AccueilExpressions par MontaigneLaurent Bigorgne : "Après la LRU, l'heure n'est plus aux grandes rĂ©formes mais Ă l'expĂ©rimentation"La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Éducation20/02/2012ImprimerPARTAGERLaurent Bigorgne : "Après la LRU, l'heure n'est plus aux grandes rĂ©formes mais Ă l'expĂ©rimentation"Auteur Institut Montaigne En partenariat avec Alors que l’Institut Montaigne est en train d'élaborer des propositions sur les suites à donner à la LRU ou sur le financement de l’enseignement supérieur, Laurent Bigorgne, son directeur, tire, dans un entretien avec EducPros, un bilan positif de la mise en œuvre de la LRU ou des Initiatives d’avenir. Selon ce membre du comité de suivi de la loi LRU, les "grandes réformes" ne sont plus nécessaires, il faut maintenant laisser les universités autonomes prendre leurs décisions… notamment sur les sujets qui fâchent : la gouvernance, la carte des formations ou les droits d’inscription. Un plaidoyer pour l’expérimentation.Quel bilan tirez-vous de la LRU ? Le bilan est nĂ©cessairement positif. Personne de sĂ©rieux aujourd’hui ne recommande d’ailleurs de revenir sur ce texte. Ce n’est pas pour autant un texte qui rĂ©sout tout. Il faut appeler les dĂ©cideurs politiques Ă maintenir une dĂ©marche continue dans le temps. Par exemple, je serais très inquiet qu’après les Ă©lections, on dĂ©cide de fusionner le ministère de l’Éducation nationale et celui de l’Enseignement supĂ©rieur. Ce serait une erreur tragique. Ă€ chaque fois que cela s’est produit, les crĂ©dits budgĂ©taires de l’enseignement supĂ©rieur ont Ă©tĂ© sacrifiĂ©s au profit de ceux de l’Ă©ducation nationale. Il existe aujourd’hui un tel dĂ©fi sur l’enseignement primaire pour le futur ministre de l’Éducation qu’il n’aura pas le temps d’ĂŞtre stratège pour l’enseignement supĂ©rieur, mĂŞme flanquĂ© de secrĂ©taires d’État. En quoi l’autonomie est-elle une bonne chose pour les universitĂ©s ? Je ne dĂ©fends pas l’autonomie au nom de l’idĂ©ologie, mais toutes les world class universities dans le monde sont autonomes. Leur destin est d’ĂŞtre entre les mains d’une communautĂ© scientifique. Ces lieux de production de savoir ont besoin de temps, de continuitĂ© et d’indĂ©pendance vis-Ă -vis du pouvoir central. C’Ă©tait dĂ©jĂ le cas Ă la naissance des grandes universitĂ©s europĂ©ennes comme Bologne ou CoĂŻmbra. De mĂŞme, regardez en Angleterre, on ne parlait pas il y a vingt ans de l’universitĂ© de Warwick. Bien gĂ©rĂ©e, avec une politique affirmĂ©e, elle obtient aujourd’hui de grands succès. Preuve que l’autonomie porte ses fruits.Face aux universitĂ©s autonomes, l’État a-t-il encore un rĂ´le Ă jouer ? L’État n’a pas Ă dire aux scientifiques comment conduire leur recherche. Il doit fixer les grandes orientations, trouver des mĂ©canismes d’incitation. Son rĂ´le est d’ĂŞtre un stratège, surtout pas un tacticien, comme il l’a Ă©tĂ© par le passĂ© Ă nĂ©gocier chaque euro et chaque poste. On ne doit plus jamais retomber dans ces travers.Le comitĂ© de suivi de la loi LRU, dont vous ĂŞtes membre, pointe une autonomie restĂ©e Ă mi-chemin pour les universitĂ©s françaises. Que reste-t-il Ă faire ? Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de grandes rĂ©formes. Les Ă©tablissements doivent prendre des dĂ©cisions eux-mĂŞmes. Ils doivent mĂŞme pouvoir dĂ©cider de leurs cartes de formation ou choisir la composition de leurs conseils d’administration et la gouvernance qui leur est appropriĂ©e. Sur ces sujets, comme sur les autres, je suis partisan de l’expĂ©rimentation.Reste la question du financement des universitĂ©s. D’un cĂ´tĂ©, l’État doit continuer Ă faire de l’enseignement supĂ©rieur une prioritĂ© et y mettre les moyens, de l’autre il doit laisser les universitĂ©s fixer leurs frais d’inscription. Le tarif national a vĂ©cu. Dans un premier temps, quatre ou cinq universitĂ©s sĂ©lectionnĂ©es par appels d’offres – pourquoi pas les laurĂ©ats des Idex ? – pourraient moduler leurs tarifs, Ă condition de rester dans une certaine fourchette dĂ©finie par l’État et de reverser une partie des sommes gĂ©nĂ©rĂ©es dans des aides sociales aux Ă©tudiants. Cela ne marchera que si chaque euro supplĂ©mentaire investi par l’Ă©tudiant lui apporte de nouveaux services et correspond Ă un euro supplĂ©mentaire investi par l’État.Les universitĂ©s ont-elles les moyens de prendre en main leur autonomie ? Je ne nie pas la situation difficile d’un certain nombre d’Ă©tablissements, mais la rĂ©ponse est oui. Regardez comment d’autres administrations publiques se sont rĂ©formĂ©es. Le grand emprunt va-t-il dans le mĂŞme sens que la LRU ? Les deux logiques sont complĂ©mentaires. Ce processus, organisĂ© Ă la fois par le ministère et hors ministère avec le CGI (Commissariat gĂ©nĂ©ral Ă l’investissement), a Ă©tĂ© mobilisateur, avec des rĂ©sultats Ă la clĂ©. Je suis convaincu que la carte des Idex est la bonne, mĂŞme si cela crĂ©e nĂ©cessairement des dĂ©ceptions. Nous avons besoin de cette Ă©mulation collective. Ă€ l’avenir aussi, la compĂ©tition via des jurys internationaux est une bonne initiative. Allons-y. Que chacun joue sa carte !Que rĂ©pondez-vous Ă ceux qui pensent que l’autonomie et le grand emprunt induisent un système d’enseignement supĂ©rieur Ă plusieurs vitesses ? Je rĂ©cuse totalement cette critique. Soyons lucides, notre système fonctionne dĂ©jĂ Ă plusieurs vitesses. Ces pĂ´les d’excellence vont au contraire tirer notre enseignement supĂ©rieur vers le haut. Un pays qui n’aurait pas la capacitĂ© de concentrer des moyens sur des champions universitaires serait dans une situation difficile. L’ensemble des universitĂ©s britanniques bĂ©nĂ©ficient des retombĂ©es de Cambridge et d’Oxford. Les diplĂ´mĂ©s de ces deux universitĂ©s se retrouvent dans l’ensemble du système, les enseignants Ă©galement, et leur recherche irrigue les autres Ă©tablissements. C’est une dynamique dont on ne peut se passer, mais qui fonctionne Ă une condition : la fluidification du système. C’est le rĂ´le de l’État. Les Ă©tudiants, la recherche, les enseignants doivent circuler entre les Ă©tablissements. Il faut Ă tout prix empĂŞcher les effets de rente.Quel candidat vous apparaĂ®t le mieux placĂ© pour dĂ©fendre ces idĂ©es ? Aucun ne remet en cause l’autonomie. La gauche et la droite ont pris conscience de l’importance de l’enseignement supĂ©rieur et de la recherche – il y a dix ans, le sujet n’intĂ©ressait personne ! Je dois reconnaĂ®tre Ă©galement que je suis admiratif du travail et des avancĂ©es obtenues depuis 2007, alors que le sujet avait peu rĂ©ussi Ă l’actuelle majoritĂ© suite aux Ă©vĂ©nements de 1968 et de 1986.Propos recueillis par Sylvie Lecherbonnier et Camille StromboniImprimerPARTAGER