AccueilExpressions par MontaigneLa gauche europĂ©enne en pĂ©rilLa plateforme de dĂ©bats et dâactualitĂ©s de lâInstitut Montaigne Union EuropĂ©enne30/05/2017ImprimerPARTAGERLa gauche europĂ©enne en pĂ©rilAuteur Marc Lazar Expert AssociĂ© - DĂ©mocratie et Populisme, Italie Marc Lazar, Professeur d'Histoire et de sociologie politique Ă Sciences Po et PrĂ©sident de la School of government de la Luiss (Rome), revient sur la crise de la gauche europĂ©enne et sur les dĂ©fis qui attendent ses diffĂ©rents partis.Le parti socialiste est plongĂ© dans une crise dĂ©vastatrice. BenoĂźt Hamon, son candidat Ă lâĂ©lection prĂ©sidentielle, nâa recueilli que 6 % des voix au premier tour â soit le score le plus faible du Parti socialiste Ă cette Ă©lection depuis 1969 - et les lĂ©gislatives des 11 et 18 juin sâannoncent trĂšs mal. Mais bien au-delĂ du cas français, câest toute la gauche social-dĂ©mocrate europĂ©enne qui est en pĂ©ril. En GrĂšce, le PASOK a sombrĂ© en 2015, avec moins de 5 % des suffrages. En Autriche, lâan dernier, le candidat socialiste Ă la prĂ©sidentielle nâa pas rĂ©ussi Ă se qualifier pour le second tour. Aux Pays-Bas, les socialistes ont enregistrĂ© un rĂ©sultat catastrophique aux Ă©lections de cette annĂ©e. En Espagne, le PSOE, dĂ©fait au scrutin de 2016, sort profondĂ©ment divisĂ© de la primaire organisĂ©e pour la dĂ©signation de son secrĂ©taire. Les travaillistes britanniques se dirigent vers une dĂ©route aux Ă©lections du 8 juin. Le SPD espĂ©rait battre la chanceliĂšre Merkel en septembre prochain mais il enchaĂźne les Ă©checs dans les LĂ€nder et les sondages lui annoncent dĂ©sormais une sĂ©vĂšre dĂ©faite. Dans ce panorama extrĂȘmement sombre, seuls Ă©mergent, parmi les principaux membres du Parti socialiste europĂ©en, le parti portugais au pouvoir soutenu par une alliance Ă©cologique et communiste, le parti suĂ©dois et le Parti dĂ©mocrate en Italie. Trois formations nĂ©anmoins en recul par rapport Ă leurs prĂ©cĂ©dentes performances Ă©lectorales.Les raisons de cette crise qui a dĂ©sormais prĂšs de quarante ans sont connues. Les partis sociaux-dĂ©mocrates sont confrontĂ©s Ă des dĂ©fis considĂ©rables qui touchent aussi mais avec moins dâampleur les partis de gouvernement de droite : la globalisation, lâeuropĂ©anisation, les mutations des sociĂ©tĂ©s, les transformations de la dĂ©mocratie ou encore lâaffadissement des grandes idĂ©ologies. Ce qui avait fait leur force - des politiques keynĂ©siennes dâĂtat social dans le cadre national, une organisation solide, une doctrine cohĂ©rente, des relations plus ou moins Ă©troites avec les syndicats - ne fonctionne plus. Les partis de la gauche rĂ©formiste ont connu un dĂ©clin Ă©lectoral, la perte de leurs adhĂ©rents, lâĂ©rosion de leurs soutiens parmi les catĂ©gories populaires et les classes moyennes fragilisĂ©es, la fin de leur rayonnement culturel et le dĂ©litement de leur hĂ©gĂ©monie culturelle. Cela ne les a pas empĂȘchĂ©s parfois de gagner les Ă©lections, mais la tendance gĂ©nĂ©rale Ă©tait celle de la dĂ©stabilisation.Dans les annĂ©es 1990, Tony Blair et Gerhard Schröder ont voulu sortir de cette impasse avec ce que lâon a appelĂ© la " TroisiĂšme voie " entre le libĂ©ralisme et la social-dĂ©mocratie classique. Il sâagissait de prendre en compte les transformations du capitalisme, dâaffirmer que la mondialisation engendrait des inĂ©galitĂ©s, mais