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La Ve République, revue et corrigée par Emmanuel Macron

La Ve République, revue et corrigée par Emmanuel Macron
 Olivier Duhamel
Auteur
Ancien Président de la FNSP (Sciences Po)

Le huitième prĂ©sident de la cinquième RĂ©publique propose une vingt-cinquième rĂ©vision de la constitution, et au-delĂ , car tout n’est pas constitutionnel dans ce projet de rĂ©forme, de nos institutions. Pour tenter d’y voir clair, essayons de rĂ©pondre aux deux questions basiques : Pourquoi ? Quoi ? 

Pourquoi rĂ©viser nos institutions ? 

Pour quatre raisons.

  • Parce qu’il l’avait annoncĂ© pendant sa campagne prĂ©sidentielle. "Je fais ce que j’ai dit", le leitmotiv vaut en tout domaine et justifie presque toute la trentaine de rĂ©formes faites ou annoncĂ©es en moins d’un an.
     
  • Parce que tous les candidats Ă  la prĂ©sidentielle se croient obligĂ©s d’écrire un chapitre "rĂ©forme des institutions" et essayent en gĂ©nĂ©ral, une fois Ă©lu, d’en mettre au moins une partie en Ĺ“uvre.
     
  • Parce qu’un prĂ©sident aime imprimer sa marque, laquelle atteint la solennitĂ© maximale lorsqu’elle s’inscrit sur notre loi fondamentale. Tous ont essayĂ©, seuls Georges Pompidou et François Hollande n’y sont pas parvenus.
     
  • Last not least, parce que certaines rĂ©formes paraissent nĂ©cessaires de longue date mais n’ont pu aboutir jusqu’à prĂ©sent, tandis que d’autres semblent utiles selon leur auteur pour rĂ©duire la dĂ©fiance de nos concitoyens Ă  l’égard du politique.

Quelles réformes des institutions ?

 1. La mise Ă  jour.

Une première série de changements sont attendus et font l’objet d’un consensus assez large, que l’on pourrait qualifier d’actualisation démocratique. Trois sujets relèvent de cette catégorie.

  • La Cour de justice de la RĂ©publique, instaurĂ©e pour juger les crimes ou dĂ©lits accomplis par les ministres dans l’exercice de leurs fonctions, n’a pas acquis l’indispensable lĂ©gitimitĂ©, ne parvenant Ă  Ă©carter le soupçon de la partialitĂ© ou Ă  tout le moins de la complaisance. Elle sera supprimĂ©e.
     
  • La prĂ©sence des anciens prĂ©sidents de la RĂ©publique au Conseil constitutionnel comme membres de droit et Ă  vie paraĂ®t incompatible avec l’indĂ©pendance attendue du juge constitutionnel. Elle sera abolie.
     
  • La dĂ©pendance des membres du parquet Ă  l’égard du pouvoir politique est perçue comme excessive. Ils seront dĂ©sormais nommĂ©s sur avis conforme du Conseil supĂ©rieur de la magistrature.

 
2. Les avancées démocratiques.

Ce deuxième groupe porte plus la marque macronienne. Progrès réels ou supposés, six réformes envisagées iraient dans ce sens.

  • La limitation du cumul des mandats dans le temps Ă  trois consĂ©cutifs permettrait un renouvellement de la classe politique.
     
  • La rĂ©duction de 30 % du nombre des parlementaires serait très populaire. 404 dĂ©putĂ©s au lieu de 577. 244 sĂ©nateurs au lieu de 348.
     
  • L’introduction d’une dose de proportionnelle pour 15 % des sièges de dĂ©putĂ©s rĂ©duirait un petit peu la sous-reprĂ©sentation des partis d’opposition.
     
  • La rĂ©forme du Conseil Ă©conomique, social et environnemental amĂ©liorerait les processus de consultation dĂ©mocratique.
     
  • La possibilitĂ© accordĂ©e aux collectivitĂ©s locales d’adopter des mesures adaptĂ©es Ă  leur situation par une diffĂ©renciation Ă  l’égard des règles nationales marquerait une nouvelle Ă©tape de la dĂ©centralisation. La reconnaissance de la Corse, par une mention dans la constitution, rĂ©pondrait Ă  une demande des insulaires.
     
  • L’inscription dans la constitution d’une compĂ©tence lĂ©gislative sur la lutte contre le dĂ©règlement climatique rĂ©pondrait Ă  une inquiĂ©tude croissante.

 
3. L’efficacité du travail parlementaire.

Cette troisième catégorie s’avère nettement plus technique et beaucoup moins consensuelle. Elle a d’ailleurs varié au fil des semaines, quasi-inexistante au départ, étendue un temps jusqu’à la limitation du droit d’amendement en fonction de la taille des groupes parlementaires, avant que cette mesure affaiblissant un peu plus les moyens de partis déjà très sous-représentés ne soit heureusement abandonnée. Il semble que le gouvernement renonce également à interdire de représenter en plénière des amendements rejetés en commission. Que reste-t-il à ce jour ?

  • L’interdiction des amendements sans portĂ©e normative, les "neutrons lĂ©gislatifs".
     
  • L’interdiction des amendements sans lien direct avec le texte, les "cavaliers".
     
  • L’inscription prioritaire Ă  l’ordre du jour des projets de loi que le gouvernement juge importants.
     
  • La rĂ©duction des dĂ©lais pour adopter le budget et la loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale.
     
  • Une procĂ©dure accĂ©lĂ©rĂ©e en cas de dĂ©saccord entre les chambres, supprimant une nouvelle lecture par le SĂ©nat. 

Et demain ?

Ultime question pour conclure. Ces réformes seront-elles toutes adoptées ? En aucun cas. Le Sénat ne votera pas le dernier changement mentionné, qui réduirait ses prérogatives. Acceptera-t-il la limitation des mandats dans le temps ? À voir. Pour l’y inciter, le projet a placé un seuil à 9 000 habitants, qui préserve la réélection possiblement perpétuelle des maires des petites et moyennes communes.
 
En tout état de cause, la grande négociation a commencé. Si elle n’aboutissait pas, Emmanuel Macron connaîtrait son premier échec. Dans le cas contraire, la Vème République serait une vingt-cinquième fois corrigée, pas transformée.

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