AccueilExpressions par Montaigne"Il faut aligner les règles de retraite du public sur le privĂ©"La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique26/02/2016ImprimerPARTAGER"Il faut aligner les règles de retraite du public sur le privĂ©"Auteur Institut Montaigne Interview de Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne parue dans Toutsurmesfinances.com, le 26 février 2016L'Institut Montaigne a publié le 17 février 2016 une note appelant à une nouvelle réforme des retraites. Parmi les mesures proposées, Laurent Bigorgne, le directeur du "think tank" d'obédience libérale, prône un alignement des règles de calcul des pensions du secteur public sur celles du secteur privé, y compris pour les fonctionnaires aujourd'hui en poste.Toutsurmesfinances.com : Dans votre note parue le 17 fĂ©vrier 2016, vous militez pour l'adoption rapide d'une loi sur les retraites. Pourquoi une telle urgence alors que la dernière rĂ©forme date de 2014 ?Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne : Selon le rapport du Conseil d'orientation des retraites publiĂ© en juin 2015, le dĂ©ficit des rĂ©gimes devrait, selon les scĂ©narios retenus, reprĂ©senter chaque annĂ©e entre 0,7% et 0,9% du PIB (produit intĂ©rieur brut, NDLR) d'ici Ă 2040. Ce pourcentage peut paraĂ®tre faible. En rĂ©alitĂ©, les sommes en jeu sont considĂ©rables si l'on mesure qu'un point de PIB reprĂ©sente 20 milliards d'euros. Ce dĂ©ficit constitue une dette qui s'accumule sur les gĂ©nĂ©rations Ă venir sans financer, en retour, un investissement ou un actif. C'est pourquoi il faut agir vite.Les rĂ©formes des retraites passĂ©es n'ont-elles servi Ă rien ?Au cours des 20 dernières annĂ©es, il y a eu six rĂ©formes des retraites. Elles ont eu des effets très importants, notamment celles de 1993 et de 2010. On peut dire qu'elles ont permis de rĂ©soudre environ les deux tiers du problème Ă long terme. Toutefois, certaines mesures de ces rĂ©formes sont allĂ©es en sens inverse et pèsent sur les finances sociales. Au total, la question du financement Ă long terme des rĂ©gimes obligatoires de retraite français par rĂ©partition n'est pas complètement rĂ©glĂ©e. Il s'agit d'un enjeu important en vue du dĂ©bat pour les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2017.Vous ne semblez pas forcĂ©ment favorable Ă une rĂ©forme "systĂ©mique" que certains appellent de leurs vĹ“ux. Pour quelles raisons ?Instaurer un rĂ©gime unique en points ou en comptes notionnels a des avantages indĂ©niables, notamment en termes de lisibilitĂ©. Mais en soi ceci ne règle rien quant Ă l'Ă©quilibre des rĂ©gimes. Sa mise en place pourrait mĂŞme s'avĂ©rer coĂ»teuse si elle est mal calibrĂ©e ou si on veut compenser des situations de "perdants" qui ne manqueront pas d'apparaĂ®tre. En outre, un tel projet d'envergure prendra, dans tous les cas, du temps. On ne peut donc pas se permettre de tout renvoyer Ă une rĂ©forme systĂ©mique. Il faut agir sur les paramètres sans attendre, mĂŞme si cela n'exclut pas une rĂ©flexion systĂ©mique Ă plus long terme.Vous prĂ©conisez de reculer Ă la fois l'âge de dĂ©part et d'augmenter la durĂ©e de cotisation. Ne serait-ce pas doublement pĂ©nalisant pour les assurĂ©s ?Au contraire, cela permettrait de rĂ©partir l'effort Ă fournir. En dĂ©calant l'âge de la retraite Ă 63 ans et en accĂ©lĂ©rant l'augmentation Ă 43 ans de la durĂ©e d'assurance, on peut rééquilibrer les rĂ©gimes Ă la fin du prochain quinquennat ou peu après. Les paramètres devront ensuite continuer d'Ă©voluer en fonction des gains d'espĂ©rance de vie pour maintenir l'Ă©quilibre. Enfin, le niveau de revalorisation des pensions doit aussi ĂŞtre utilisĂ© comme levier, et notamment prendre en compte la situation Ă©conomique qui pèse aussi sur le financement des rĂ©gimes.Vous souhaitez un alignement total des règles de calcul des pensions du public sur celles du privĂ©, y compris pour les fonctionnaires actuellement en poste. Est-ce qu'une telle bascule est techniquement rĂ©alisable ?La faisabilitĂ© technique d'une telle rĂ©forme suppose qu'on ait gardĂ© un relevĂ© des carrières pour les fonctionnaires en poste, ce qui paraĂ®t une hypothèse raisonnable. Quant Ă la faisabilitĂ© politique, elle suppose bien sĂ»r une annonce claire au cours du dĂ©bat de 2017. Appliquer les nouvelles règles uniquement aux nouveaux recrutements serait dĂ©jĂ un progrès, mais cela conduit Ă lisser les effets de la rĂ©forme sur plus de 60 ans ! Il faut aller plus vite et appliquer d'emblĂ©e les nouvelles règles aux fonctionnaires en poste Ă condition qu'ils soient situĂ©s suffisamment loin de l'âge de la retraite. Nous proposons 7 ans, mais c'est un point de dĂ©bat possible.Pour aller plus loin :DĂ©couvrez la Note dans son intĂ©gralitĂ© : Retraites : pour une rĂ©forme durableLire l'article "RĂ©forme des retraites : l'efficacitĂ© doit primer, selon l'Institut Montaigne", paru dans Les Echos, le 17 fĂ©vrier 2016ImprimerPARTAGER