AccueilExpressions par MontaigneLes primaires en France : une rĂ©ussite sous conditionsLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique15/02/2017ImprimerPARTAGERLes primaires en France : une rĂ©ussite sous conditionsAuteur Marc-Antoine Authier Ancien chargĂ© d'Ă©tudes - Energie, DĂ©veloppement durable Ă l'Institut Montaigne Trois candidats à l'élection présidentielle, dont ceux qui représenteront les deux partis de gouvernement, ont été désignés par la voie de primaire ouvertes. Quoi qu'il advienne de leur projet dans la campagne, 2017 constituera une année charnière dans l'histoire des primaires en France. Elles inspirent des initiatives civiques qui s'inscrivent en dehors du cadre des partis, comme c'est le cas avec laprimaire.org. Est-ce à dire que les primaires sont installées pour de bon dans notre paysage politique ?On pourrait reformuler la question ainsi : les citoyens accepteront-ils, Ă l’avenir, de voter pour un candidat qui n’aura pas Ă©tĂ© dĂ©signĂ© de façon dĂ©mocratique ? Ă€ quelles conditions se rĂ©signeront-ils Ă renoncer Ă ce pouvoir nouveau qui leur a Ă©tĂ© cĂ©dĂ© par les partis eux-mĂŞmes ? Dans l’ouvrage Les primaires pour les nuls, dirigĂ© par Olivier Duhamel, l’Institut Montaigne identifie quatre principes qui garantissent le caractère rĂ©ellement dĂ©mocratique de ces Ă©lections : honnĂŞtetĂ©, pluralitĂ©, Ă©quitĂ©, dĂ©libĂ©ration. Comment ces principes peuvent-ils ĂŞtre concrètement mis en Ĺ“uvre par les partis politiques qui dĂ©cident de se prĂŞter Ă l’exercice ?HonnĂŞtetĂ©L’honnĂŞtetĂ© constitue la condition indispensable de la rĂ©ussite des primaires, et donc de leur institutionnalisation dans l’Hexagone. Le scrutin, organisĂ© par les partis et en dehors de tout concours de l’État, ne doit laisser aucun doute quant Ă sa sincĂ©ritĂ© et son authenticitĂ©. De ce point de vue, la primaire de la droite et du centre, organisĂ©e dans des bureaux de vote habituellement rĂ©quisitionnĂ©s pour l’élection prĂ©sidentielle, s’est dĂ©roulĂ©e sans qu’aucun incident majeur n’ait Ă©tĂ© signalĂ©.En revanche, lors des primaires citoyennes de la gauche, la confusion qui a rĂ©gnĂ© au moment de l’annonce des rĂ©sultats du premier tour du scrutin a alimentĂ© les soupçons autour du trucage des chiffres de la participation. Or, l’irrĂ©prochabilitĂ© dans l’organisation du scrutin constitue une condition fondamentale pour le rassemblement des Ă©lecteurs au-delĂ de la seule base partisane. C’est pourquoi nous recommandons d’instaurer une Haute AutoritĂ© de la primaire dont la pĂ©rennitĂ© assurerait la bonne tenue des scrutins et permettrait de capitaliser sur le retour d’expĂ©rience issue des scrutins prĂ©cĂ©dents.La primaire Ă©cologiste, organisĂ©e par voie Ă©lectronique uniquement, a Ă©galement fait l’objet de critiques quant Ă la rigueur de la procĂ©dure d’inscription. Il aurait Ă©tĂ© possible Ă un mĂŞme citoyen de s’inscrire plusieurs fois Ă ce scrutin. Quoique les primaires constituent une opportunitĂ© d’innovation dĂ©mocratique, il semble que le vote par correspondance ne permette pas - encore - de garantir l’honnĂŞtetĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’un scrutin...PluralitĂ©Les primaires constituent une opportunitĂ© prĂ©cieuse pour que s’expriment de nombreuses sensibilitĂ©s politiques en amont de l’élection prĂ©sidentielle. Parce qu’elles ouvrent les dĂ©bats au sein des diffĂ©rentes familles, elles donnent l’occasion de redĂ©finir des lignes politiques, d’exposer de nouveaux courants, d’actualiser les doctrines. Des recompositions s’opèrent alors au sein des camps qui choisissent de recourir Ă la primaire pour dĂ©signer leur leader. Elles permettent ainsi de choisir une personnalitĂ© pour incarner des valeurs partagĂ©es. Les rĂ©sultats des trois primaires ouvertes ont d’ailleurs montrĂ© qu’elles permettent de rebattre les cartes en amont de l’élection. Les