Rechercher un rapport, une publication, un expert...
La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne
Imprimer
PARTAGER

La France, championne europĂ©enne du cumul des mandats… plus pour longtemps ?

La France, championne européenne du cumul des mandats… plus pour longtemps ?
 Blanche Leridon
Auteur
Directrice des études France de l’Institut Montaigne, spécialiste des questions démocratiques et institutionnelles

Pratique très développée en France, le cumul des mandats revient aujourd'hui sur le devant de la scène. Qu?il s'agisse d'en limiter le nombre, la durée dans le temps ou de l'interdire complètement, les propositions sont légion, et émanent autant de l'exécutif actuel que des candidats à l'élection présidentielle de 2017.

La France fait en effet figure d’exception en Europe. Avec 476 dĂ©putĂ©s sur 577 en situation de cumul des mandats (soit 82 %) et 267 sĂ©nateurs sur 348 (soit 77 %), elle dĂ©passe très largement les moyennes europĂ©ennes. Aucun autre pays d’Europe n’affiche des statistiques comparables. En moyenne, ils sont 20 % des parlementaires europĂ©ens  Ă  cumuler des mandats nationaux et fonctions exĂ©cutives locales.

Pourquoi un tel écart entre les pratiques françaises et européennes ? Quelles lois encadrent aujourd’hui le cumul en France ? A l’étranger ?

Le cumul des mandats, de quoi parle-t-on ?

Pour un parlementaire, le cumul des mandats désigne, l’exercice simultané de mandats électoraux nationaux (au Sénat ou à l’Assemblée nationale) et de fonctions électives locales (au sein de l’exécutif d’une commune, d’une intercommunalité, d’un département ou d’une région). En termes de "cumul", les parlementaires français devancent – de loin – tous leurs voisins européens. 82 % des députés et 77 % des sénateurs exerçaient en 2012 ainsi des fonctions au sein d’un exécutif local, selon un rapport du Sénat. Selon ce même rapport, ils ne seraient que 10 % au Bundestag, 13 % en Grande-Bretagne, 15 % en Espagne, 16 % en Italie et 6 % aux Pays-Bas.

Ce que proposent les candidats à l’élection présidentielle de 2017

Le principe de limitation du cumul s’impose aujourd’hui dans la campagne présidentielle. Benoît Hamon propose d’instaurer le non-cumul des mandats dans le temps, afin de limiter le phénomène de professionnalisation de la politique et de permettre davantage de diversité et de représentativité de nos élus. Il préconise pour cela de limiter à trois le nombre de mandats identiques consécutifs maximum. Emmanuel Macron propose également "d’aller plus loin sur le non-cumul des mandats dans le temps", même initiative du côté de Jean-Luc Mélenchon qui propose de "rendre effectif le principe du non-cumul des mandats, y compris dans le temps".

En France, que prévoit la loi ?

En France, ce sont les lois organiques du 5 avril 2000 et du 14 février 2014, qui régulent les pratiques en termes de cumul des mandats. Selon la première, il est interdit de cumuler les mandats de député, de sénateur et de député européen. Est également interdit l’exercice de l’un de ces mandats avec celui de conseiller régional, conseiller général, conseiller de Paris ou conseiller municipal d’une commune de plus de 1 000 habitants. Il est en revanche autorisé de cumuler un mandat national et une fonction exécutive locale (Président de conseil général ou départemental et élu municipal).

La loi de 2014 tente de limiter encore davantage le cumul des mandats en prévoyant notamment l’interdiction du cumul de fonctions parlementaires nationales avec celles de maires, de présidents de conseils régionaux ou départementaux. Ces dispositions ne s’appliqueront cependant qu’à compter du 31 mars 2017.

Et ailleurs en Europe ?

Différentes lois encadrent la pratique du cumul chez nos voisins européens. Chez certains d’entre eux, le mandat unique est une pratique coutumière, qui n’a pas eu besoin de loi pour s’imposer aux élus.

  • En Espagne, dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs ne sont pas soumis au mĂŞme traitement. Si un dĂ©putĂ© ne peut pas ĂŞtre membre de l’assemblĂ©e dĂ©libĂ©rante d’une communautĂ© autonome, le sĂ©nateur en a lui le droit. Pour les dĂ©putĂ©s comme pour les sĂ©nateurs, il est permis d’exercer une fonction exĂ©cutive locale (maire, conseiller provinciale).
  • Aux Pays-Bas, la lĂ©gislation en vigueur se rapproche de la lĂ©gislation française actuelle : interdiction de cumuler deux mandats parlementaires, possibilitĂ© de cumuler mandats parlementaires et fonctions exĂ©cutives locales, etc. Pourtant, seuls 6 % des parlementaires nĂ©erlandais sont en situation de cumul, contre 82 % de nos dĂ©putĂ©s.
  • Au Royaume-Uni, la pratique du non cumul s’est imposĂ©e au sein des lĂ©gislatures successives, sans intervention prĂ©alable du lĂ©gislateur. Ce n’est qu’en 2011, avec le Localism Act, que des dispositions sont prĂ©vues pour interdire le cumul des fonctions de maire et de conseiller dans la mĂŞme collectivitĂ©. Dans les faits, bien avant la loi de 2011, le non cumul Ă©tait la norme au Royaume-Uni.

Pour aller plus loin

Présidentielle 2017 : le grand décryptage

Limiter le cumul des mandats dans le temps : deux ou trois ?


Recevez chaque semaine l’actualité de l’Institut Montaigne
Je m'abonne