AccueilExpressions par MontaigneLa jeunesse : clĂ© de la reconstruction de l'Union europĂ©enne ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Union EuropĂ©enne27/01/2017ImprimerPARTAGERLa jeunesse : clĂ© de la reconstruction de l'Union europĂ©enne ?Auteur Institut Montaigne La journée franco-allemande, célébrée chaque 22 janvier, commémore la signature du Traité de l'Élysée marquant la réconciliation entre la France et l'Allemagne. A cette occasion, nous avons interrogé Béatrice Angrand, Secrétaire générale de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ).Nous avons cĂ©lĂ©brĂ© ce dimanche le 54ème anniversaire du TraitĂ© de l’ÉlysĂ©e signĂ© le 22 janvier 1963, marquant la rĂ©conciliation de la France et de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Nos deux pays sont actuellement en dĂ©saccord sur de nombreux sujets, pensez-vous que la jeunesse ait un rĂ´le Ă jouer pour faire converger nos politiques ?Certains peuvent parfois s’interroger sur l’intĂ©rĂŞt de fĂŞter l’anniversaire du TraitĂ© de l’ÉlysĂ©e. Les commĂ©morations ont un sens lorsqu’elles servent Ă lancer de nouvelles idĂ©es ou concrĂ©tiser des initiatives – par exemple, il y a quelques annĂ©es, la crĂ©ation du programme Voltaire (programme de mobilitĂ© scolaire) ou le manuel d’histoire franco-allemand qui a inspirĂ© des initiatives similaires entre l’Allemagne et la Pologne ou entre l’Albanie et la Serbie. L’an dernier, les deux gouvernements se sont Ă©galement engagĂ©s Ă travailler ensemble dans le cadre d’un Haut conseil franco-allemand Ă l’intĂ©gration qui reste Ă mettre en place.Par ailleurs, un jubilĂ© permet de se remĂ©morer les fondamentaux. Quel est le message du TraitĂ© de l’ÉlysĂ©e ? Il dit principalement que la France et l’Allemagne doivent se consulter le plus souvent possible et agir de concert sur des sujets politiques, Ă©conomiques, sociĂ©taux et Ă©ducatifs – et ce, en toute circonstance, quelle que soit la couleur politique de leur gouvernement. Je ne suis pas certaine qu’aujourd’hui le TraitĂ© soit appliquĂ© Ă la lettre... C’est pourquoi, il est toujours utile de le cĂ©lĂ©brer, afin de rappeler chacun Ă ses responsabilitĂ©s. Dans la sociĂ©tĂ© civile, le lien franco-allemand est particulièrement vivant. C’est un fait que l’on rappelle assez peu, alors qu’il est l’ADN mĂŞme de cette coopĂ©ration, composĂ©e Ă la fois d’un tandem politique mais aussi d’échanges, dĂ©clinĂ©s Ă tous les niveaux des administrations et de la sociĂ©tĂ© civile, auxquels s’ajoute une forte imbrication Ă©conomique.NĂ©anmoins, une nouvelle rĂ©alitĂ© pourrait aujourd’hui Ă©loigner durablement nos deux sociĂ©tĂ©s. Il s’agit de la diffĂ©rence de niveau d’implication dans l’accueil des migrants fuyant la guerre ou la rĂ©pression. Les Allemands ne comprennent pas toujours que les Français soient rĂ©servĂ©s sur cette question et il semblerait que les Français regrettent que les Allemands ne comprennent pas leur rĂ©action. A cet Ă©gard, par-delĂ la question quantitative du nombre de personnes accueillies ou devant ĂŞtre accueillies, la France et l’Allemagne pourraient proposer aux enfants et aux jeunes migrants s’établissant sur leur territoire un contact immĂ©diat avec l’idĂ©e europĂ©enne. Cette idĂ©e s’est en effet constituĂ©e autour de la paix, grâce Ă la rĂ©conciliation franco-allemande. Ne serait-ce pas lĂ un beau transfert culturel qui donnerait un sens Ă l’histoire franco-allemande tout en faisant Ĺ“uvre d’intĂ©gration ? Dans le contexte europĂ©en la France et l’Allemagne ont un devoir historique. Leurs liens reprĂ©sentent un atout exceptionnel dont les deux pays doivent s’emparer davantage. Partant gĂ©nĂ©ralement de positions opposĂ©es sur de nombreuses questions