Rechercher un rapport, une publication, un expert...
La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne
Imprimer
PARTAGER

Les quatre points à retenir du programme de Jean-Luc Mélenchon

Les quatre points à retenir du programme de Jean-Luc Mélenchon
 Institut Montaigne
Auteur
Institut Montaigne

À quelques jours du premier tour, l'Institut Montaigne décrypte un à un les programmes des principaux candidats à l'élection présidentielle. Que retenir du projet de Jean-Luc Mélenchon ? L'essentiel en quatre points.

1. Renouveler nos institutions politiques en instaurant une VIe République et en renégociant les traités européens

Jean-Luc Mélenchon a fait du renouvellement des institutions le socle de son programme. Il souhaite en finir avec un régime qu’il qualifie de “monarchie présidentielle” et propose d’instaurer une VIe République, dont la Constitution serait rédigée par une assemblée convoquée à cette fin. Cette nouvelle République donnerait plus de poids au Parlement, notamment dans la désignation du gouvernement. Elle introduirait un référendum d'initiative citoyenne, permettrait le vote de résidents étrangers en situation régulière aux élections locales, rendrait obligatoire le vote à partir de 18 ans et l’autoriserait dès 16 ans, inaugurerait le droit de révoquer des élus - y compris le président de la République -, supprimerait le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental (CESE) et introduirait la représentation proportionnelle. Ce renouvellement des institutions irait de pair avec une moralisation de la vie politique qui rendrait inéligible à vie toute personne condamnée pour corruption et interdirait, comme Benoît Hamon et Emmanuel Macron, le cumul des mandats dans le temps.

Jean-Luc Mélenchon propose également une refonte de nos cadres institutionnels par la renégociation des traités qui lient la France à l’Union européenne. En cas d’échec de ces négociations, le candidat de La France insoumise a présenté son "plan B", qui consiste à consulter par voie de référendum les Français sur une éventuelle sortie de l’Union et de la monnaie unique.

2. Renforcer l’action redistributive de l’impôt et des prélèvements en faveur des plus défavorisés

Jean-Luc Mélenchon souhaite revaloriser les minima sociaux au niveau du seuil de pauvreté et octroyer une allocation d'autonomie aux 18-25 ans sous condition de revenus. Nous avons estimé le coût respectif de ces deux mesures à 12 Md€ et 9,6 Md€. Il propose également de verser les allocations familiales dès le premier enfant.

S’agissant des mesures fiscales, le candidat de La France insoumise s’engage Ă  rendre l’impĂ´t sur le revenu plus progressif et Ă  le fusionner avec la CSG. Il propose par ailleurs de taxer Ă  100 % la tranche supĂ©rieure Ă  33 000 euros mensuels, pour une hausse des recettes de 11 Md€ par an. Ă€ cadre constitutionnel constant, cette mesure se heurterait au principe de paiement de l’impĂ´t selon les capacitĂ©s contributives de chacun, du fait de son caractère confiscatoire. Enfin, le candidat propose d’instaurer une taxe sur les transactions financières. Si une telle taxe existe dĂ©jĂ  en France depuis 2012, l’élargissement de son assiette pourrait gĂ©nĂ©rer des recettes supplĂ©mentaires comprises entre 4 et 18 Md€ par an. 

Jean-Luc Mélenchon propose également de faciliter l’accès du plus grand nombre à la santé. Aussi propose-t-il de rembourser à 100 % les soins prescrits, l’ensemble du reste à charge actuel incombant à l’Assurance maladie. Nous avons estimé les dépenses supplémentaires liées à cette mesure à 16,4 Md€ par an. Afin d’améliorer l’accès aux soins des catégories moyennes et modestes, Jean-Luc Mélenchon prévoit d’interdire les dépassements d’honoraires par les médecins, ce qui pourrait entraîner une dépense supplémentaire de 7,2 Md€ par an induite par la revalorisation des tarifs opposables et des remboursements afférents.

3. Réduire le temps de travail et revaloriser les bas salaires

Selon Jean-Luc Mélenchon, l’amélioration des conditions de travail des salariés passe d’abord par l’abrogation de la loi Travail, promulguée en août 2016, afin de rétablir la hiérarchie des normes et la primauté de la loi sur les accords de branche et d’entreprise. Le candidat de La France insoumise propose également de réduire le temps de travail par deux mesures : l’instauration d’une sixième semaine de congés payés, dont nous avons estimé le coût à 2,9 Md€ pour les finances publiques et de près de 8 Md€ pour les entreprises à horizon 2022, d’une part ; le rétablissement de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, d’autre part, dont nous avons évalué le coût pour les finances publiques à 27 Md€ par an.

Jean-Luc Mélenchon souhaite également revaloriser les bas salaires en portant le SMIC à 1 300 euros net dès 2017, soit une augmentation de 13 %. Le coût pour les finances publiques de cette mesure atteindrait, selon nos calculs, 4,7 Md€. L’effet sur l’emploi serait négatif : de 40 000 à 170 000 emplois en moins à l’horizon de la mandature, avec des ré-allocations encore plus importantes d’emplois au SMIC vers des emplois mieux rémunérés. La mesure induirait un important effet de compression de l’échelle des salaires. En effet, 20 % des salariés sont aujourd’hui rémunérés à un salaire net proche de ou inférieur à 1 300 € net. En outre, cet effet de compression serait accentué par l’engagement de limiter l'écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise.

4. Accélérer la transition écologique par la planification étatique

Jean-Luc Mélenchon a mis l’écologie au centre de son programme. Il propose ainsi de constitutionnaliser la “règle verte” qui consiste à ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer, ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. Mais son engagement en faveur de l’écologie passe avant tout par deux actions ambitieuses de planification étatique :

  • Sortir du nuclĂ©aire et des Ă©nergies fossiles Ă  horizon 2035. Le candidat de La France insoumise n’a prĂ©cisĂ© ni le rythme de fermeture des centrales ni le mix de remplacement qu’il envisage. Nous avons estimĂ© le coĂ»t global de cette mesure Ă  10,1 Md€ par an, sans considĂ©rer les coĂ»ts indirects liĂ©s notamment Ă  l’impact sur la filière nuclĂ©aire ainsi que le coĂ»t politique d’une potentielle augmentation des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre (GES) par remplacement des capacitĂ©s nuclĂ©aires non Ă©mettrices de GES. Cette mesure sera accompagnĂ©e de la renationalisation d’EDF et d’Engie ;
  • CrĂ©er des emplois dans des filières “d’avenir”. Jean-Luc MĂ©lenchon prĂ©voit d’injecter 100 Md€ supplĂ©mentaires dans l’économie pour des investissements Ă©cologiquement et socialement utiles, auxquels s’ajouteraient les 41 Md€ annuels du pacte de responsabilitĂ© et du crĂ©dit impĂ´t de compĂ©titivitĂ© (CICE). De mĂŞme, il souhaite crĂ©er 300 000 emplois agricoles grâce Ă  des prix rĂ©munĂ©rateurs et une refonte de la politique agricole commune (PAC).

 

Pour aller plus loin :

Présidentielle 2017 : le grand décryptage - Jean-Luc Mélenchon

Les quatre points à retenir du programme de François Fillon

Les quatre points à retenir du programme de Benoît Hamon

Les cinq points Ă  retenir du programme de Marine Le Pen

Les quatre points à retenir du programme d’Emmanuel Macron

Recevez chaque semaine l’actualité de l’Institut Montaigne
Je m'abonne