Valette, François Hollande a Ă©galement fait sienne l’idĂ©e d’une diffĂ©renciation entre les États membres. Toutefois, il a souhaitĂ© exprimer son opposition Ă une UE "tiroir-caisse" ou "self-service" dans laquelle l’engagement europĂ©en des États membres se limiterait Ă une vision utilitariste.Enfin, le projet d’une Europe Ă plusieurs vitesses est Ă©galement critiquĂ© de par la complexitĂ© qu’elle pourrait ajouter Ă l’UE et la perte de lisibilitĂ© que cela engendrerait pour les opinions publiques europĂ©ennes. L’équation Ă laquelle souhaitent rĂ©pondre les États membres est donc loin d’être simple. Certains utilisent Ă©galement l’expression d’une "Europe Ă deux vitesses". Parle-t-on de la mĂŞme chose ?Une "Europe Ă deux vitesses" consisterait en un noyau dur, la zone euro et ses dix-neuf États membres, et un second cercle constituĂ© par l’UE dans son ensemble. La crĂ©ation d’une monnaie unique a Ă©tĂ© une Ă©tape dĂ©cisive et lourde de consĂ©quence dans le processus d’intĂ©gration politique des pays europĂ©ens. Toutefois, il semble que l’affectio societatis entre États europĂ©ens qui existait lors de la signature du traitĂ© de Maastricht a considĂ©rablement diminuĂ©. En l’état actuel, il paraĂ®t peu probable que les États membres de la zone euro tombent d’accord sur les termes d’un traitĂ© centralisant davantage les politiques budgĂ©taires et fiscales. De plus, deux des plus importantes Ă©conomies de l’Union, la Pologne et la Suède, ne sont pas dans la zone euro.Le Brexit contribue-t-il Ă raviver ce dĂ©bat ?Le dĂ©part du Royaume-Uni de l’UE relance ce dĂ©bat Ă plusieurs titres. Il est intĂ©ressant de se rappeler que lors du Conseil europĂ©en des 18 et 19 fĂ©vrier derniers, consacrĂ© au futur rĂ©fĂ©rendum britannique, les chefs d’État et de gouvernement des États membres avaient longuement dĂ©battu de ce point.Bien que le vote britannique en faveur du Brexit ait rendu caduques les conclusions de ce Conseil, les États membres avaient reconnu Ă cette occasion que les traitĂ©s europĂ©ens "permettent aux diffĂ©rents États membres d’emprunter diffĂ©rentes voies d’intĂ©gration, en laissant aller de l’avant ceux qui souhaitent approfondir l’intĂ©gration, tout en respectant les droits de ceux qui ne veulent pas suivre cette voie." A l’époque, cette disposition avait pour but de donner au premier ministre britannique David Cameron suffisamment d’arguments pour dĂ©fendre le Bremain lors du rĂ©fĂ©rendum du 23 juin dernier.A prĂ©sent que la sortie du Royaume-Uni de l’UE et de son union douanière paraĂ®t inĂ©luctable, l’idĂ©e d’un troisième cercle refait son apparition. Ce cercle aurait vocation Ă proposer un statut unique pour les pays non membres de l’UE souhaitant conserver des liens forts avec l’Union et son marchĂ© intĂ©rieur.Actuellement, l’Espace Ă©conomique europĂ©en, qui comprend les 28 ainsi que la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein, constitue une forme d’embryon de ce troisième cercle. Durant la campagne du Brexit, de nombreux commentateurs au Royaume-Uni et sur le continent avaient Ă©mis la possibilitĂ© pour Londres de rejoindre ce groupe. NĂ©anmoins, les rĂ©centes dĂ©clarations de Theresa May ainsi que le livre blanc publiĂ© par le gouvernement britannique indiquent que Londres souhaite nĂ©gocier avec l’UE un accord commercial bilatĂ©ral ad hoc et ne pas adopter un statut prĂ©existant.Enfin, le contexte politique intĂ©rieur turc incite certains commentateurs et think tanks bruxellois Ă considĂ©rer qu’un troisième cercle pourrait ĂŞtre utile pour conserver la Turquie dans le giron europĂ©en, sans pour autant que le pays ne rejoigne l’UE.Pour aller plus loin :Quelle politique Ă©trangère pour le Royaume-Uni ?La jeunesse : clĂ© de la reconstruction de l'Union europĂ©enne ?Hard Brexit : analyse du discours de Theresa May par Ramon FernandezImprimerPARTAGER