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L’énergie s’immisce dans le débat sur la compétitivité de l’Europe

L’énergie s’immisce dans le débat sur la compétitivité de l’Europe
 Iana Dreyer
Auteur
Chercheuse associée à l’Institut Montaigne



Les enjeux climatiques ont dominé la politique énergétique européenne ces dernières années. Mais, dans une Europe en proie à une crise industrielle majeure et à un décrochage de compétitivité, la question énergétique en tant que telle s’invite de plus en plus dans les débats qui se tiennent dans les Etats-membres et à Bruxelles sur l’avenir du tissu productif du Vieux continent.

La rencontre annuelle des membres du Parlement europĂ©en issus de la majoritĂ© actuelle, qui s’est tenue Ă  Berlin du 4 au 6 octobre derniers, a reflĂ©tĂ© cette rĂ©cente Ă©volution. DĂ©diĂ©e avant tout Ă  la crise de la zone euro, cette universitĂ© d’Ă©tĂ© a eu pour invitĂ©e surprise la question Ă©nergĂ©tique.

Une stratégie énergétique européenne favorisant des prix élevés

Les Etats membres de l’Union europĂ©enne – Allemagne en tĂŞte – ont ces dernières annĂ©es poursuivi des politiques Ă©nergĂ©tiques favorisant des prix Ă©levĂ©s, censĂ©s modĂ©rer la consommation et favoriser l’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique de l’industrie. Cependant, le subventionnement massif des Ă©nergies renouvelables dans le cadre des objectifs de la politique "20-20-20"[1] fait de plus en plus dĂ©bat dans un contexte de maintien de prix Ă©levĂ©s pour le pĂ©trole et d’accroissement du coĂ»t s’agissant de l’Ă©lectricitĂ©.

Les consĂ©quences Ă©conomiques de la dĂ©cision allemande d’accĂ©lĂ©rer sa sortie du nuclĂ©aire suite Ă  l’accident de Fukushima au Japon l’annĂ©e dernière commencent Ă  se faire sentir. Les consommateurs d’Ă©lectricitĂ© subissent des hausses de facture significatives car les prĂ©lèvements en vue de subventionner les Ă©nergies renouvelables et de financer l’adaptation des rĂ©seaux Ă©lectriques augmentent. Les grandes industries allemandes – chimie, sidĂ©rurgie, entre autres – très consommatrices d’Ă©nergie, sont exemptĂ©es de ces charges. Mais cette politique est remise en cause par la grogne des consommateurs allemands et risque d’ĂŞtre retoquĂ©e par la Cour de Justice EuropĂ©enne comme aide d’Etat illĂ©gale.

En France, plus 85 % des 70 milliards d’euros du dĂ©ficit de la balance commerciale du pays sont du seul fait des importations de pĂ©trole et de gaz. L’ensemble de la filière Ă©lectrique subit actuellement des hausses de coĂ»ts. Les autres pays europĂ©ens font face Ă  des Ă©volutions similaires. Avec la "rĂ©volution du gaz de schiste" aux Etats-Unis, l’industrie europĂ©enne est dĂ©savantagĂ©e.

Si l’Europe subit une Ă©nergie chère, les Etats-Unis bĂ©nĂ©ficient des effets positifs de la "rĂ©volution du gaz de schiste" depuis 2007. Les prix du gaz sont dĂ©sormais, chez nos partenaires amĂ©ricains, au quart des prix europĂ©ens. Les Etats-Unis parviennent ainsi Ă  rĂ©soudre trois problèmes Ă  la fois :
1) la part du charbon dans la production électrique diminue, ce qui permet de réduire significativement leurs émissions de CO2 ;
2) ils fournissent une Ă©lectricitĂ© abondante et peu chère Ă  l’industrie ;
3) ils rĂ©duisent leurs importations d’hydrocarbures. Selon certaines estimations, la baisse des coĂ»ts de l’Ă©nergie permettrait Ă  l’Ă©conomie amĂ©ricaine de gagner 0,5 point de PIB entre 2012 et 2016 [2]. A l’heure oĂą l’Europe peine Ă  retrouver le chemin de la croissance, une telle divergence avec les Etats-Unis reprĂ©sente un dĂ©fi majeur de compĂ©titivitĂ©.

Un dĂ©bat Ă©nergĂ©tique de fond lancĂ© au sommet de l’Europe

Le Commissaire Ă  l’Energie, GĂĽnther Oettinger, qui est intervenu durant cette universitĂ© d’Ă©tĂ©, a tirĂ© la sonnette d’alarme. Les prix de plus en plus Ă©levĂ©s en Europe ne sont plus "acceptables" a-t-il soulignĂ©. La politique Ă©nergĂ©tique europĂ©enne "doit aussi ĂŞtre une politique industrielle" :avec les Ă©volutions des marchĂ©s du gaz, "l’Ă©lectricitĂ© va devenir la mesure de toutes choses" en matière de compĂ©titivitĂ©. Le Commissaire prĂ©sente ainsi une vue diffĂ©rente de celle proposĂ©e jusqu’Ă  il y a peu par l’institution dont il est issu.

Dans une tribune rĂ©cente, Jean-Paul Tran Thiet, membre du ComitĂ© directeur de l’Institut Montaigne, a appelĂ© Ă  faire de la politique Ă©nergĂ©tique un "vĂ©ritable levier de la compĂ©titivitĂ©" et Ă  l’Europe de "penser ensemble" son avenir Ă©nergĂ©tique. Les conclusions d’un groupe de travail sur la politique Ă©nergĂ©tique en France et en Europe seront prĂ©sentĂ©es lors du prochain forum franco-allemand de Genshagen, dĂ©diĂ© cette annĂ©e aux questions d’Ă©nergie.

A ce titre, le dĂ©bat qui s’amorce au niveau europĂ©en promet d’ĂŞtre riche.

Notes

[1] La politique énergétique européenne en vigueur depuis 2009 a arrêté l' « initiative 20-20-20 » pour 2020 : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, accroître de 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale, accroître l'efficacité énergétique afin d'économiser 20 % de la consommation d'énergie.

[2] The Economist, « Gas works. Shale gas is giving a boost to America’s economy », 14 juillet 2012

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