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La compétitivité, clé du financement de la protection sociale

La compétitivité, clé du financement de la protection sociale
 Alexia de Monterno
Auteur
Directrice adjointe de l'Institut Montaigne

En partenariat avec


Un diagnostic impossible ? Le 11 janvier, la Conférence des présidents de l'Assemblée nationale a créé une mission parlementaire rassemblant des députés de tous les groupes, comportant deux rapporteurs – Jérôme Cahuzac et Pierre Méhaignerie –, afin d'établir un constat objectif et partagé sur la compétitivité de l'économie française et s'interroger sur les perspectives du financement de notre protection sociale.

Dix mois plus tard, et au terme de dizaines d'auditions, la mission parlementaire s'est arrĂŞtĂ©e sur un constat d'Ă©chec : les deux rapporteurs ne sont mĂŞme pas parvenus Ă  partager les Ă©lĂ©ments de diagnostic sur la situation Ă©conomique et sociale de notre pays. Bernard Accoyer, constatant l'inanitĂ© de la poursuite des discussions, a rendu un rapport limitĂ© aux verbatim des auditions.

Cet Ă©chec a une double portĂ©e : il tĂ©moigne d'une forme d'incapacitĂ© de nos dirigeants Ă  affronter la rĂ©alitĂ©, d'une part ; il augure mal du consensus politique fort que l'on serait en droit d'attendre dans la perspective d'une rĂ©forme ambitieuse des modes de financement de notre modèle social, d'autre part.

UNE PRIORITÉ : RESTAURER LA COMPÉTITIVITÉ DES ENTREPRISES

Le document de l'OCDE publiĂ© le 5 dĂ©cembre intitulĂ© Toujours plus d'inĂ©galitĂ©s : pourquoi les Ă©carts de revenus se creusent montre que le système français de protection sociale a plutĂ´t bien jouĂ© son rĂ´le d'amortisseur des inĂ©galitĂ©s avec un rapport, de 1985 Ă  2008, entre le niveau de vie moyen des 10 % des Français les plus riches et les 10 % les plus pauvres remarquablement stable : 8 en 1985 ; 7 en 2008.

Les transferts sociaux, financĂ©s par l'endettement public, ont largement soutenu la consommation qui a constituĂ© le moteur de la croissance française depuis un quart de siècle. Mais ce modèle atteint aujourd'hui ses limites car notre Ă©conomie bute sur trois problèmes fondamentaux : la dĂ©gradation sĂ©vère de notre compĂ©titivitĂ©, l'accroissement vertigineux de notre dette et un chĂ´mage structurel de masse.

Or, comme l'a indiqué Nicolas Baverez à la commission parlementaire, la dette ne pourra être remboursée que grâce à la richesse produite par le secteur privé, qui ne représente plus que 44 % de notre produit intérieur brut (PIB). De même, seul un secteur marchand dynamique permettra de réduire de manière significative le chômage.

S'agissant de la protection sociale, il faut souligner avant tout qu'il n'existe aucune alternative Ă  la politique de maĂ®trise des dĂ©penses sociales – lesquelles reprĂ©sentent quelque 21 % du produit intĂ©rieur brut –, non seulement parce que nous ne pouvons durablement financer la consommation par de la dette, mais aussi parce que ces dĂ©penses, en rĂ©duisant considĂ©rablement les marges de manœuvre de l'Etat rĂ©galien, affectent son bon fonctionnement.

Une réforme du financement de la protection sociale n'aura de sens que si elle s'attaque d'abord au problème de la compétitivité des entreprises.

Les nombreux travaux entrepris par l'Institut Montaigne sur ce sujet, qui prennent tous appui sur des exemples étrangers, le plus souvent européens, montrent qu'il est possible d'inverser cette tendance de fond. En effet, il n'y a pas de fatalité à l'affaissement continu de notre modèle social.

TROIS PRINCIPES POUR PRÉSERVER L'AVENIR : SOLIDARITÉ, INTERGÉNÉRATIONNEL, PÉRENNITÉ

Trois principes structurants doivent tracer le cadre d'une réforme de la protection sociale :

  • il convient tout d'abord de distinguer ce qui relève de l'assurance et ce qui relève de la solidaritĂ©. La famille, qui contribue au capital humain, relève de la solidaritĂ©, donc de l'impĂ´t. Les cotisations familiales n'ont pas vocation Ă  peser sur le coĂ»t du travail. Les retraites, elles, relèvent assurĂ©ment du contributif ; elles doivent donc ĂŞtre liĂ©es aux salaires ; de mĂŞme, les accidents du travail concernent directement les entreprises. Quant Ă  la santĂ©, son statut est plus hybride ; elle n'a pas vocation, en principe, Ă  ĂŞtre majoritairement financĂ©e par le travail ;

  • le modèle social doit refonder une solidaritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle qui joue aujourd'hui Ă  rebours pour les jeunes gĂ©nĂ©rations : alignement du taux de CSG des pensions de retraite sur le taux normal ; refonte des contrats de travail et rĂ©forme de la formation professionnelle sont des Ă©lĂ©ments importants du nouveau modèle social Ă  bâtir ;

  • de mĂŞme qu'en matière de fiscalitĂ©, il est capital de donner de la perspective Ă  la rĂ©forme : 70 % des Français estiment aujourd'hui que la rĂ©forme de 2010 ne garantit pas la retraite par rĂ©partition. A des ajustements paramĂ©triques, il faut substituer une rĂ©forme systĂ©mique qui permette lisibilitĂ© (38 rĂ©gimes co-existent aujourd'hui en France) et pĂ©rennitĂ© des mĂ©canismes.

Ces enjeux nourriront, il faut le souhaiter, la campagne présidentielle de 2012 qui doit réconcilier compétitivité et cohésion sociale.

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