AccueilExpressions par MontaigneIl faut mettre fin Ă la destruction de notre Ă©cosystème entrepreneurialLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne RĂ©gulation23/02/2011ImprimerPARTAGERIl faut mettre fin Ă la destruction de notre Ă©cosystème entrepreneurialAuteur Institut Montaigne Tribune d'Arnaud Vaissié (1) parue dans Les Echos du 18/02/2011.En novembre dernier, le président de la République annonçait le lancement d'un vaste débat sur la fiscalité en France avec pour lignes directrices la suppression du bouclier fiscal et de l'impôt sur la fortune. Or cette semaine, la majorité a clairement fait savoir qu'elle souhaitait plutôt aménager à la marge l'ISF. Sous couvert de ne pas prendre de "risques politiques inutiles", on prend celui de voir se dégrader davantage encore la compétitivité économique de notre pays.Contrairement aux idĂ©es reçues, la France a vu Ă©clore de très nombreux succès Ă©conomiques ces dernières annĂ©es, portĂ©s par de vĂ©ritables "serial entrepreneurs". Or ces derniers font très souvent le choix de quitter notre pays. La raison de cette hĂ©morragie tient en trois lettres : ISF. Pour beaucoup de ses assujettis, l'ISF est devenu une "Incitation Ă Sortir de France". Le sujet est vital puisqu'il touche Ă la compĂ©titivitĂ© mĂŞme de la France dont la balance commerciale est en dĂ©ficit constant depuis 2004, passant de + 2,3 milliards d'euros en 2003 Ă - 51,4 milliards d'euros en 2010. Ajoutons que le nombre d'entreprises de taille intermĂ©diaire (ETI), comprenant de 250 Ă 5.000 salariĂ©s, ne cesse de diminuer (4.195 en 2009 contre 4.507 un an plus tĂ´t), alors qu'il augmente en Allemagne ou au Royaume-Uni.A partir du moment oĂą un entrepreneur vend son entreprise, les parts qu'il y dĂ©tient sont soumises Ă l'ISF. Dans ce contexte, la tentation peut ĂŞtre grande d'avoir passĂ© la frontière pour revendre ses actions, une fois Ă l'abri dans un Ă©cosystème plus favorable - l'ISF, on le sait, Ă©tant une spĂ©cificitĂ© française. Personne ne peut ni ne veut vraiment lever le voile sur la prĂ©sence de plus en plus importante d'entrepreneurs français Ă Londres, Ă Bruxelles, au Luxembourg ou en Suisse, alors que c'est un phĂ©nomène qui a pris une importance considĂ©rable au plus grand profit de nos voisins.Dans un contexte de plus en plus ouvert et concurrentiel, conserver dans notre pays les meilleurs entrepreneurs, ceux qui crĂ©ent richesses et emplois, est un enjeu crucial. Se priver de nos acteurs les plus accoutumĂ©s Ă la gestion du risque, les plus Ă mĂŞme de prendre des paris sur l'avenir, c'est priver nos universitĂ©s et notre jeunesse d'un savoir-faire, d'une capacitĂ© d'Ă©coute et de financement que nul ne pourra remplacer ! Les Ă©tudes montrent qu'une telle activitĂ©, portĂ©e par des rĂ©seaux de "business angels", eux-mĂŞmes souvent entrepreneurs ayant rĂ©ussi, n'est pas rentable pour des acteurs institutionnels...Depuis le seuil des annĂ©es 1980, la France a Ă©chouĂ© Ă dĂ©velopper un Ă©cosystème puissant de crĂ©ation d'entreprises. Beaucoup de ceux qui ont rĂ©ussi sont partis. Et il ne faut pas croire Ă leur retour, car ils se sont sĂ©dentarisĂ©s dans leur pays d'accueil et portent souvent un regard critique sur notre pays. On sait en outre que le portefeuille d'actions et participations des EuropĂ©ens est investi aux deux tiers dans des valeurs de leur pays de rĂ©sidence.Depuis 2007, le gouvernement a fait le choix d'amĂ©nager l'ISF jusqu'Ă le rendre inopĂ©rant, notamment Ă travers le bouclier fiscal. Comme le rappelait dĂ©jĂ l'Institut Montaigne dans une note en 2007, ce choix "contribue nĂ©anmoins Ă construire une "usine Ă gaz" autour de l'ISF, c'estĂ -dire Ă en augmenter la complexitĂ© et Ă multiplier les possibilitĂ©s d'Ă©vasion. Il prive Ă©galement du signal fort que constituerait la suppression de l'ISF vis-Ă -vis des expatriĂ©s fiscaux ou de ceux qui y songent".Pour empĂŞcher le dĂ©part de nos crĂ©ateurs d'entreprise les plus fĂ©conds, nous proposons de supprimer cette imposition en la remplaçant par un impĂ´t accru sur les plus-values et sur les montants des droits de succession, ou bien encore une contribution lors d'un achat immobilier pour les acquĂ©reurs non rĂ©sidents, comme c'est le cas Ă New York par exemple.Pourra-t-on plaider durant la campagne prĂ©sidentielle en faveur de la nĂ©cessitĂ© de conserver nos entrepreneurs qui sont les clefs de la restauration de la compĂ©titivitĂ© de la France ? Un sujet si important pour l'avenir de notre pays pourra-t-il faire l'objet d'un consensus dĂ©mocratique ? Cette question, qui dĂ©passe de loin l'enjeu de l'ISF, a dĂ©jĂ Ă©tĂ© tranchĂ©e dans de nombreux pays voisins, amis et concurrents de la France. Qu'attendons-nous ?(1) Arnaud VaissiĂ© est le prĂ©sident cofondateur d'International SOS, prĂ©sident de la chambre de commerce française de Grande-Bretagne, ainsi que le cofondateur du Cercle d'outre-Manche Ă Londres. Il dirige le groupe de travail de l'Institut Montaigne sur la crĂ©ation d'entreprise.ImprimerPARTAGER