AccueilExpressions par MontaigneLes donnĂ©es publiques au service de l’innovation et de la transparence, un autre volet du dĂ©fi numĂ©riqueLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Technologies25/08/2011ImprimerPARTAGERLes donnĂ©es publiques au service de l’innovation et de la transparence, un autre volet du dĂ©fi numĂ©riqueAuteur FrĂ©dĂ©ric CrĂ©plet L’École des Ponts de ParisTech a publié récemment une étude sur la question de l’open data, c’est-à-dire l’ouverture des données publiques à l’ensemble des citoyens. L’objectif est de proposer des actions concrètes permettant la mise en place d’une politique nationale des données publiques. Quels sont les enjeux de l’open data ? En quoi peut-il contribuer à renforcer la démocratie, à stimuler le développement économique et à moderniser l’administration publique ?Les enjeux de l’open data Depuis quelques mois, la thĂ©matique de l’open data, c’est-Ă -dire de l’ouverture des donnĂ©es publiques aux particuliers et de leur utilisation par le grand public est devenue un sujet de sociĂ©tĂ©. A l’origine de ce phĂ©nomène, les Ă©volutions technologiques – telles que le web 2.0 et les mobiles ; les Ă©volutions du cadre lĂ©gislatif ; les changements politiques et la reconnaissance du potentiel Ă©conomique liĂ© Ă l’utilisation de ces donnĂ©es. L’idĂ©e est que l’accès Ă et l’utilisation des donnĂ©es soient libres, c’est-Ă -dire sans discrimination et gratuitement (ou Ă un coĂ»t nĂ©gligeable). Les enjeux sont doubles : DĂ©mocratie En termes de dĂ©mocratie et de dĂ©bat public tout d’abord, cela veut dire une plus grande transparence de l’action de l’Etat, avec en corollaire des citoyens mieux informĂ©s et donc plus incitĂ©s Ă participer Ă la vie publique. Economie et innovation A cĂ´tĂ© de l’aspect dĂ©mocratique et d’action publique, l’enjeu Ă©conomique est fort. En stimulant l’innovation et la crĂ©ation de nouveaux produits et services, la rĂ©utilisation des donnĂ©es permettrait le dĂ©veloppement de l’Ă©conomie numĂ©rique, un domaine oĂą la France peine encore Ă s’imposer. Indirectement, c’est aussi un soutien pour l’ensemble de l’Ă©conomie française. Les grands axes stratĂ©giques, de la recherche au dĂ©veloppement durable, pourraient en bĂ©nĂ©ficier. La mise en place d’une politique d’open data en France Le gouvernement français s’attache, depuis plusieurs mois, Ă mettre en place les bases d’une politique nationale d’ouverture et de rĂ©utilisation des donnĂ©es publiques. Les fondations juridiques ont Ă©tĂ© posĂ©es avec la transcription en droit national et la mise en œuvre de la directive PSI (public secteur information) autorisant la rĂ©utilisation des donnĂ©es publiques. La Commission europĂ©enne a depuis septembre 2010 entrepris un rĂ©examen de cette directive afin d’Ă©largir son champ d’application. Le grand chantier actuel de la France est la mission Etalab qui consiste en le dĂ©veloppement d’un portail unique des donnĂ©es publiques. Cette mission devrait aboutir Ă la future plateforme open data de l’Etat, "data.gouv.fr". Comment favoriser la rĂ©utilisation des donnĂ©es ? Afin que la France puisse exploiter au mieux le potentiel de la rĂ©utilisation des donnĂ©es, le rapport prĂ©citĂ© formule 16 propositions concrètes autour de trois grands axes stratĂ©giques, Ă savoir : "simplifier pour accĂ©lĂ©rer la rĂ©utilisation des donnĂ©es", "faciliter l’expĂ©rimentation pour encourager l’innovation" et "soutenir l’Ă©mergence d’un Ă©cosystème". Quatre propositions