AccueilExpressions par MontaigneGarde nationale, quand les citoyens deviennent acteurs de la sĂ©curitĂ©La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique13/10/2016ImprimerPARTAGERGarde nationale, quand les citoyens deviennent acteurs de la sĂ©curitĂ©Auteur Institut Montaigne Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, François Hollande déclarait "Les réservistes sont un élément fort du lien entre l'armée et la nation. Ils constituent les éléments d'une garde nationale formée, encadrée et disponible". Le 12 octobre dernier, le chef de l'État a officiellement lancé la "garde nationale". Qu’est-ce-que la garde nationale ?Le projet jusqu’alors très flou de garde nationale, a Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© mercredi 12 octobre en Conseil des ministres par un projet de dĂ©cret prĂ©sentĂ© par les ministres de la DĂ©fense et de l’IntĂ©rieur crĂ©ant "une garde nationale destinĂ©e Ă concourir, le cas Ă©chĂ©ant par la force des armes, Ă la dĂ©fense de la patrie et Ă la sĂ©curitĂ© de la population et du territoire. Elle constituera un rĂ©servoir de forces de 85 000 rĂ©servistes, avec un objectif de 9 250 hommes dĂ©ployĂ©s chaque jour au sein des deux ministères Ă l’horizon 2018". Cet objectif de 85 000 rĂ©servistes en 2018, se dĂ©composant ainsi : 40 000 dans les armĂ©es, et 44 000 pour le ministère de l’IntĂ©rieur.Au-delĂ du label qui transforme les rĂ©serves opĂ©rationnelles en un nouvel ensemble nommĂ© "garde nationale", la nouveautĂ© vient de l’implication et de la croissance de la rĂ©serve civile de la police – constituĂ©e jusque prĂ©sent presque exclusivement d’anciens policiers – et de la coordination de l’ensemble des rĂ©serves des armĂ©es et de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure sous l’égide d’un SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, placĂ© sous la double tutelle des ministres de la DĂ©fense et de l’IntĂ©rieur.Pourquoi crĂ©er une garde nationale ?La garde nationale rĂ©pond au besoin vital exprimĂ© par les armĂ©es et les forces de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure de relancer des rĂ©serves qui, au-delĂ de leur rĂ´le de forces supplĂ©tives – permettant aux militaires, gendarmes et policiers de prendre leurs congĂ©s et de remplir la mission Sentinelle – initie une relation nouvelle entre la sociĂ©tĂ© civile et les armĂ©es, les jeunes et les forces de sĂ©curitĂ©. Il s’agit en effet d’utiliser tous les leviers, communication, nouvelle dĂ©nomination, mesures d’attractivitĂ©, afin de dĂ©velopper en volume les rĂ©serves opĂ©rationnelles des armĂ©es, de la gendarmerie nationale ainsi que la rĂ©serve civile de la police nationale, donc la participation volontaire de citoyens français Ă la sĂ©curitĂ© de la Nation.Ainsi prĂ©cisĂ©e, la garde nationale, dont on peut discuter le choix du nom, Ă©vite l’écueil d’une armĂ©e parallèle aux forces existantes puisque la garde nationale recouvrira l’ensemble des rĂ©servistes qui sont, eux, totalement intĂ©grĂ©s aux forces armĂ©es, de gendarmerie et de police. Comme l’Institut Montaigne le prĂ©cise dans son rapport Refonder la SĂ©curitĂ© nationale, le succès du dĂ©veloppement des rĂ©serves repose sur l’intĂ©gration la plus Ă©troite possible et non sur la crĂ©ation d’une chaine autonome, d’une "armĂ©e de rĂ©serve" qui serait indĂ©pendante des autres armĂ©es. C’est Ă cet effet que de nouvelles unitĂ©s de rĂ©serve ont Ă©tĂ© créées, rattachĂ©es Ă des rĂ©giments, des bases aĂ©riennes ou des ports, assurant ainsi le maillage territorial de la rĂ©serve