offrait aussi des opportunitĂ©s considĂ©rables aux individus de se rĂ©concilier en partie avec le libĂ©ralisme, de prĂŽner lâĂ©galitĂ© des chances grĂące Ă lâĂ©ducation et Ă la formation prioritairement pour les plus dĂ©munis qui avaient certes des droits mais aussi des devoirs, de reconsidĂ©rer le rĂŽle de lâĂtat, de sâadresser aux classes moyennes ascendantes tout en protĂ©geant les milieux populaires par exemple de la dĂ©linquance. Les tenants de la " TroisiĂšme voie " estimaient dĂ©passer le clivage gauche-droite prĂ©fĂ©rant lâantagonisme entre progressistes et conservateurs. Presque tous les partis sociaux-dĂ©mocrates ont repris ces idĂ©es en les adaptant aux rĂ©alitĂ©s de leurs pays.La TroisiĂšme voie, outre quâelle a souffert de lâengagement de Tony Blair dans la guerre en Irak, a montrĂ© ses limites avec la crise commencĂ©e en 2008. Partout, lâaustĂ©ritĂ© a provoquĂ© du chĂŽmage, et mĂȘme si celui-ci a pu ensuite ĂȘtre diminuĂ©, les inĂ©galitĂ©s, elles, se sont creusĂ©es. LâEurope a déçu et continue de dĂ©cevoir. Nos sociĂ©tĂ©s sont secouĂ©es par les peurs de lâimmigration ou des migrants. La dĂ©fiance envers les institutions, la classe politique et les partis se gĂ©nĂ©ralise, Ă quelques exceptions prĂšs. Or les partis socialistes sont considĂ©rĂ©s comme responsables de ces situations et les populistes progressent.Un fossĂ© sâest creusĂ© entre une gauche rĂ©formiste et une gauche plus radicale. Or, quelle que soit la stratĂ©gie choisie, ces partis sont mal en point. BenoĂźt Hamon avait un programme trĂšs Ă gauche, et ses Ă©lecteurs ont prĂ©fĂ©rĂ© voter Emmanuel Macron ou Jean-Luc MĂ©lenchon, son rival encore plus Ă gauche. Jeremy Corbin avance un programme tax and spend qui satisfait ses militants mais, Ă en croire les sondages, pas les Ă©lecteurs. Pedro Sanchez a reconquis le PSOE en effectuant un tournant Ă gauche et en prĂŽnant une alliance avec Podemos qui risque de profiter surtout Ă ce dernier De leur cĂŽtĂ©, le SPD et le PD continuent dâexplorer une politique social-libĂ©rale avec un peu plus de mesures sociales, et Ă©cologiques dans le cas allemand, mais sans grande rĂ©ussite. En outre, en Espagne, en GrĂšce, en France, aux Pays-Bas ou en Belgique, un processus de radicalisation se dĂ©veloppe Ă gauche des partis rĂ©formistes.Ce nâest pas la premiĂšre fois que la social-dĂ©mocratie traverse une zone de turbulences. Mais pour le moment elle nâa pas trouvĂ© de thĂ©rapie. Dâautant quâun changement de paradigme sâopĂšre. La classique opposition entre gauche et droite nâa pas totalement disparu, notamment sur les questions de sociĂ©tĂ©. NĂ©anmoins elle ne structure plus avec la mĂȘme vigueur que par le passĂ© les comportements, les cultures et les mentalitĂ©s politiques. Elle sâenchevĂȘtre avec dâautres clivages, entre pro-europĂ©ens et adversaires de lâEurope, entre adeptes de la sociĂ©tĂ© ouverte et partisans de la sociĂ©tĂ© fermĂ©e, qui divisent aussi bien les partis de droite que ceux de gauche. Pour cette derniĂšre, il est urgent de procĂ©der Ă un vrai bilan de ses politiques passĂ©es et surtout de se rĂ©nover en profondeur. Si câest encore possible. Faute de quoi la gauche social-dĂ©mocrate pourrait disparaĂźtre comme ont sombrĂ© les partis communistes. Cela marquerait une rupture anthropologique dans lâhistoire de lâEurope.Du mĂȘme auteurLes dĂ©fis du prĂ©sident MacronImprimerPARTAGER