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25/08/2011
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Les données publiques au service de l’innovation et de la transparence, un autre volet du défi numérique

Les données publiques au service de l’innovation et de la transparence, un autre volet du défi numérique



L’École des Ponts de ParisTech a publié récemment une étude sur la question de l’open data, c’est-à-dire l’ouverture des données publiques à l’ensemble des citoyens. L’objectif est de proposer des actions concrètes permettant la mise en place d’une politique nationale des données publiques. Quels sont les enjeux de l’open data ? En quoi peut-il contribuer à renforcer la démocratie, à stimuler le développement économique et à moderniser l’administration publique ?

Les enjeux de l’open data
Depuis quelques mois, la thĂ©matique de l’open data, c’est-Ă -dire de l’ouverture des donnĂ©es publiques aux particuliers et de leur utilisation par le grand public est devenue un sujet de sociĂ©tĂ©. A l’origine de ce phĂ©nomène, les Ă©volutions technologiques – telles que le web 2.0 et les mobiles ; les Ă©volutions du cadre lĂ©gislatif ; les changements politiques et la reconnaissance du potentiel Ă©conomique liĂ© Ă  l’utilisation de ces donnĂ©es. L’idĂ©e est que l’accès Ă  et l’utilisation des donnĂ©es soient libres, c’est-Ă -dire sans discrimination et gratuitement (ou Ă  un coĂ»t nĂ©gligeable).

Les enjeux sont doubles :

Démocratie
En termes de dĂ©mocratie et de dĂ©bat public tout d’abord, cela veut dire une plus grande transparence de l’action de l’Etat, avec en corollaire des citoyens mieux informĂ©s et donc plus incitĂ©s Ă  participer Ă  la vie publique.

Economie et innovation
A cĂ´tĂ© de l’aspect dĂ©mocratique et d’action publique, l’enjeu Ă©conomique est fort. En stimulant l’innovation et la crĂ©ation de nouveaux produits et services, la rĂ©utilisation des donnĂ©es permettrait le dĂ©veloppement de l’Ă©conomie numĂ©rique, un domaine oĂą la France peine encore Ă  s’imposer. Indirectement, c’est aussi un soutien pour l’ensemble de l’Ă©conomie française. Les grands axes stratĂ©giques, de la recherche au dĂ©veloppement durable, pourraient en bĂ©nĂ©ficier.

La mise en place d’une politique d’open data en France
Le gouvernement français s’attache, depuis plusieurs mois, Ă  mettre en place les bases d’une politique nationale d’ouverture et de rĂ©utilisation des donnĂ©es publiques. Les fondations juridiques ont Ă©tĂ© posĂ©es avec la transcription en droit national et la mise en œuvre de la directive PSI (public secteur information) autorisant la rĂ©utilisation des donnĂ©es publiques. La Commission europĂ©enne a depuis septembre 2010 entrepris un rĂ©examen de cette directive afin d’Ă©largir son champ d’application.
Le grand chantier actuel de la France est la mission Etalab qui consiste en le dĂ©veloppement d’un portail unique des donnĂ©es publiques. Cette mission devrait aboutir Ă  la future plateforme open data de l’Etat, "data.gouv.fr".

Comment favoriser la réutilisation des données ?
Afin que la France puisse exploiter au mieux le potentiel de la rĂ©utilisation des donnĂ©es, le rapport prĂ©citĂ© formule 16 propositions concrètes autour de trois grands axes stratĂ©giques, Ă  savoir : "simplifier pour accĂ©lĂ©rer la rĂ©utilisation des donnĂ©es", "faciliter l’expĂ©rimentation pour encourager l’innovation" et "soutenir l’Ă©mergence d’un Ă©cosystème".


