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Les quatre points Ă  retenir du programme de Marine Le Pen

Les quatre points Ă  retenir du programme de Marine Le Pen
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Élysée 2022 : le fil de la campagne

[Cet article date de 2022. Pour vous informer sur des éléments mis à jour, vous pouvez vous reporter à l'Opération spéciale - Législatives 2024 et aux contenus de notre rubrique Vie démocratique sur Expressions, ainsi qu'à toutes nos Opérations Spéciales liées aux élections à venir.]

Le 10 avril dernier, au soir des rĂ©sultats du premier tour de l’élection prĂ©sidentielle, Marine Le Pen avait rĂ©ussi un pari aux airs de 1981 : se qualifier pour le second tour avec l’exacte confrontation du scrutin qui s’était tenu cinq ans plus tĂ´t. ArrivĂ©e en deuxième position, avec 23,15 % des suffrages, la candidate du Rassemblement National (RN), fera donc face au prĂ©sident sortant Emmanuel Macron le 24 avril, dans un second tour qui n’est pas sans rappeler la reconduction de l’opposition entre ValĂ©ry Giscard d’Estaing et François Mitterrand entre 1974 et 1981. 

Pour sa quatrième campagne présidentielle, Marine Le Pen est fidèle à la ligne historique du parti définie quelques décennies auparavant : celle de la sécurité. Elle se veut d’abord, la candidate de la préservation du pouvoir d’achat, "rendre leur argent aux Français", est l’une des priorités de sa campagne. Elle se positionne également comme la candidate de la sécurité économique, en prônant la préférence nationale et le protectionnisme économique afin de défendre l’emploi tout en œuvrant pour la réindustrialisation française. Enfin, et toujours, elle veut être la candidate de la sécurité nationale, en témoigne son programme dont le financement repose sur la réduction drastique de l’immigration ainsi que sur le renforcement des moyens alloués à la justice et aux forces de l’ordre.

Dans le cadre de son projet de chiffrage Présidentielle 2022, l’Institut Montaigne s’est penché sur la faisabilité et les éventuels coûts, manques à gagner et économies des principales mesures du programme de la candidate. Le coût global du projet présidentiel de Marine Le Pen a été estimé à 101,8 milliards d’euros par an pour les finances publiques. Parmi toutes les mesures qui le composent, certaines ont été particulièrement médiatisées pendant la campagne et sont les piliers de son programme :
 

Exonérer tous les jeunes de moins de 30 ans d'impôt sur le revenu

Marine Le Pen a fait du pouvoir d’achat le fer de lance de sa campagne avec de nombreuses mesures qu’elle prĂ©sente comme de vĂ©ritables solutions pour amĂ©liorer le quotidien des Français. Elle s’est tout particulièrement focalisĂ©e sur le pouvoir d’achat des jeunes en proposant une mesure très mĂ©diatique, celle d’exonĂ©rer tous les jeunes de moins de 30 ans d’impĂ´t sur le revenu. Marine Le Pen entend, par ce biais, convaincre les jeunes de s’établir en France et d’y envisager leur avenir professionnel. Le gain de pouvoir d’achat, Ă  cadre fiscal constant, atteindrait, en moyenne, 374€ par an pour chaque contribuable concernĂ©, c’est-Ă -dire pour tous les jeunes de moins de 30 ans sans exception. 

Marine Le Pen est fidèle Ă  la ligne historique du parti dĂ©finie quelques dĂ©cennies auparavant : celle de la sĂ©curitĂ©.

Cette mesure comporte, cependant, un enjeu de faisabilité et de constitutionnalité. En effet, en proposant d’exonérer d’impôt sur le revenu l’ensemble des contribuables de moins de 30 ans, indifféremment de leurs statuts et de leurs ressources, cette mesure tend à créer une différence de traitement injustifiée vis-à-vis du reste de la population active.

Or, le Conseil constitutionnel a déjà, à plusieurs occasions, rappelé que les dispositions de l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen s’opposent à une rupture caractérisée du principe de l’égalité devant l’impôt entre tous les citoyens. Cette mesure pourrait donc être inapplicable en l’état et nécessiterait, sans aucun doute, une révision de la Constitution.

