AccueilExpressions par MontaigneGarder la monnaie unique pour que vive l'EuropeLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne01/07/2014ImprimerPARTAGERGarder la monnaie unique pour que vive l'EuropeAuteur Claude BĂ©bĂ©ar Fondateur de l’Institut Montaigne Tribune de Claude Bébéar, président de l'Institut Montaigne, parue dans L'Expansion, le 1 juillet 2014A l'heure de choix importants pour son avenir, notre pays se montre plus hésitant que jamais, de sorte que la cinquième puissance économique mondiale semble toujours osciller entre son destin européen et on ne sait quelle épopée solitaire, entre l'arrimage solide à la monnaie unique et l'éclatement de la zone euro? Ce débat s'inscrit dans le cadre de notre démocratie et il n'est pas illégitime, encore faut-il en préciser le sens profond.Les voix ne manquent pas pour expliquer qu’un Ă©clatement de l’euro entre une monnaie forte et une monnaie faible permettrait "mĂ©caniquement" aux Ă©conomies du sud de l’Europe de reconstruire le socle de compĂ©titivitĂ© qui leur fait cruellement dĂ©faut. Cette promesse, indolore ou presque, est Ă©videmment tentante, mais elle n’engage comme souvent que ceux qui l’écoutent… Qu’adviendrait-il du "grand marchĂ©" europĂ©en dans ces conditions ? Que signifierait cette fracture Ă©conomique et – Ă n’en pas douter – politique au cĹ“ur mĂŞme de l’Europe ?La BCE a prouvĂ© Ă de nombreuses reprises, encore très rĂ©cemment, qu’elle est disposĂ©e Ă des politiques audacieuses afin de soutenir l’activitĂ© Ă©conomique sur le continent. Nos voisins italiens et espagnols se sont profondĂ©ment rĂ©formĂ©s. Une Ă une, les excuses que nous pouvions avoir pour ne pas engager les mĂŞmes efforts tombent…Notre problème n’est pas l’Europe, ni notre monnaie, mais bien la situation propre de la France, qui a perdu 44 % de sa part de marchĂ© mondiale depuis 1999 quand celle de l’Allemagne ne reculait que de 18 %. Ce dĂ©crochage fait Ă©cho Ă l’incapacitĂ© – constatĂ©e depuis trop longtemps – de la France Ă conduire les rĂ©formes structurelles qui lui sont pourtant indispensables.Nous attendons un choc de compĂ©titivitĂ© ? Il ne viendra que de nous et de notre rĂ©solution Ă ne plus se cacher derrière des contre-vĂ©ritĂ©s pour cautionner notre immobilisme. Non, laisser Ă©clater l’euro n’est pas plus aisĂ© que de se libĂ©rer des trente-cinq heures. Non, rĂ©former le fonctionnement souvent irrĂ©el du marchĂ© du travail n’est pas une utopie. Non, Ă©conomiser 50 des 1200 milliards qui composent la dĂ©pense publique ne relève pas de l’impossible. Non, nous ne sommes pas condamnĂ©s Ă conserver indĂ©finiment 40 000 collectivitĂ©s locales.En revenant Ă une pratique Ă laquelle nous avons renoncĂ© depuis 1983 – celle des dĂ©valuations Ă rĂ©pĂ©tition –, voulons-nous Ă un moment oĂą nous peinons Ă attirer les capitaux Ă©trangers donner une raison supplĂ©mentaire aux investisseurs qui nous regardent encore de se dĂ©tourner dĂ©finitivement de la France ? Voulons-nous au moment oĂą s’accĂ©lère le vieillissement de notre population prendre le risque Ă©conomique et social d’appauvrir les Français qui ont Ă©pargnĂ© toute leur vie ? Voulons-nous prendre le risque de renchĂ©rir considĂ©rablement le coĂ»t de nos dettes publique et privĂ©e ?S’il est impossible de prĂ©dire l’avenir, nous pouvons regarder le passĂ© : la zone euro a permis une grande stabilitĂ© Ă©conomique, des taux d’intĂ©rĂŞt très faibles et elle prend appui sur une zone commerciale particulièrement vigoureuse, en fort excĂ©dent et qui maintient ses parts de marchĂ© dans le monde. C’est vers cette Europe que nous devrions porter le regard. Il ne paraĂ®t ni sincère ni crĂ©dible d’expliquer une nouvelle fois aux Français qu’ils pourront Ă©chapper aux efforts de compĂ©titivitĂ© acceptĂ©s par tous nos voisins europĂ©ens.ImprimerPARTAGER