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Habitat sobre en Ă©nergie : comment enclencher le moteur de la rĂ©novation ?

Habitat sobre en énergie : comment enclencher le moteur de la rénovation ?
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Retrouvez sur l'Usine Nouvelle la tribune de Yannick Pérez, Professeur Associé à Supélec et Maître de Conférences en Sciences Economiques Université Paris-Sud 11 et Vincent Rious, Economiste chez Microeconomix. Tous deux sont rapporteurs du groupe de travail "efficacité énergétique" de l’Institut Montaigne.

Des mesures pour accroître l’efficacité énergétique de l’habitat seront bientôt annoncées. Mais le débat actuel laisse craindre l’adoption d’une panoplie d’actions publiques peu articulées, coûteuses et peu efficaces.

Rendre l’habitat moins consommateur d’Ă©nergie est un impĂ©ratif. Le bâtiment, oĂą domine l’habitat, consomme 44 % de l’Ă©nergie en France. Il est fortement Ă©metteur de CO2 quand l’Europe impose 20 % d’Ă©conomies d’Ă©nergie d’ici 2020. Pour de bons rĂ©sultats, il faut une dĂ©marche systĂ©mique, avec des prioritĂ©s et de bons leviers.

L’essentiel du parc immobilier français (32 millions de logements) sera toujours prĂ©sent dans 20 ans. La prioritĂ© doit donc porter sur la rĂ©novation des bâtiments, surtout des plus anciens et de l’habitat privĂ©, le logement social Ă©tant dĂ©jĂ  le bon Ă©lève de l’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique.

On compte de nombreuses incitations aux travaux financĂ©es par l’Etat Ă  travers les Ă©co-prĂŞts Ă  taux zĂ©ro, les crĂ©dits d’impĂ´ts, les financements de l’Agence de l'environnement et de la maĂ®trise de l'Ă©nergie, ceux de l’Agence nationale de l’habitat, les certificats d’Ă©conomies d’Ă©nergie et les diagnostics de performance Ă©nergĂ©tique. Mais l’investissement reste insuffisant. Mettre davantage d’argent public sera difficile. Il faudra donc cibler et Ă©valuer systĂ©matiquement les mesures.

Un ciblage pertinent demande des objectifs chiffrĂ©s, adaptĂ©s aux catĂ©gories de logements. Trois actions conjointes prioritaires sont Ă  rechercher : la gestion active de l’Ă©nergie (comme le pilotage automatisĂ© des Ă©nergies d’un bâtiment), l’isolation des combles et l’installation de systèmes de chauffage Ă  très basse tempĂ©rature ou Ă  condensation. L’habitat Ă©nergĂ©tiquement prĂ©caire, surtout occupĂ© par des propriĂ©taires de maisons individuelles en zone rurale, doit ĂŞtre mieux dĂ©tectĂ© au niveau local.

Il faudra surtout mettre en place les bonnes incitations pour que les acteurs concernĂ©s - financeurs, propriĂ©taires, locataires, artisans et filières Ă©nergĂ©tiques - s’engagent d’eux-mĂŞmes dans une dynamique profitable Ă  tous. Pour cela, cinq leviers sont Ă  mobiliser simultanĂ©ment : rendre l’investissement dans l’efficacitĂ© plus rentable, mieux concilier les intĂ©rĂŞts des propriĂ©taires et des locataires, amĂ©liorer les compĂ©tences techniques pour assurer un bon suivi et une bonne Ă©valuation des travaux, garantir des financements suffisants et enfin valoriser le patrimoine sobre en Ă©nergie.

Le parc immobilier français est dispersĂ© et hĂ©tĂ©rogène. Sa structure d’occupation est diverse : locataires privĂ©s ou sociaux, propriĂ©taires pauvres ou aisĂ©s, individuels ou collectifs. RĂ©nover une maison ou un logement coĂ»te cher (15 000 € en moyenne) et les gains sont incertains. Ainsi, si le propriĂ©taire loue son logement, c’est le locataire qui fait les Ă©conomies.

Les investissements seront plus rentables si les prix de l’Ă©nergie payĂ©s par les consommateurs correspondent Ă  leurs coĂ»ts rĂ©els. Or ces prix sont 25 % moins Ă©levĂ©s que les coĂ»ts. Les moyens dĂ©gagĂ©s par des factures plus rĂ©alistes pourraient alimenter les financements publics de la rĂ©novation. Le système de bonus-malus de la proposition de loi Brottes sera coĂ»teux Ă  administrer et apportera peu d’Ă©conomies d’Ă©nergie. Il continue d’isoler le consommateur de la valeur rĂ©elle des Ă©nergies. Il serait plutĂ´t souhaitable d’organiser une transition vers des prix de marchĂ©, seuls Ă  mĂŞme de rĂ©ellement rĂ©guler la consommation.

Pour mobiliser les propriétaires on peut davantage faire participer les locataires aux frais de rénovation tout en leur assurant une baisse de charges effective.

Enfin, la filière des travaux Ă©nergĂ©tiques, dispersĂ©e en une myriade d’acteurs, doit mieux se structurer et gagner en qualitĂ© pour accĂ©lĂ©rer l’adoption de nouvelles technologies et leur dĂ©ploiement Ă  grande Ă©chelle. La crĂ©ation de formations spĂ©cifiques, adossĂ©es aux formations existantes allant des CAP aux Masters, la structurerait Ă  long terme. Les aides publiques ne devraient ĂŞtre accordĂ©es qu’aux seuls professionnels certifiĂ©s, capables de faire les bons diagnostics et les bonnes recommandations, encadrĂ©s par des audits des travaux ex-post. A ce titre, l’actuelle plĂ©thore de labels devrait laisser la place Ă  un label unique.

Tags : Environnement, DĂ©veloppement durable, MatĂ©riaux, BTP - ElĂ©ments de construction, Energie

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