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Green Deal, un nouvel Ă©lan - Prix du carbone : la clĂ© pour transformer l’économie

Green Deal, un nouvel élan - Prix du carbone : la clé pour transformer l’économie
 Christian Gollier
Auteur
Directeur général de la Toulouse School of Economics
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notre sĂ©rie 
Green Deal, un nouvel élan

Pour verdir nos économies à la vitesse nécessaire pour affronter nos responsabilités envers les générations futures, une vigoureuse réallocation du capital est nécessaire dans nos économies. Plutôt que de piloter cela par des plans nationaux administrés par les États, Christian Gollier, Directeur général de Toulouse School of Economics propose de fixer un prix unique du carbone en Europe, élevé et croissant dans le temps, complétant un plan massif de soutien à la R&D verte.

L’Europe s’est fixé l’ambitieux objectif d’être neutre en carbone d’ici trois décennies. Personne ne peut dire aujourd’hui à quoi ressemblera notre économie dans un tel contexte. Ce qui ne fait pas de doute c’est que, pour y arriver, il faudra entreprendre de profondes transformations de notre mode de vie, ainsi que de la structure du capital dans l’économie (industrie, infrastructures, logement, transport). En 2018, la Commission européenne a estimé qu’entre 175 et 290 milliards d’euros d’investissements supplémentaires seraient nécessaires chaque année en Europe entre 2030 et 2050 pour y parvenir. Même si le secteur public devra réaliser de nombreux investissements, l’essentiel de cette charge, qui obérera le pouvoir d’achat des ménages, sera porté par le secteur privé, et transféré aux ménages par une hausse des prix relatifs des biens et services les plus énergivores. Sauf émergence d’un miracle technologique et scientifique qui permettrait de produire les énergies renouvelables à un coût moindre que les énergies fossiles, ces sacrifices en faveur des générations futures sont inéluctables. La meilleure politique climatique consiste donc à réorienter l’allocation du capital dans nos économies en faveur des technologies décarbonées, et ce grâce à un signal-prix du carbone croissant dans le temps, et à un niveau compatible avec les ambitieux objectifs affichés par l’UE dans ce domaine.

Réformer le marché EU-ETS

Comment orchestrer cette transition de façon efficace, c’est-Ă -dire au moindre coĂ»t pour les citoyens europĂ©ens ? Observons avant tout que l’Europe constitue le bon niveau pour gĂ©rer cet enjeu clĂ© pour notre prospĂ©ritĂ© et pour ce bien commun mondial qu’est le climat. Il serait catastrophique de se lancer dans une course au moins-disant climatique ou Ă  l’échalote du champion national vert, comme on a pu le faire par exemple dans le secteur photovoltaĂŻque ou de l’hydrogène. 

Il existe une myriade de projets verts sur le continent, mais ils restent non rentables par rapport à leurs concurrents carbonés.

Notons ensuite que la taille du plan de relance européen laisse penser que seuls les États devraient réaliser ces investissements, peut-être à travers des plans sectoriels d’investissement pilotés et financés par les États. Cela suggère que les politiciens européens se fondent sur l’hypothèse que si la transition écologique est si lente à se produire, c’est que les entrepreneurs verts subissent un rationnement du crédit. Cette hypothèse est bien sûr infondée. Les niveaux des taux d’intérêt en Europe et des liquidités sur les marchés financiers suggèrent une hypothèse de toute autre nature.

La rĂ©alitĂ© c’est qu’il existe une myriade de projets verts sur le continent, mais ils restent non rentables par rapport Ă  leurs concurrents carbonĂ©s. La politique climatique europĂ©enne ne doit pas rĂ©gler un problème de rationnement du capital qu’affronteraient les secteurs verts. Elle doit traiter un problème de manque de compĂ©titivitĂ© de ces secteurs, pour cause de non prise en compte des externalitĂ©s climatiques que les autres secteurs nous imposent. C’est vrai pour l’éolien et le solaire (sans les subventions par les tarifs garantis subventionnĂ©s sur 20 ans), comme pour le transport (voiture Ă©lectrique, transport ferroviaire dans les pays oĂą l’électricitĂ© est dĂ©carbonĂ©e) ou le logement. C’est pourquoi l’Europe devrait commencer par imposer un prix europĂ©en du carbone pour toutes les Ă©missions de l’Union, qu’elles Ă©manent du territoire (par le mĂ©canisme ETS) ou d’ailleurs (par un ajustement carbone aux frontières). L’Union europĂ©enne est bien mieux placĂ©e que chacun de ses membres pour mettre en Ĺ“uvre cette application du principe pollueur-payeur. Le marchĂ© de permis ETS doit ĂŞtre largement rĂ©formĂ© en le gĂ©nĂ©ralisant Ă  l’ensemble des secteurs ainsi qu’aux importateurs (ajustement frontière), en ne souffrant de plus aucune exemption, en supprimant la distribution de permis gratuits, en imposant un prix-plancher croissant dans le temps, et en redistribuant le "revenu-carbone" aux citoyens pour en faire un instrument de rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s

L’objectif de 2°C ne nous laisse plus au niveau mondial qu’un budget carbone de 600 GtCO2. Ă€ cette contrainte est associĂ©e une valeur du carbone qui doit croĂ®tre dans le temps. Cette valeur est dĂ©finie de telle manière que si toutes les actions qui ont un coĂ»t infĂ©rieur Ă  cette valeur sont mises en Ĺ“uvre, alors le budget carbone sera respectĂ©, et nous ne franchirons pas la barre des 2°C. Si on impose un prix unique du carbone Ă©gal Ă  cette valeur, on est en principe capable de dĂ©centraliser cette allocation efficace des efforts climatiques dans notre système Ă©conomique libĂ©ral. Ce prix devrait ĂŞtre un peu infĂ©rieur Ă  100 euros par tCO2 aujourd’hui, et croĂ®tre Ă  4-5 % par an.

