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04/09/2017
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Gouverner par temps d’impatience

Gouverner par temps d’impatience
 Marc Lazar
Auteur
Expert Associé - Démocratie et Populisme, Italie

 

Depuis, le XXème siècle, la cadence du débat démocratique s'est progressivement accélérée. Aujourd'hui, Emmanuel Macron semble devoir faire face à un peuple de plus en plus pressant vis à vis des réformes et de l'action étatique. Marc Lazar, Professeur d'Histoire et de Sociologie politique à Sciences Po et Président de la School of government de la Luiss à Rome revient sur ce nouveau défi qui attend le président de la République.

Dans son long entretien au Point, le PrĂ©sident Macron l’a dit clairement : "Je n’oublie pas les circonstances dans lesquelles j’ai Ă©tĂ© Ă©lu. La brĂ»lure de l’attente, de la colère, du populisme, je l’ai lĂ " et, joignant le geste Ă  la parole, il touche sa nuque prĂ©cisent les journalistes qui l’interrogent. Et le prĂ©sident y revient : "Je vais devoir vivre pendant des mois avec l’impatience du peuple". Le constat est lucide. Mais le prĂ©sident commet une erreur. Ce n’est pas pendant des mois qu’il sentira "l’impatience du peuple", mais tout au long du quinquennat. Voire pendant le second, si jamais il y en a un. Car "l’impatience du peuple" est devenue dĂ©sormais le quotidien de nos dĂ©mocraties et conditionne l’exercice des responsabilitĂ©s. Emmanuel Macron expĂ©rimente ce que d’autres ont dĂ©jĂ  vĂ©cu, encore plus fortement dans son cas puisqu’il avait annoncĂ© durant sa campagne et qui l’a rĂ©pĂ©tĂ© dans ce mĂŞme entretien : il entend promulguer une rĂ©volution. Ce qui ne peut qu’exacerber les antagonismes.

Que s’est-il donc passĂ© dans nos dĂ©mocraties ? Depuis la fin du XIXème siècle et tout au long d’une grande partie du XXème siècle, elles fonctionnaient selon des principes relativement simples. Des Ă©lections, progressivement organisĂ©es au suffrage universel, dĂ©signaient un Parlement qui prenait le temps d’examiner les questions Ă  l’agenda politique, puis l’exĂ©cutif appliquait les lois. Tout ne se passait pas bien sĂ»r si aisĂ©ment et dans un climat irĂ©nique. Surtout en France. La presse Ă©crite puis radiophonique mettait sous pression les gouvernements et les parlementaires. Des crises pouvaient survenir avec des grèves et des manifestations qui dĂ©stabilisaient le système politique. Ainsi, sous la Vème RĂ©publique, en mai 1968 dont on cĂ©lĂ©brera l’an prochain le 50ème anniversaire. Or les Ă©vĂ©nements de ce mois-lĂ  furent justement conclus d’un point de vue strictement politique par les Ă©lections des 23 et 30 juin qui donnèrent une majoritĂ© absolue au gĂ©nĂ©ral de Gaulle, qui obtint de la sorte un sursis d’un an avant de quitter le pouvoir.

Mais une formidable accélération de la temporalité politique s’est produite. Pour plusieurs raisons. La place croissante prise par les médias, presse, radio et surtout la télévision. Et maintenant, internet et les réseaux sociaux. Une démocratie immédiate s’est mise en place qui interpelle continûment les responsables politiques, exigeant d’eux des solutions instantanées à leurs problèmes. Encore plus dans une période marquée par le chômage, le creusement des inégalités, la généralisation de la précarité, les mutations rapides du travail, la globalisation, une européanisation mal comprise, l’afflux de masses de migrants et le terrorisme islamiste. Et dans un contexte où une partie de la population ne se sent plus en phase avec ses dirigeants et doute de tout, y compris des autorités scientifiques et médicales comme en atteste le débat sur "l'utilité" des vaccins. Le scepticisme est de mise par rapport à toute parole venue "d'en haut".

Les leaders et les mouvements populistes prospèrent sur ce terreau. Ils proposent un ensemble assez primitif de croyances simples et efficaces, qui forme système, apte Ă  donner des rĂ©ponses claires aux propres questions que ne cessent de poser ceux qui, justement, Ă©laborent ce mĂŞme système : Pourquoi cela ne fonctionne pas ? Qui est coupable de ces dysfonctionnements, de ces malheurs de toute nature et de cette dĂ©tresse ? Quelles solutions peut-on immĂ©diatement apporter ? Les rĂ©ponses sont alors Ă©videntes, fondĂ©es sur un raisonnement dichotomique : peuple ou caste, nous ou eux, pour ou contre, bien ou mal, oui ou non. Pour les populistes, il n’existe donc pas de questions compliquĂ©es, mais uniquement des solutions simples, faciles Ă  mettre en Ĺ“uvre. A cet Ă©gard, leur temporalitĂ© est bien celle de l’immĂ©diatetĂ© et leur rĂ©gime d’historicitĂ© celui du "prĂ©sentisme". Ils achèvent d’anĂ©antir l’art de la politique et du gouvernement classiquement fondĂ© sur les temps de l’observation, de la rĂ©flexion, de la mĂ©diation, de la dĂ©libĂ©ration, enfin de l’action. Contre la politique officielle, devenue souvent affaire de technique fondĂ©e sur la froide et rationnelle expertise, les populistes excitent les passions, ce qui se traduit dans leur langage, alors que la dĂ©mocratie libĂ©rale et reprĂ©sentative cherche Ă  les assĂ©cher afin de faire triompher la raison. Ils amplifient donc le processus de simplification Ă  outrance qui caractĂ©rise notre vie publique. Les populistes n’arrivent pas, pour le moment du moins, Ă  conquĂ©rir l’ElysĂ©e. Mais ils emportent des scrutins majoritaires Ă  deux tours aux municipales et aux lĂ©gislatives et ont rĂ©ussi Ă  impacter toute la vie politique. Ils amplifient donc le processus de simplification Ă  outrance qui caractĂ©rise notre vie publique. C’est encore plus vrai dans la Vème RĂ©publique, oĂą l’élection prĂ©sidentielle renforce considĂ©rablement la personnalisation et la mĂ©diatisation de la politique.

Le PrĂ©sident Macron et son gouvernement n’ont donc pas simplement Ă  faire Ă  l’opposition dĂ©terminĂ©e de la France insoumise et du Front National, et celle que ne manqueront pas de livrer Les RĂ©publicains et le PS : cela fait partie du jeu politique habituel. Ils se confrontent Ă  un opinion publique chauffĂ©e Ă  blanc par les opposants les plus virulents, surtout Jean-Luc MĂ©lenchon et Marine Le Pen, mais Ă©galement et peut-ĂŞtre finalement de manière encore plus sensible, par tout ce qui existe sur la toile. Une opinion qui attend des rĂ©sultats immĂ©diats et qui peut basculer très vite dans le Macron-bashing. La rĂ©ponse doit donc ĂŞtre Ă  la mesure de ce dĂ©fi. Communiquer, expliquer, argumenter en continuation. Ce qui suppose que soit bien dĂ©finie la rĂ©partition des rĂ´les entre le PrĂ©sident, le gouvernement, les parlementaires et LRM et que chacun prenne ses responsabilitĂ©s.

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