fortes sont Ă retenir : 1. Mettre en cohĂ©rence les conditions lĂ©gales de rĂ©utilisation des donnĂ©es issues de sources diffĂ©rentesAfin d’Ă©viter la multiplication des licences d’utilisation et la complexitĂ© de gestion qui y est associĂ©e, le rapport prĂ©conise la mise en place d’une licence de rĂ©utilisation unique Ă titre gratuit, la licence "DonnĂ©es ouvertes" de l’Etat, qui serait utilisĂ©e par dĂ©faut par les administrations centrales et dĂ©concentrĂ©es. 2. Encadrer strictement les cas dans lesquels une redevance est lĂ©gitime et donner aux producteurs de donnĂ©es la responsabilitĂ© d’Ă©tablir l’absolue nĂ©cessitĂ© de toute tarificationLes institutions productrices de donnĂ©es publiques ne doivent pas devenir des acteurs commerciaux du marchĂ© de l’information. C’est pourquoi il est suggĂ©rĂ© que l’Etat ne soit pas amenĂ© Ă valoriser des donnĂ©es par le biais de redevances inefficaces et coĂ»teuses Ă mettre en place. Pour les donnĂ©es nouvellement mises Ă disposition, dont le potentiel d’innovation est fort, la gratuitĂ© devrait ĂŞtre gĂ©nĂ©ralisĂ©e. 3. Encourager le dĂ©veloppement d’applications Ă partir des donnĂ©es publiquesOrganiser un concours national de dĂ©veloppement d’applications comme Ă©lĂ©ment indispensable pour encourager la crĂ©ativitĂ© et l’innovation. Les grandes entreprises du web et les groupes industriels pourraient ĂŞtre impliquĂ©s, afin de leur permettre de partager leur expertise. Investir dans le suivi de l’offre d’applications et la communication de leur utilitĂ© auprès du grand public permettrait de multiplier l’impact d’un tel concours. 4. Elargir le champ de l’open dataIl est proposĂ© d’explorer l’application de l’open data aux entreprises privĂ©es, notamment en ce qui concerne les donnĂ©es d’usages relatives aux consommateurs. L’obligation de libĂ©rer ces donnĂ©es serait un enjeu de taille pour le libre choix des consommateurs et constituerait un Ă©lĂ©ment Ă part entière des politiques de concurrence. Il est Ă©galement question de dĂ©velopper une stratĂ©gie europĂ©enne et internationale en nouant des liens forts avec les autres Etats autour de la question des donnĂ©es publiques. Au-delĂ de l’Ă©volution potentielle de la directive PSI, une stratĂ©gie de coopĂ©ration permettant d’Ă©changer les meilleures pratiques et Ă©tablir des normes d’interopĂ©rabilitĂ© communes semble nĂ©cessaire. Cette Ă©tude vient complĂ©ter le rapport Le dĂ©fi numĂ©rique – comment renforcer la compĂ©titivitĂ© de la France qu’a publiĂ© l’Institut Montaigne Ă la veille de l’e-G8 en mai dernier. L’ambition de ce rapport est de permettre Ă la France de se positionner parmi les meilleures nations dans ce domaine. Il formule ainsi neuf propositions opĂ©rationnelles, regroupĂ©es autour de trois axes : "gagner en compĂ©titivitĂ© avec le numĂ©rique" ; "la conquĂŞte du numĂ©rique par la sociĂ©tĂ©" et "la gouvernance du numĂ©rique et de l’Internet". Le phĂ©nomène de l’open data y est Ă©galement Ă©tudiĂ©. Etant donnĂ© l’avantage comparatif de la France en termes de donnĂ©es publiques, l’open data est un enjeu aussi important que la mise en place d’un Small Business Act numĂ©rique pour les PME ou la crĂ©ation d’un rĂ©seau pour la recherche dans le numĂ©rique. La voie est tracĂ©e et les outils existent. D’autres pays, tels les Etats-Unis et l’Angleterre ont su innover grâce Ă la notion de gouvernement ouvert. C’est maintenant Ă la France de saisir les opportunitĂ©s qui s’offrent Ă elle.ImprimerPARTAGER