AccueilExpressions par MontaigneLes primaires au Royaume-Uni : former l’oppositionLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne18/01/2017ImprimerPARTAGERLes primaires au Royaume-Uni : former l’oppositionAuteur Marc-Antoine Authier Ancien chargĂ© d'Ă©tudes - Energie, DĂ©veloppement durable Ă l'Institut Montaigne Pour la première fois en France, les candidats à l'élection présidentielle des deux principales familles politiques seront issus de primaires ouvertes. D?autres pays ont déjà institutionnalisé cette innovation politique, les États-Unis en tête. En quoi les primaires à l'étranger diffèrent-elles de celles qui ont été testées en France ? Un modèle français commence-t-il à se dessiner en creux ? Après les modèles argentin et italien, focus sur les primaires outre-Manche.Des primaires en dĂ©but de mandatureSi les primaires visent Ă dĂ©signer dĂ©mocratiquement le candidat d’une famille politique Ă une Ă©lection, elles ne sont pas nĂ©cessairement organisĂ©es Ă la veille de cette Ă©lection. Au Royaume-Uni, les primaires dĂ©signent ainsi le chef de l’opposition au lendemain des Ă©lections lĂ©gislatives. Face au gouvernement nouvellement constituĂ©, les primaires permettent au camp dĂ©fait de se structurer durant toute la mandature. Le chef de l’opposition ainsi Ă©lu est alors investi de deux missions principales : - Ă court et moyen termes, former et diriger un Shadow government afin de faire valoir les contre-propositions constructives de l’opposition ; - Ă long terme, s’imposer comme le meilleur candidat pour les prochaines Ă©lections lĂ©gislatives.Une lĂ©gitimitĂ© fonction de l’ouverture Le terme de “primaires” renvoie Ă des degrĂ©s d’ouverture diffĂ©rents : elles sont dites “fermĂ©es” si elles sont rĂ©servĂ©es aux adhĂ©rents ; “semi-ouvertes” si elles sont rĂ©servĂ©es aux adhĂ©rents avec la possibilitĂ© d’une adhĂ©sion expresse en vue d’une participation au scrutin ; “ouvertes”, enfin, si elles sont accessibles Ă l’ensemble du corps Ă©lectoral. En France, le dĂ©veloppement des primaires a passĂ© par ces diffĂ©rents degrĂ©s. Au Royaume-Uni, le modèle demeure fermĂ©, malgrĂ© de rĂ©centes tentatives d’ouverture.Chez les Tories :Les conservateurs ont adoptĂ© le principe des primaires fermĂ©es d’opposition depuis 2001. Elles articulent deux modes de dĂ©signation : dans un premier temps, les diffĂ©rents candidats sont dĂ©partagĂ©s par des votes successifs du groupe parlementaire jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux d’entre eux ; puis les adhĂ©rents du parti sont appelĂ©s Ă dĂ©signer leur champion parmi ces deux candidats. Ces primaires visent donc Ă combiner lĂ©gitimitĂ©s partisane et dĂ©mocratique afin de structurer l’opposition conservatrice.Au Labour :Jusqu’en 2015, les travaillistes organisaient des primaires fermĂ©es qui regroupaient trois collèges Ă©lectoraux distincts. Les votes Ă©taient Ă©galement distribuĂ©s parmi eux : un tiers pour les dĂ©putĂ©s, les Ă©lus de la Chambre des Communes et les eurodĂ©putĂ©s ; un tiers pour les membres individuels du parti ; un tiers pour les sections syndicales affiliĂ©es. Ces règles ont Ă©tĂ© modifiĂ©es lors des dernières Ă©lections primaires. En suivant la logique “one member, one vote”, les primaires sont devenues semi-ouvertes. Les citoyens avaient effectivement la possibilitĂ© de souscrire Ă une adhĂ©sion expresse qui leur permettait de devenir des supporters le temps de l’élection, moyennant la modique somme de trois livres. Cette plus grande ouverture a permis la mobilisation de quelque 112 000 votants supplĂ©mentaires.Le modèle des primaires au Royaume-Uni se distingue donc de la pratique française tout autant par le calendrier dans lequel elles s’inscrivent que par les règles qui les rĂ©gissent. Si leur rĂ´le est dĂ©terminant dans la structuration de l’opposition tout au long de la mandature, leur popularitĂ© demeure limitĂ©e par leur degrĂ© d’ouverture. En France, c’est l’ouverture des primaires qui a permis leur très large adoption : la primaire Ă©cologiste ouverte Ă tous par voie Ă©lectronique le 19 octobre et le 7 novembre 2016, la primaire de la droite et du centre pour l’alternance les 20 et 27 novembre 2016 et la primaire de la gauche les 22 et 29 janvier 2017.Cependant, d’autres conditions doivent ĂŞtre remplies pour que les primaires constituent effectivement un puissant moyen de redynamisation de la vie politique. L’Institut Montaigne identifie ainsi quatre principes - honnĂŞtetĂ©, Ă©quitĂ©, pluralitĂ©, dĂ©libĂ©ration - pour l’organisation de primaires vraiment dĂ©mocratiques. Dans l’ouvrage Les primaires pour les Nuls, dirigĂ© par Olivier Duhamel, nous formulons Ă cette fin dix propositions concrètes qui dĂ©coulent de ces principes et participent Ă l’élaboration d’un “modèle français” des primaires.Sur le mĂŞme sujetLes primaires en France : une rĂ©ussite sous conditionsLes primaires en Italie : Ă chaque Ă©lection sa primaireLes primaires en Argentine : un pas en avant ?Le système des primaires aux États-UnisImprimerPARTAGER