Ă©lecteurs ont ainsi dĂ©signĂ© des candidats qui, sans doute, n’auraient pas Ă©tĂ© spontanĂ©ment dĂ©signĂ©s par leur camp pour le reprĂ©senter Ă l’élection prĂ©sidentielle.Si la pluralitĂ© rĂ©side dans l’ouverture des primaires Ă des candidatures diversifiĂ©es, elle repose Ă©galement sur l’ouverture aux Ă©lecteurs. Les primaires sont effectivement leur propre plĂ©biscite, et la participation des citoyens constituent un outil de mesure prĂ©cis de leur succès. Ă€ cet Ă©gard, la participation aux deux tours de la primaire de la droite et du centre au-delĂ de quatre millions de citoyens a dĂ©montrĂ© l’appĂ©tence des citoyens pour ce dispositif, notamment pour la première Ă©dition au sein de ce camp. Ă€ l’inverse, la primaire Ă©cologiste a rĂ©uni Ă peine plus de 14 000 Ă©lecteurs, ce qui rend la mobilisation populaire autour du vainqueur plus difficile. Ainsi, nous recommandons d’ouvrir le plus largement possible le scrutin, en mobilisant les bureaux de vote habituels et en fixant une contribution symbolique afin de lever tous les freins Ă la participation des citoyens.ÉquitĂ©Les primaires ne peuvent en aucun cas constituer un outil de redynamisation de notre dĂ©mocratie si elles ne semblent pas elles-mĂŞmes authentiquement dĂ©mocratiques. Aussi les règles d’organisation doivent-elles garantir l’équitĂ© entre les diffĂ©rents candidats qui concourent Ă une primaire. Cette Ă©quitĂ© repose sur deux critères fondamentaux : rĂ©gulation des financements et rĂ©gulation de la prĂ©sence mĂ©diatique.Dans les trois primaires ouvertes organisĂ©es entre novembre 2016 et janvier 2017, des règles de financement ont Ă©tĂ© adoptĂ©es par les institutions chargĂ©es de la rĂ©gulation des scrutins. Cependant, une ambiguĂŻtĂ© peut s’installer dès lors que l’un des candidats annoncĂ©s occupe au moment de sa campagne des fonctions politiques qui lui permettent de promouvoir sa propre candidature. Cela s’est notamment produit pour la primaire de la droite et du centre, oĂą le prĂ©sident du parti organisateur concourait Ă©galement Ă l’investiture. Dans la primaire organisĂ©e par la majoritĂ©, la situation ne s’est pas produite, car ni le chef du parti ni le prĂ©sident de la RĂ©publique n’ont participĂ© Ă la primaire. Nous recommandons qu’au moins six mois avant le scrutin un prĂ©sident se mette en congĂ©s de ses fonctions pour concourir de façon Ă©quitable Ă la primaire.Pour ce qui concerne l’équitĂ© dans les mĂ©dias, il est Ă noter que les trois familles politiques ont choisi de retenir l’égalitĂ© stricte de temps de parole entre les candidats, sur le modèle des dĂ©bats organisĂ©s lors de la campagne prĂ©sidentielle, alors mĂŞme qu’aucune loi ne les y astreignait...DĂ©libĂ©rationLes primaires prennent tout leur sens si elles permettent effectivement de dynamiser la vie dĂ©mocratique en stimulant le dĂ©bat d’idĂ©es. Les nombreux dĂ©bats tĂ©lĂ©visĂ©s organisĂ©s Ă l’occasion de ces primaires ouvertes - dont notamment quatre dĂ©bats Ă droite et quatre dĂ©bats Ă gauche - ont d’ailleurs montrĂ© l’intĂ©rĂŞt que le travail programmatique des candidats a suscitĂ©. En ce sens, les primaires ont très certainement permis de dynamiser le dĂ©bat d’idĂ©es très en amont du seul dĂ©bat de la campagne prĂ©sidentielle Ă proprement parler. Ă€ cet Ă©gard, la participation de la sociĂ©tĂ© civile apparaĂ®t cruciale tant elle permet de stimuler l’intĂ©rĂŞt collectif pour la chose publique. C’est dans cette logique que s’inscrit notamment le travail de l’Institut Montaigne sur le chiffrage des programmes des candidats.Pour aller plus loin :Les primaires de la droite et du centre : le grand dĂ©cryptageLes primaires de la gauche : le grand dĂ©cryptageLes primaires au Royaume-Uni : former l’oppositionLes primaires en Italie : Ă chaque Ă©lection sa primaireLes primaires en Argentine : un pas en avant ?Le système des primaires aux États-UnisImprimerPARTAGER