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02/05/2019
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Japon : Reiwa, Akihito et les dĂ©fis politiques Ă  venir

Trois questions Ă  John Nilsson-Wright

Japon : Reiwa, Akihito et les défis politiques à venir
 John Nilsson-Wright
Senior Research Fellow – programme Asie-Pacifique de Chatham House

Le 1er avril dernier, le gouvernement japonais a dévoilé le nom de la nouvelle ère impériale, "Reiwa". Le fait de donner un nom aux ères impériales relève d’une tradition japonaise de longue date. Ces noms marquent, en règle générale, le passage d'un empereur à un autre et ils sont souvent utilisés pour signaler un changement de cap pour le pays. Depuis le 1er mai, "Reiwa" incarne la fin d'un règne et le début d'un autre : l'empereur Akihito a abdiqué en faveur de son fils, Naruhito. Alors que le pays traverse cette période de transformation, les émotions comme les espoirs se tournent sur l'avenir, tandis que d’autres, nombreux, pensent inévitablement au passé. John Nilsson-Wright, Senior Research Fellow pour l'Asie du Nord-Est au sein du programme Asie-Pacifique de Chatham House, décrypte les enjeux de ce passage à une nouvelle ère.

Que nous apprend le choix des deux caractères "Reiwa" sur les orientations stratégiques du Japon ?

Après l'abdication officielle, le 30 avril, de l'empereur Akihito et l’accession au trĂ´ne, le 1er mai, de son fils Naruhito, le Japon vient d’entrer dans une nouvelle ère impĂ©riale. Pour marquer cette transition, l'ère prĂ©cĂ©dente, "Heisei" (que l’on peut traduire par "Ă©tablissement, accomplissement de la paix" ou "paix en devenir") laisse la place Ă  l’ère "Reiwa" (que l’on peut traduire par "belle harmonie/paix", ou "harmonie/paix porteuse d’espĂ©rance"). Première historique, le gouvernement de Shinzo Abe a intentionnellement choisi deux idĂ©ogrammes tirĂ©s de la poĂ©sie classique japonaise, et non de la littĂ©rature chinoise comme prĂ©cĂ©demment. En affirmant avec assurance l'identitĂ© culturelle du Japon, Shinzo Abe et son entourage conservateur espèrent peut-ĂŞtre susciter une fiertĂ© renouvelĂ©e Ă  l’égard du passĂ© du pays. 

Le Japon vient d’entrer dans une nouvelle ère impériale, pour marquer cette transition, l'ère précédente, "Heisei" laisse la place à l’ère "Reiwa".

De plus, en optant pour des termes associés à l'imaginaire des saisons et de la nature, le gouvernement espère peut-être éviter toute connotation négative, militariste, et promouvoir une image du pays correspondant à l'accent mis par le gouvernement sur le multilatéralisme et sur une démarche coopérative, tant au niveau régional qu’au niveau mondial. Soucieuse de souligner son engagement en faveur d'un "ordre international fondé sur des règles", l'administration de Shinzo Abe a choisi, et on le comprend aisément, des termes qui suggèrent la coopération et la stabilité.

Quel est l'hĂ©ritage de l'empereur Akihito de l'ère Heisei ?

C’est en tant qu’empereur très populaire auprès de l’opinion publique japonaise qu’Akihito a terminĂ© son règne de trente ans. Cette popularitĂ© renvoie au soutien assidu qu’il a apportĂ© Ă  la culture pacifique du pays, caractĂ©risant la pĂ©riode politique de l’après-guerre : on pense Ă  ses vĹ“ux du nouvel an, lors desquels il soulignait l'importance d'Ă©viter tout conflit, ou Ă  ses frĂ©quents dĂ©placements (au Japon et Ă  l'Ă©tranger) sur les anciens champs de bataille pour cĂ©lĂ©brer la mĂ©moire des combattants, tant Ă©trangers que japonais, des conflits d'avant 1945. LibĂ©rĂ© du passif laissĂ© par son père Hirohito, dont l’association avec le rĂ©gime militariste d’avant-guerre avait terni la rĂ©putation, Akihito a Ă©tĂ© perçu par de nombreux progressistes japonais comme l'incarnation des valeurs dĂ©mocratiques et libĂ©rales du Japon d'après-guerre.

Pourtant, l'institution impériale (par opposition à Akihito en tant qu’individu) reste une source de contestation politique : les écrivains et les hommes politiques conservateurs mettent l’accent sur ses racines historiques profondes (il s’agit de la plus ancienne monarchie du monde puisqu’elle remonte au VIIe siècle avant J.-C.), et voient dans les traditions découlant du shintoïsme d'État un moyen de renforcer une forme plus ferme de politiques identitaires.

L'institution impĂ©riale reste une source de contestation politique : les Ă©crivains et les hommes politiques conservateurs mettent l’accent sur ses racines historiques profondes.

L'administration de Shinzo Abe s'étant apparemment engagée dans une politique d’encouragement de la fierté nationale, que ce soit par le biais d'une révision constitutionnelle ou par le biais de réformes de l’éducation conservatrices d’un point de vue culturel, l’on ne saurait dire si, à l’avenir, des efforts seront faits pour faire du système impérial un vecteur de renaissance patriotique. Toute mesure allant dans ce sens serait extrêmement controversée. Il est probable que le nouvel empereur Naruhito reste fidèle à la posture dépolitisée de son père, tout en incarnant parfaitement cet équilibre entre valeurs traditionnelles et modernes, caractéristique de l'ère Heisei.

Alors que s’ouvre l’ère Reiwa, quels sont les principaux dĂ©fis auxquels le Japon doit faire face ?

Ces dĂ©fis sont familiers : maintenir la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique, compenser le dĂ©clin dĂ©mographique rapide et adapter la politique Ă©trangère et de sĂ©curitĂ© Ă  un environnement mondial et rĂ©gional toujours plus instable. Alors que le pays connaĂ®t une longue pĂ©riode de croissance Ă©conomique, la croissance elle-mĂŞme est très modeste, aux alentours de 1 %, et le Japon n'est pas encore parvenu Ă  s’échapper du piège de la dĂ©flation persistante ou de la stagnation des salaires. La faible productivitĂ© de certains secteurs clĂ©s de l’économie japonaise demeure un problème, tout comme la nĂ©cessitĂ© de contrer la croissance relative des Ă©conomies rivales (en particulier la Chine et l'Inde), et la montĂ©e du protectionnisme commercial, s’agissant particulièrement de l’approche explicitement transactionnelle des États-Unis en la matière. La volontĂ©, exprimĂ©e par Shinzo Abe, d'ouvrir partiellement le pays Ă  une immigration supplĂ©mentaire de 340 000 personnes au cours des cinq prochaines annĂ©es pourrait ĂŞtre l’un des remèdes aux pĂ©nuries chroniques de main-d'Ĺ“uvre, mais cette volontĂ© risque de stimuler des remous populistes au sein de la sociĂ©tĂ© japonaise. En matière de politique Ă©trangère, l'approche plus proactive et minilatĂ©rale du pays, qui implique une sĂ©rie de nouveaux partenariats de sĂ©curitĂ© dans l'Indo-Pacifique et au-delĂ , peut apparaĂ®tre pertinente. NĂ©anmoins, cette approche risque d’être affaiblie par des contraintes de capacitĂ©, l’apprĂ©hension de l’opinion face au risque, pour le Japon, d'ĂŞtre entraĂ®nĂ© par inadvertance dans de nouveaux conflits et le dĂ©fi consistant Ă  travailler efficacement avec le principal partenaire du pays, les États-Unis.

 

Copyright : JIJI PRESS / AFP

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