Alors que l'équipe de campagne de Marine Le Pen a estimé le coût de cette proposition à 2 milliards d’euros par an, l’Institut Montaigne a évalué le coût de cette mesure à 3,7 milliards d’euros par an pour les finances publiques.

ExonĂ©rer de cotisations patronales les hausses de 10 % des salaires infĂ©rieurs Ă  3 Smic

Toujours le pouvoir d’achat : la candidate du RN souhaite inciter les entreprises Ă  augmenter les salaires de 10 % (jusqu’à 3 Smic) en les exonĂ©rant de cotisations patronales. Cette mesure concerne les employĂ©s actuels ainsi que les nouveaux embauchĂ©s, sur la base des salaires historiques pratiquĂ©s par l’entreprise. L’exonĂ©ration porterait sur le surcroĂ®t de salaire correspondant aux premiers 10 % de hausse. Dans le cas oĂą plusieurs hausses de 10 % seraient mises en place dans la pĂ©riode de cinq ans de validitĂ© de la mesure, l’entreprise bĂ©nĂ©ficierait chaque fois de l’exonĂ©ration correspondante. Cependant, une telle hausse de salaire reprĂ©sente pour une entreprise un coĂ»t très important (10 % de la masse salariale brute), mĂŞme après exonĂ©ration des cotisations patronales correspondantes, d’autant plus que les entreprises font face Ă  des hausses de coĂ»ts qui rĂ©duisent leur rentabilitĂ©. Par consĂ©quent, l’hypothèse la plus raisonnable serait que cette mesure entraĂ®nerait des effets d’aubaine significatifs.

Les effets macroéconomiques seraient limités à court terme. D’une part, la mesure n’induirait pas des hausses de salaires significativement supérieures à celles déjà anticipées par les entreprises. D’autre part, elle interviendrait dans un contexte d’épargne des ménages abondante, si bien que le soutien apporté à la consommation serait limité. Néanmoins, à plus long terme, la mesure se traduirait par une hausse des salaires et des marges, susceptible de soutenir l’activité économique, dans une ampleur néanmoins incertaine.

La candidate estime que cette mesure n’aura pas d’impact sur les finances publiques alors que l’Institut Montaigne chiffre son manque à gagner brut annuel à 10,5 milliards d’euros pour les finances publiques.

Baisser la TVA de 20 Ă  5,5 % pour les carburants, l’électricitĂ©, le gaz et le fioul domestique

Une dernière mesure impactant positivement le pouvoir d’achat des français : la baisse de la TVA de 20 Ă  5,5 % pour les carburants, l’électricitĂ©, le gaz et le fioul domestique. Pour les administrations publiques, la TVA sur les produits pĂ©troliers, le gaz et l’électricitĂ© reprĂ©sente d’importantes recettes, qui s’élèvent Ă  14,5 milliards d’euros par an. La majeure partie de ces produits Ă©nergĂ©tiques se voit appliquer un taux de TVA Ă  20 %. Dès lors, appliquer le taux rĂ©duit de TVA (5,5 %) Ă  l’ensemble de ces produits Ă©nergĂ©tiques reprĂ©senterait une très nette baisse des recettes publiques. Le rendement de la TVA baisserait de l’ordre de 10 milliards d’euros par an pour s’établir entre 4 et 5 milliards d’euros seulement. Le coĂ»t de cette mesure pourrait ĂŞtre amoindri, par effet de levier, si les Français consommaient, Ă  la suite de la baisse de la fiscalitĂ©, plus de produits Ă©nergĂ©tiques - bien qu’une augmentation induirait un accroissement des Ă©missions françaises de gaz Ă  effet de serre. Inversement, le coĂ»t pourrait augmenter avec la hausse des cours mondiaux des produits Ă©nergĂ©tiques. D’un point de vue pratique, la mesure pourrait ĂŞtre mise en Ĺ“uvre par voie lĂ©gislative, sous rĂ©serve d’un Ă©change prĂ©alable avec la Commission europĂ©enne en raison de l’encadrement europĂ©en des taux de TVA.
    