qui, le plus souvent, reflètent les divergences existant au sein des autres États (pour schĂ©matiser, les États du Nord et ceux du Sud), le compromis auquel ils parviennent est quasiment toujours acceptable par les autres – sauf bien sĂ»r s’ il est imposĂ© de manière hĂ©gĂ©monique ! Il faut donc enclencher ou rĂ©enclencher cette dynamique, indĂ©pendamment d’ailleurs des Ă©chĂ©ances Ă©lectorales. Car le temps presse ! Si nous voulons ĂŞtre plus forts dans la mondialisation ou face Ă un interlocuteur amĂ©ricain qui semble imprĂ©visible, nous devons nous unir davantage. Qu’est-ce qui nous empĂŞche de dire et faire ensemble Europe first ? La sortie programmĂ©e du Royaume-Uni de l'Union europĂ©enne est un choc pour la construction europĂ©enne. La mobilitĂ© de la jeunesse au sein de l'UE est un des moteurs de la crĂ©ation d'un sentiment d'appartenance europĂ©en. Quels sont les moyens efficaces qui pourraient nous permettre de redonner le goĂ»t de l’Europe ?Nous constatons une dĂ©fiance ou une dĂ©sillusion face au projet europĂ©en dans de nombreux pans de la population. Cela provient souvent d’une mĂ©connaissance de ses apports positifs.L’Europe est insuffisamment active pour crĂ©er un rĂ©el espace commun. Il reste trop de contraintes pesant sur la mobilitĂ© des salariĂ©s - mĂŞme entre la France et l’Allemagne, entretenant pourtant un rĂ©seau institutionnel très dense. A ce titre, pourquoi est-il si compliquĂ© de faire converger nos systèmes de retraites, d’impĂ´ts, d’immatriculation des vĂ©hicules et mĂŞme de droits tĂ©lĂ©visuels (la gĂ©olocalisation nous empĂŞche de regarder les tĂ©lĂ©visions europĂ©ennes) ? Nous avons tant Ă y gagner !Concernant la mobilitĂ© transfrontalière et europĂ©enne des jeunes, il est urgent d’y consacrer plus de moyens afin de permettre Ă tous les publics d’y accĂ©der, en prioritĂ© ceux dont les familles ne peuvent apporter de contribution financière. Par ailleurs, les systèmes de formations professionnelles tout comme l’organisation de l’enseignement dans le second degrĂ© devraient ĂŞtre harmonisĂ©s – dans l’esprit de la rĂ©forme LMD (mĂŞme si elle reste Ă parfaire) – afin de faciliter la mobilitĂ© des jeunes publics non Ă©tudiants au sein des pays d’Europe. Un deuxième aspect concerne la formation des "acteurs de jeunesse", c’est-Ă -dire tous les professionnels qui sont en contact avec les jeunes : enseignants, animateurs, travailleurs sociaux, mais aussi directeurs de structures ou d’établissements scolaires. Ils doivent ĂŞtre mieux formĂ©s Ă l’organisation de projets europĂ©ens et ĂŞtre en capacitĂ© de les promouvoir auprès des jeunes et de leur famille. Cela suppose qu’ils aient eux-mĂŞmes fait l’expĂ©rience de la mobilitĂ©. On constate en effet que ce sont ceux qui l’ont vĂ©cue qui en sont les meilleurs ambassadeurs. Enfin, il faut simplifier l’ensemble des procĂ©dures administratives.La mobilitĂ© est parfois considĂ©rĂ©e avec mĂ©fiance, comme du brain drain (fuite des cerveaux).. Nous valorisons trop peu ses effets positifs : augmentations des compĂ©tences linguistiques, capacitĂ© Ă gĂ©rer la complexitĂ©, gain de confiance en soi qui engendre souvent davantage de tolĂ©rance, sentiment d’appartenance, etc.Renforcer toutes les expĂ©riences d’apprentissage interculturel en Europe est sans aucun doute la plus belle manière de gĂ©nĂ©rer un sentiment d’appartenance europĂ©en et une connaissance approfondie des rĂ©alitĂ©s de notre espace commun. Y-a-t-il une meilleure stratĂ©gie face au populisme anti-europĂ©en et au repli sur soi ?Pour aller plus loinErasmus, FreeInterRail, service civique : les voyages forment la jeunesse (europĂ©enne)Construire le projet europĂ©en : comment, quand et avec qui ?ImprimerPARTAGER