opĂ©rationnelle des armĂ©es.L’objectif, maintenu par le projet de garde nationale, consiste Ă intĂ©grer les rĂ©servistes au sein de petites unitĂ©s, oĂą ils ne joueraient plus seul le rĂ´le de supplĂ©tifs. Dans les rĂ©giments d'active, la multiplication des unitĂ©s de rĂ©serve permet une plus grande souplesse et garantit une meilleure rĂ©activitĂ© : 80 % des rĂ©servistes viennent de zones situĂ©es Ă moins de 50 km de leur lieu de domicile.Quel bilan pour les rĂ©serves ?La loi de programmation militaire, actualisĂ©e en juillet 2015, avait dĂ©jĂ pour ambition de dĂ©velopper les rĂ©serves comme une partie intĂ©grante du modèle d’armĂ©e et d’encourager le recours aux rĂ©servistes dans la police nationale.Pour mĂ©moire, l’objectif visĂ© prĂ©cĂ©demment par cette loi de programmation pour 2018 – 2019 Ă©tait de 40 173 rĂ©servistes pour les armĂ©es, dont plus de 60 % pour l’armĂ©e de terre. L’effectif actuel des rĂ©servistes opĂ©rationnels des armĂ©es reprĂ©sente 63 % de l’objectif. Il s’agit donc pour les armĂ©es de recruter environ 15 000 rĂ©servistes supplĂ©mentaires. En ce qui concerne les forces du ministère de l’IntĂ©rieur, la rĂ©serve opĂ©rationnelle de premier niveau de la gendarmerie est actuellement composĂ©e de 25 000 volontaires.Comment attirer les jeunes Français ?Le projet de dĂ©cret prĂ©sentĂ© le 12 octobre avance des mesures incitatives. Une participation au financement du permis de conduire Ă hauteur de 1.000 euros sera versĂ©e Ă tout jeune qui s'engage avant l'âge de 25 ans, Ă condition d'avoir totalisĂ© 50 jours dans la garde. Une allocation mensuelle de 100 € sera Ă©galement versĂ©e Ă chaque Ă©tudiant de moins de 25 ans – pour tout contrat de cinq dans la rĂ©serve et l’engagement de rĂ©aliser 37 jours sur le terrain chaque annĂ©e. Enfin, l’État valorisera les compĂ©tences acquises pendant la durĂ©e de l’engagement Ă servir dans la rĂ©serve opĂ©rationnelle, en crĂ©ant des passerelles institutionnelles vers les mĂ©tiers de la sĂ©curitĂ© privĂ©e.Cette dernière proposition s’inscrit dans l’esprit du rapport Refonder la sĂ©curitĂ© nationale, dans lequel l’institut Montaigne insiste sur la logique de passerelle, au-delĂ des seuls mĂ©tiers de la sĂ©curitĂ© et propose de dĂ©velopper un passeport des compĂ©tences acquises au sein des armĂ©es en compĂ©tences utiles Ă l’entreprise, inspirĂ© du modèle britannique. L’Institut Montaigne insiste Ă©galement sur l’enjeu de conclure des partenariats avec les universitĂ©s et les grandes Ă©coles afin d’encourager les Ă©tudiants aĚ€ souscrire un engagement dans la rĂ©serve et Ă suivre une formation militaire, Ă l’occasion d’un stage, d’un semestre ou d’une annĂ©e de cĂ©sure, en portant une attention particulière aux Ă©coles dont les Ă©lèves ont le statut de fonctionnaire.Garde nationale, que peut l’entreprise ?Concernant les employeurs, le projet de dĂ©cret de crĂ©ation de la garde nationale prĂ©voit que « les entreprises favorisant la mobilisation de leurs salariĂ©s au sein de la garde nationale bĂ©nĂ©ficieront d’une rĂ©duction d’impĂ´ts.». L’Institut Montaigne n’a pas retenu cette option, jugĂ©e trop lourde pour les entreprises sur qui reposerait alors la charge de la mise en Ĺ“uvre du dispositif, et qui ne permettrait pas une reconnaissance du temps d’investissement du rĂ©serviste, au-delĂ de la rĂ©munĂ©ration du temps de service. L’institut Montaigne propose que le rĂ©serviste, quel que soit son statut civil, puisse obtenir que le temps et l’investissement consacrĂ©s aux pĂ©riodes de rĂ©serves soient compensĂ©s par des jours de