AccueilExpressions par MontaigneLa fin du monopole syndical ? Une tentation risquĂ©eLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique24/02/2016ImprimerPARTAGERLa fin du monopole syndical ? Une tentation risquĂ©eAuteur Institut Montaigne Tribune d'Eric Aubry, ancien conseiller social du Premier ministre François Fillon et membre du groupe de travail de l'Institut Montaigne qui a produit le rapport Sauver le dialogue social, parue dans les Echos le 22 février 2016.De nombreuses voix s'élèvent pour demander la fin du monopole syndical de présentation des candidatures au 1er tour des élections pour les délégués du personnel et les comités d'entreprise. L'argument mis en avant est qu'il constitue un obstacle à une véritable démocratie dans l'entreprise car il interdit les candidatures libres qui pourraient émerger parmi les salariés non syndiqués.On ne peut, en cette pĂ©riode de crise de la reprĂ©sentation, balayer d'un revers de main cette argumentation. Un rĂ©cent sondage TNS Sofres pour l'association Dialogues montre ainsi une baisse significative de la confiance dans l'action des syndicats pour la dĂ©fense des intĂ©rĂŞts des salariĂ©s.Mais on voit bien le risque de fragmentation de la reprĂ©sentation syndicale avec l'apparition de « syndicats » d'entreprise et le dĂ©veloppement d'une reprĂ©sentation purement catĂ©gorielle qui est induit par la disparition du monopole. Fragmentation conduisant, de facto, Ă l'absence de vĂ©ritables interlocuteurs et, par consĂ©quent, non seulement Ă un dialogue social plus difficile mais aussi Ă un risque majeur d'absence d'interlocuteurs en cas de crise et Ă la multiplication de « coordinations », n'ayant nulle autre reprĂ©sentativitĂ© rĂ©elle qu'un Ă©tat de fait ponctuel et provisoire.Aussi, pour rĂ©pondre au dĂ©fi de la faible reprĂ©sentativitĂ© que nul ne peut contester des organisations syndicales dans un pays oĂą le taux de syndicalisation dans le secteur privĂ© est de l'ordre de 5 % ainsi qu'au danger, maintes fois relevĂ© par des observateurs neutres, d'institutionnalisation et de coupure de la base d'un syndicalisme protĂ©gĂ©, il est prĂ©fĂ©rable d'examiner d'autres pistes de modernisation et d'adaptation.Tout d'abord, comme cela a Ă©tĂ© prĂ©conisĂ© dans le rapport de l'Institut Montaigne de septembre dernier « Sauver le dialogue social », la durĂ©e des mandats pourrait ĂŞtre limitĂ©e dans le temps afin d'Ă©viter une coupure entre les reprĂ©sentants du personnel ou les dĂ©lĂ©guĂ©s syndicaux et la base. De mĂŞme, la limitation du ou des mandats Ă un certain pourcentage du temps de travail permettrait de maintenir un lien direct avec la rĂ©alitĂ© de l'entreprise. Il s'agit ainsi d'Ă©viter une « marginalisation » des reprĂ©sentants du personnel et, parallèlement, de leur garantir un dĂ©roulĂ© de carrière dans l'entreprise.Le recours au rĂ©fĂ©rendum est ensuite un Ă©lĂ©ment de solution. Cessons de diaboliser le rĂ©fĂ©rendum, ou, Ă l'inverse, d'en faire la solution miracle ou de croire comme certains qu'il permettra de supprimer toute reprĂ©sentation syndicale. Aucune entreprise n'a intĂ©rĂŞt Ă la banalisation du rĂ©fĂ©rendum. Elle ne tarderait pas Ă dĂ©couvrir que, comme dans le monde politique, on peut avoir tendance Ă ne pas rĂ©pondre Ă la question posĂ©e mais Ă l'utiliser comme une motion de dĂ©fiance ! Aucune entreprise ne peut fonctionner sans un dialogue avec ses salariĂ©s, et ce dialogue passe forcĂ©ment, aussi, par une mĂ©diation, par une reprĂ©sentation des salariĂ©s.Est-il, pour autant, judicieux de le limiter Ă la seule initiative des syndicats ayant obtenu plus de 30 % des voix comme cela semble ĂŞtre l'intention du gouvernement ? Il serait, sans doute, plus appropriĂ© d'en faire une initiative conjointe du chef d'entreprise et des syndicats signataires ou susceptibles d'ĂŞtre signataires.Pour aller plus loinRetrouvez notre rapport Sauver le dialogue social. PrioritĂ© Ă la nĂ©gociation d'entrepriseImprimerPARTAGER