Quatre propositions fortes sont Ă  retenir :

  • 1. Mettre en cohĂ©rence les conditions lĂ©gales de rĂ©utilisation des donnĂ©es issues de sources diffĂ©rentes

Afin d’Ă©viter la multiplication des licences d’utilisation et la complexitĂ© de gestion qui y est associĂ©e, le rapport prĂ©conise la mise en place d’une licence de rĂ©utilisation unique Ă  titre gratuit, la licence "DonnĂ©es ouvertes" de l’Etat, qui serait utilisĂ©e par dĂ©faut par les administrations centrales et dĂ©concentrĂ©es.

  • 2. Encadrer strictement les cas dans lesquels une redevance est lĂ©gitime et donner aux producteurs de donnĂ©es la responsabilitĂ© d’Ă©tablir l’absolue nĂ©cessitĂ© de toute tarification

Les institutions productrices de donnĂ©es publiques ne doivent pas devenir des acteurs commerciaux du marchĂ© de l’information. C’est pourquoi il est suggĂ©rĂ© que l’Etat ne soit pas amenĂ© Ă  valoriser des donnĂ©es par le biais de redevances inefficaces et coĂ»teuses Ă  mettre en place. Pour les donnĂ©es nouvellement mises Ă  disposition, dont le potentiel d’innovation est fort, la gratuitĂ© devrait ĂŞtre gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

  • 3. Encourager le dĂ©veloppement d’applications Ă  partir des donnĂ©es publiques

Organiser un concours national de dĂ©veloppement d’applications comme Ă©lĂ©ment indispensable pour encourager la crĂ©ativitĂ© et l’innovation. Les grandes entreprises du web et les groupes industriels pourraient ĂŞtre impliquĂ©s, afin de leur permettre de partager leur expertise.

Investir dans le suivi de l’offre d’applications et la communication de leur utilitĂ© auprès du grand public permettrait de multiplier l’impact d’un tel concours.

  • 4. Elargir le champ de l’open data

Il est proposĂ© d’explorer l’application de l’open data aux entreprises privĂ©es, notamment en ce qui concerne les donnĂ©es d’usages relatives aux consommateurs. L’obligation de libĂ©rer ces donnĂ©es serait un enjeu de taille pour le libre choix des consommateurs et constituerait un Ă©lĂ©ment Ă  part entière des politiques de concurrence.

Il est Ă©galement question de dĂ©velopper une stratĂ©gie europĂ©enne et internationale en nouant des liens forts avec les autres Etats autour de la question des donnĂ©es publiques. Au-delĂ  de l’Ă©volution potentielle de la directive PSI, une stratĂ©gie de coopĂ©ration permettant d’Ă©changer les meilleures pratiques et Ă©tablir des normes d’interopĂ©rabilitĂ© communes semble nĂ©cessaire.


Cette Ă©tude vient complĂ©ter le rapport Le dĂ©fi numĂ©rique – comment renforcer la compĂ©titivitĂ© de la France qu’a publiĂ© l’Institut Montaigne Ă  la veille de l’e-G8 en mai dernier. L’ambition de ce rapport est de permettre Ă  la France de se positionner parmi les meilleures nations dans ce domaine. Il formule ainsi neuf propositions opĂ©rationnelles, regroupĂ©es autour de trois axes : "gagner en compĂ©titivitĂ© avec le numĂ©rique" ; "la conquĂŞte du numĂ©rique par la sociĂ©tĂ©" et "la gouvernance du numĂ©rique et de l’Internet". Le phĂ©nomène de l’open data y est Ă©galement Ă©tudiĂ©. Etant donnĂ© l’avantage comparatif de la France en termes de donnĂ©es publiques, l’open data est un enjeu aussi important que la mise en place d’un Small Business Act numĂ©rique pour les PME ou la crĂ©ation d’un rĂ©seau pour la recherche dans le numĂ©rique.

La voie est tracĂ©e et les outils existent. D’autres pays, tels les Etats-Unis et l’Angleterre ont su innover grâce Ă  la notion de gouvernement ouvert. C’est maintenant Ă  la France de saisir les opportunitĂ©s qui s’offrent Ă  elle.

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