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La Chine vue par les Français : menace ou opportunitĂ© ?

La Chine vue par les Français : menace ou opportunité ?

Assaillis d’informations de toutes parts, notamment sur l’Europe (Brexit), les Etats-Unis (Donald Trump), le Moyen-Orient parfois, et la France souvent (situations politique, sécuritaire, économique et sociale), les Français n’en sont pas moins en train d’intégrer le phénomène de la montée en puissance de la Chine. Le sujet s’impose depuis quelques années, au fil d’une médiatisation démultipliée. Rarement les médias auront autant parlé de la Chine, pays fascinant et inquiétant à la fois.

L’enquête réalisée par Kantar Public pour l’Institut Montaigne auprès d’un échantillon représentatif de Français sur l’image de la Chine fournit des clés supplémentaires pour comprendre le rapport très particulier qu’entretiennent les Français avec ce pays. Ce rapport est fait de paradoxes, compréhensibles pour un pays qui nourrit tant de fantasmes.

La Chine, un pays perçu comme une puissance économique influente

Le domaine qui vient naturellement à l’esprit des Français lorsque l’on évoque la Chine est l’économie : 33 % des Français y font référence spontanément, avant les questions environnementales (24 %) et l’influence de la Chine dans le monde (23 %). Les images d’une puissance montante, dotée de taux de croissance élevés et engagée dans une stratégie de conquête, semblent désormais inscrites dans l’imaginaire français. Les Français ont visiblement compris le message des autorités chinoises sur un point : la Chine n’est plus un pays en développement, elle possède une économie puissante. Elle n’est plus le pays de la contrefaçon, des produits à bas prix. Ainsi, 6 % seulement des Français évoquent la Chine industrielle, celle de la sous-traitance ou de la qualité douteuse de ses produits. L’ex-Empire du Milieu n’est plus - seulement - l’usine du monde, mais est désormais une puissance politique, économique, technologique, scientifique.

47 % des Français estiment que la Chine est "influente" en France, 13 % "très influente"

Une grande majorité des Français a conscience de l’influence de la Chine. 81 % des personnes interrogées déclarent que la Chine est influente dans le monde : 28 % jugent l’influence chinoise "très forte" et 53 % "plutôt forte". Ceci est étonnant dans le contexte français, avec une opinion publique que l’on croyait peu préoccupée par les sujets géopolitiques :47 % estiment que la Chine est "influente" en France, 13 % "très influente"

Face Ă  une Chine conquĂ©rante, le coeur des Français balance. Pour gĂ©rer les relations Ă©conomiques, celles qui comptent le plus, faut-il aborder PĂ©kin au niveau europĂ©en ou au niveau national ? 44 % estiment que le niveau national est prĂ©fĂ©rable "pour ĂŞtre plus près des intĂ©rĂŞts français" alors que 38 % estiment que l’Europe est le bon niveau. Notons qu’en 2018, le dĂ©ficit commercial Chine-UE a atteint 176 milliards d’euros en faveur de PĂ©kin (dont 30 milliards de dĂ©ficit pour la France, qui n’exporte que pour 19 milliards d’euros de marchandises vers la Chine). 

Sur cette question, une proportion non nĂ©gligeable de personnes se dĂ©clarent "sans opinion" (18 %), preuve que la dĂ©marche paneuropĂ©enne entreprise par la Commission europĂ©enne depuis 2017 Ă  l’égard de certains investissements chinois dans les infrastructures ou la technologie doit ĂŞtre davantage expliquĂ©e aux citoyens, notamment français. MĂŞme si Bruxelles clame haut et fort ses revendications en matière de respect de la propriĂ©tĂ© intellectuelle, de rĂ©ciprocitĂ© et de respect des règles internationales (OMC), le rĂ´le prĂ©pondĂ©rant de l’Union europĂ©enne en matière commerciale ne semble pas suffisamment clair. MalgrĂ© les opĂ©rations de charme conduites par PĂ©kin, y compris la visite de Xi Jinping Ă  Bruxelles en 2014, les relations Chine-UE sont jugĂ©es par 47 % comme "dĂ©sĂ©quilibrĂ©es en faveur de la Chine". Seules 14 % des personnes interrogĂ©es estiment ces relations Ă©quilibrĂ©es, et 10 % "dĂ©sĂ©quilibrĂ©es en faveur de l’UE". Un plan d’action mĂŞlant une approche nationale et europĂ©enne semble donc le plus adaptĂ© afin que les exportations europĂ©ennes vers la Chine augmentent. 