Comment rĂ©orienter le capital pour rĂ©ussir la transition Ă©nergĂ©tique ?

L’opinion publique est plutĂ´t favorable Ă  des politiques d’interdiction et de coercition dans les investissements privĂ©s, par exemple dans le secteur du logement (obligation de rĂ©novation thermique, interdiction d’installation de chaudières au gaz), du transport (interdiction des moteurs Ă  combustion d’ici 15 ans), ou de l’électricitĂ© (interdiction d’investissement d’infrastructures gazières, fermeture de centrales). Au niveau des mĂ©nages, pour justifier de telles politiques, on peut invoquer l’argument paternaliste fondĂ© sur le manque de comprĂ©hension des consĂ©quences de la hausse future du prix du carbone sur leur budget. Pour les industriels, ceci est impensable. DĂ©jĂ  aujourd’hui, Ă  un prix de la tCO2 au-dessus de 35 euros, il est information commune que le charbon est dominĂ© par le gaz naturel en Europe pour produire de l’électricitĂ©. L’injustifiable politique allemande d’une sortie du charbon en 2038 devient obsolète puisque les marchĂ©s vont rĂ©gler le problème d’eux-mĂŞmes. Les États se doivent de gĂ©rer cette transition socialement très coĂ»teuse dans les bassins miniers, par des politiques appropriĂ©es de reconversion des emplois, avec un mĂ©canisme de solidaritĂ© supranational (Fonds de Transition Juste). 

Le même schéma se reproduit pour le gaz naturel. Faut-il prévoir une interdiction d’investissements nouveaux à une date prédéterminée ? Dans un contexte d’impossibilité de stocker l’électricité, le gaz naturel va être encore un certain temps l’énergie fossile d’appoint pilotable en cas d’absence de vent et de soleil. Intégrons dans l’évolution du prix du carbone l’incertitude sur l’émergence de ces technologies de stockage de masse de l’électricité, et laissons les industriels gérer librement ce risque industriel.

On est en principe capable de décentraliser cette allocation efficace des efforts climatiques dans notre système économique libéral.

Personne ne peut dire aujourd’hui Ă  quelle date il serait dĂ©sirable pour l’Europe de sortir du gaz naturel. LĂ©gifĂ©rer sur une date butoir a priori serait largement plus inefficace que de laisser les acteurs de l’électricitĂ© gĂ©rer ce risque. Ă€ charge pour les investisseurs de l’endosser en connaissance de cause. Le contrat doit ĂŞtre clair : une pĂ©nalisation des Ă©missions par un prix du carbone croissant dans le temps contre la libertĂ© d’entreprendre et l’interdiction pour les États de venir au secours des entreprises ayant fait des investissements hasardeux

Les plans de relance doivent rester centrĂ©s sur leur unique objectif : sauver les entreprises et les emplois du choc transitoire de la pandĂ©mie, et lisser ce choc dans le temps par une stratĂ©gie commune d’endettement. Cela passe par le sauvetage des secteurs les plus polluants aussi. Par contre, l’idĂ©al serait de combiner ces plans avec l’annonce de l’universalisation du prix-plancher du carbone et de son taux de croissance dans le temps, de manière Ă  ce que le capital soit rĂ©orientĂ© vers des technologies moins Ă©mettrices de CO2. Le secteur public affrontera lui aussi un mur de dĂ©penses, Ă  la fois pour verdir nos infrastructures publiques (Ă©coles, administrations) et nos transports publics, mais aussi pour soutenir les efforts de recherche fondamentale et appliquĂ©e pour produire les innovations indispensables Ă  la rĂ©alisation de nos objectifs climatiques. Les investissements publics dans ce secteur doivent faire l’objet d’une Ă©valuation socioĂ©conomique sĂ©rieuse, pour vĂ©rifier que seules les actions qui ont un coĂ»t par tonne de CO2 Ă©vitĂ©e infĂ©rieur Ă  la valeur carbone soit mises en Ĺ“uvre. 

Un plan massif de subvention Ă  la R&D verte a l’important avantage de faire bouger l’ensemble des acteurs dans le monde si les innovations qu’elle engendre permettent aux technologies vertes de concurrencer les technologies brunes, mĂŞme en l’absence d’une volontĂ© politique locale pour lutter contre le changement climatique. 

Conclusion

Il existe un réel consensus franco-allemand sur la nécessité de piloter la transition énergétique par le signal-prix du système ETS, combiné avec quelques politiques européennes bien ciblées, comme des plans de R&D dans les verrous actuels du stockage de l’électricité et de la mobilité. Alors que le changement climatique est utilisé par certains pour tenter d’abattre notre système d’économie de marchés, on se refait la guerre froide pour comparer les mérites relatifs de ce système avec le système d’économie planifiée. Bien que le changement climatique engendre un danger mortel pour notre civilisation, il ne nécessite que l’adjonction d’un seul instrument, celui d’un prix du carbone, certes utilisé intensément. Il a en effet le mérite d’aligner la myriade d’intérêts privés sur l’intérêt général en mettant une valeur sur ce qui nous est cher, notre environnement.

 

Copyright : TOBIAS SCHWARZ / AFP

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