​​Cette mesure représente un manque à gagner de 10,3 milliards d’euros pour les finances publiques par an et aurait un impact négatif sur l’environnement par la hausse des émissions de CO2, avec le risque de faire dévier la France de ses objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Réserver le RSA et les prestations de solidarités aux étrangers ayant travaillé au moins 5 ans en France

Candidate de l’ex-Front national, Marine Le Pen a prĂ©sentĂ© un programme dont le financement s’appuie très largement sur une rĂ©duction drastique de l’immigration. Elle souhaite notamment rĂ©duire le nombre d'immigrĂ©s ayant accès au RSA, mais aussi Ă  toutes les prestations de solidaritĂ©, pour les rĂ©server uniquement Ă  ceux qui auront travaillĂ© au moins 5 ans en France. 

La mise en œuvre de cette mesure serait d’une grande complexité juridique, politique et diplomatique. En effet, cette proposition s’oppose à des principes d’égalité de traitement entre nationaux et étrangers s’agissant des droits sociaux consacrés par le Conseil constitutionnel et plusieurs textes internationaux tel que la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour cette raison, la candidate envisage de soumettre un projet de loi mêlant dispositions constitutionnelles et législatives au référendum. Face au risque contentieux, il apparaît également que l’application de cette mesure passerait par la dénonciation de conventions internationales avec un impact politique et diplomatique fort et une potentielle condamnation de la France par le juge européen.

Candidate de l’ex-Front national, Marine Le Pen a présenté un programme dont le financement s’appuie très largement sur une réduction drastique de l’immigration.

L’Institut Montaigne a chiffrĂ© les Ă©conomies potentielles qu’une telle mesure permettrait de rĂ©aliser Ă  2,5 milliards d’euros par an. Le chiffrage de l’équipe de campagne est plus optimiste et estime que les Ă©conomies rĂ©alisĂ©es s’élèveront Ă  5,4 milliards d’euros. 

Si la candidate de l’extrĂŞme droite a fortement orientĂ© son programme en faveur du pouvoir d’achat des Français, la faisabilitĂ© institutionnelle et budgĂ©taire de telles mesures pose question. Cet enjeu de faisabilitĂ© et de soutenabilitĂ© pour les finances publiques est Ă©galement mis Ă  mal pour d’autres mesures. En effet, Marine Le Pen a annoncĂ© de lourdes dĂ©penses Ă  destination des entreprises notamment en proposant de supprimer la cotisation foncière des entreprises et d’allĂ©ger les impĂ´ts de production. Elle a Ă©galement proposĂ© d’octroyer des prĂŞts aux TPE et PME grâce Ă  un "emprunt national" de 500 milliards d’euros reposant sur l’épargne des Français. Comme soulignĂ© prĂ©cĂ©demment, elle fonde son programme sur une sĂ©rie de mesures dont le but est de rĂ©duire drastiquement l’immigration. Elle a notamment annoncĂ© vouloir accorder les prestations familiales aux seuls foyers dont au moins un des parents est Français, rĂ©former la politique de l’asile et mettre fin Ă  l’accueil des mineurs non accompagnĂ©s ou encore renvoyer les Ă©trangers sans emploi depuis un an et remplacer l’aide mĂ©dicale d’État par une "aide d’urgence vitale". Elle a enfin prĂ©sentĂ© une sĂ©rie de mesures dans le domaine de la santĂ© en proposant de supprimer les ARS et de rĂ©duire Ă  10 % les postes administratifs dans les hĂ´pitaux mais aussi de moduler la rĂ©munĂ©ration des mĂ©decins selon leur lieu d’installation pour lutter contre les dĂ©serts mĂ©dicaux


Retrouvez ce programme recensé et chiffré, sur le site de l’Institut Montaigne Présidentielle 2022. Le second tour de l’élection présidentielle aura lieu dimanche 24 avril.

 

Billet co-rĂ©digĂ© par FĂ©licitĂ© Schaeffer et CĂ©sar Bonnenfant, assistants chargĂ©s d’études sur le projet PrĂ©sidentielle 2022. 

Copyright : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

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