Les Français : conscients des opportunitĂ©s Ă©conomiques offertes par la Chine...

Depuis une quinzaine d’annĂ©es, les arrivĂ©es de touristes chinois se sont multipliĂ©es. Les Chinois ont ainsi Ă©tĂ© 2 millions Ă  visiter la France en 2017, un chiffre en hausse par rapport Ă  2016 (ils n’étaient alors qu’1,8 million), annĂ©e qui a subi le contrecoup des attentats terroristes en France. A l’instar des professionnels du tourisme, les Français interrogĂ©s dans notre enquĂŞte se satisfont Ă  78 % de cette contribution chinoise (53 % la jugent "plutĂ´t positive", 25 % "très positive"). Il est vrai que les touristes chinois font dĂ©sormais partie du paysage, surtout en Ile-de-France, et qu’ils sont parmi les visiteurs les plus dĂ©pensiers : 3 400 € par personne et par voyage en moyenne. 

Ă€ l’instar des professionnels du tourisme, les Français interrogĂ©s dans notre enquĂŞte se satisfont Ă  78 % de cette contribution chinoise - 53 % la jugent "plutĂ´t positive", 25 % "très positive".

Les voyages en groupes, souvent organisĂ©s par des agences chinoises, la mise en place d’espaces dĂ©diĂ©s Ă  ces visiteurs grands consommateurs de produits de luxe – on pense aux Galeries Lafayette, au Printemps, Ă  La VallĂ©e Village (Marne-la-VallĂ©e), ou aux boutiques de luxe Hermès ou Louis Vuitton Ă  Paris qui emploient de nombreux vendeurs chinois – ne semblent pas avoir provoquĂ© d’effet nĂ©gatif sur le consommateur français. Notons nĂ©anmoins que cet enthousiasme n’est pas identique suivant les rĂ©gions. En Ile-de-France, rĂ©gion que les Chinois visitent le plus (elle a accueilli 1,1 million de touristes chinois en 2017), 83,7 % des personnes jugent positivement leur contribution au secteur touristique. Dans le Sud-Ouest, oĂą plusieurs centaines de vignobles ont Ă©tĂ© acquis par des investisseurs chinois, seulement 66,3 % jugent positivement le tourisme chinois. 

… mais méfiants face aux menaces qu’elle représente

Le sujet des investissements chinois en France provoque une rĂ©action inverse Ă  celui du tourisme : 50 % des personnes interrogĂ©es en ont une perception nĂ©gative (17 % "très nĂ©gative", 33 % "plutĂ´t nĂ©gative"). Il est difficile de savoir combien d’emplois les investisseurs chinois ont rĂ©ellement créé en France. Entre les annonces tonitruantes d’ouvertures de centres de recherche, tels que le projet de l’équipementier en tĂ©lĂ©communications ZTE au Futuroscope de Poitiers qui ne s’est jamais concrĂ©tisĂ©, et de parcs industriels (Châteauroux, Lorraine…) jusqu’ici non suivies d’effets, et la rĂ©alitĂ© Ă©conomique, les Français semblent faire la part des choses.

L’ambition Ă©conomique chinoise ne fait pas de doute. A la question "Diriez-vous que la Chine constitue avant tout une menace ou une opportunitĂ© pour la France ?", les Français sont plus aptes Ă  considĂ©rer la Chine comme une menace, que ce soit sur le plan Ă©conomique – un avis partagĂ© par 43 % des Français, et en particulier les plus âgĂ©s et les sympathisants de droite – ou sur le plan technologique (par 40 %).