retraite Ă©quivalents au temps passĂ©e dans la rĂ©serve. Ce dispositif a l’avantage d’être très simple Ă mettre en Ĺ“uvre et d’un calcul facile. En outre, il n’implique pas une obligation pour l’entreprise de maintenir le salaire du rĂ©serviste, ce qui reste Ă la discrĂ©tion de chacune d’entre elles. Cette mesure a Ă©galement l’avantage d’être indiffĂ©rente Ă la taille de l’entreprise et permet d’en finir avec une discrimination de fait : le citoyen rĂ©serviste peut aujourd’hui accomplir plus facilement ses pĂ©riodes selon qu’il travaille au sein d’une grande ou d’une petite entreprise.Aujourd’hui, l’engagement des rĂ©servistes sur le sol national se met en Ĺ“uvre progressivement et, Ă cet Ă©gard, ce projet de crĂ©ation de garde nationale doit ĂŞtre saluĂ©.Quels chantiers pour les prochains mois ?Nombre de questions corolaires restent Ă traiter. Parmi celles-ci on peut Ă©voquer la doctrine d’emploi de cette garde nationale, le statut des rĂ©servistes opĂ©rationnels, le devenir et la cohĂ©rence des rĂ©serves citoyennes au sein de cette garde nationale mais aussi la gestion des rĂ©serves opĂ©rationnelles.Il est en effet essentiel d’augmenter les effectifs mais aussi de redonner tout son sens civique et patriotique Ă la rĂ©serve. De fait, les pompiers volontaires ne s’engagent pas pour des raisons financières mais, d’abord, par envie d’être utiles, de prendre leur part Ă l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral et Ă la sĂ©curitĂ© de leurs concitoyens. La rĂ©novation de la rĂ©serve doit donc respecter certains principes. Si l’État dispose d’une force de soutien complĂ©mentaire, il faudra veiller Ă ce que celle-ci soit gĂ©rĂ©e dans une logique d’emploi clairement dĂ©finie et dispose d’une mission, au-delĂ de la seule opĂ©ration Sentinelle. Les besoins doivent ĂŞtre clairement Ă©noncĂ©s : ressources militaires gĂ©nĂ©rales (Sentinelle) ou spĂ©cifiques (rĂ©serves techniques, comme la cyberdĂ©fense). Comme l’avance le rapport Refonder la sĂ©curitĂ© nationale, la rĂ©serve pourrait Ă©galement ĂŞtre utilisĂ©e comme force d’appoint pour la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, notamment en employant les rĂ©servistes gendarmes dans les zones rurales dĂ©pourvues de brigades pour intervenir avant l’arrivĂ©e des gendarmes mais toujours sous leur supervision. Par ailleurs, une rĂ©serve citoyenne pourrait ĂŞtre mise Ă la disposition du maire lors des situations de crise (catastrophe naturelle, accident, etc.).Il s’agit Ă©galement d’optimiser la cohĂ©rence entre les parcours offerts, le niveau de formation et de prĂ©paration, la nature et la durĂ©e des missions, avec une pyramide des grades adaptĂ©e. Il convient, enfin, d’évoluer vers un suivi plus individualisĂ© des viviers, des compĂ©tences et des parcours professionnels. Cela suppose d’optimiser l’emploi des compĂ©tences rares et coĂ»teuses (savoir-faire de haut niveau) en Ă©vitant les distorsions d’emploi. Enfin, une amĂ©lioration du mode de gestion de la rĂ©serve opĂ©rationnelle est nĂ©cessaire afin que, si une crise menace la sĂ©curitĂ© nationale, la France dispose de ressources identifiĂ©es et rapidement mobilisables... Vaste programme auquel le futur SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la garde nationale devra s’atteler dès sa nomination. Tous nos vĹ“ux de rĂ©ussite l’accompagnent dans la mise en Ĺ“uvre de ce projet auquel l’Institut Montaigne continuera, au-delĂ du rapport Refonder la sĂ©curitĂ© nationale, de prendre sa part. Aulde Courtois pour l'Institut MontaigneImprimerPARTAGER