Les Français perçoivent leur propre pays comme dĂ©jĂ  dĂ©passĂ© dans les domaines technologique et numĂ©rique : selon 47 % des personnes interrogĂ©es, la Chine est "en avance sur la France".

Les Français perçoivent mĂŞme leur propre pays comme dĂ©jĂ  dĂ©passĂ© dans les domaines technologique et numĂ©rique : selon 47 % des personnes interrogĂ©es, la Chine est "en avance sur la France".Seuls 19 % pensent l’inverse. LĂ  encore, la rĂ©ponse neutre est forte : 29 % pensent "ni l’un, ni l’autre". On constate un Ă©cart gĂ©nĂ©rationnel important sur cette question. Ainsi, l’hypothèse d’une avance chinoise dans le domaine technologique est partagĂ©e par 55 % des moins de 35 ans ; ce chiffre grimpe mĂŞme Ă  65,2 % parmi les 18-24 ans, que l’on sait grands consommateurs de numĂ©rique. 

Il est vrai que dans le secteur numĂ©rique, on cite de plus en plus les mĂ©dias sociaux chinois WeChat (qui revendique 1 milliard d’abonnĂ©s, principalement en Chine), Weibo, Baidu ou encore Alibaba, JD et Tencent, grands groupes de commerce en ligne qui cherchent Ă  se dĂ©velopper partout en Europe. Des personnalitĂ©s chinoises comme Jack Ma (fondateur d’Alibaba), Pony Ma (patron de Tencent) ou Robin Li (co-fondateur de Baidu) commencent Ă  se faire connaĂ®tre en France. La publicitĂ© pour les marques chinoises devient visible. 

50 % des investissements mondiaux dans le secteur de l’intelligence artificielle sont effectuĂ©s en Chine. Ce pays a Ă©galement fait de la robotique l’une de ses prioritĂ©s, comme le dĂ©montre le programme "made in China 2025", qui place Ă©galement en son coeur les semi-conducteurs, la biotechnologie ou encore la voiture Ă©lectrique. Le PrĂ©sident Xi Jinping lui-mĂŞme a promis d’investir 150 milliards de dollars dans les "puces", au grand dam des Etats-Unis qui en gardent le monopole de fabrication. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’avenir s’écrira-t-il entre Chinois et AmĂ©ricains, les EuropĂ©ens restant simples spectateurs ? Les divisions intra-europĂ©ennes ne facilitent pas l’émergence d’une technologie du futur et les ingĂ©nieurs français, parmi les meilleurs d’Europe, voient une partie de leur capital national s’échapper vers d’autres continents. Pour les futurs ingĂ©nieurs français, travailler avec la Chine est peut-ĂŞtre une chance pour l’avenir.

En fin de compte, les Français appréhendent la puissance chinoise avec une prudence qui ne leur ressemble pas sur d’autres sujets. Ils peinent à qualifier les relations franco-chinoises, hésitant entre la menace et l’opportunité que représente la Chine, comme en témoigne la tendance sur de nombreuses questions à privilégier les réponses "neutres" ("ne sait pas", "ni l’un ni l’autre"). Si la Chine est moins perçue comme un adversaire (31 % des réponses) que les Etats-Unis (35 %) ou la Russie (44 %), les Français interrogés sont entre 30 et 50 % selon les domaines (diplomatique, technologique, économique) à choisir une réponse "neutre" à la question de savoir si la Chine est avant tout une opportunité ou une menace pour notre pays.

La Chine est moins perçue comme un adversaire (31 % des rĂ©ponses) que les Etats-Unis (35 %) ou la Russie ( 44 %)

Patriotes, ils veulent défendre les intérêts de leur pays en matière économique tout en bénéficiant des devises chinoises. Ils ne veulent pas pour autant négliger la relation bilatérale franco-chinoise. Face à la Chine, le poids d’une Union européenne à 28 pays-membres (ou à 27) n’est pas négligeable en matière commerciale notamment. Mais pour les Français, la relation bilatérale doit garder tout son poids, afin sans doute de ne pas insulter l’avenir.

 

Consulter les rĂ©sultats du sondage en intĂ©gralitĂ©.

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