AccueilExpressions par MontaigneFusion impĂ´t sur le revenu/CSG : une fausse bonne idĂ©e ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne RĂ©gulation CohĂ©sion sociale25/11/2013ImprimerPARTAGERFusion impĂ´t sur le revenu/CSG : une fausse bonne idĂ©e ?Auteur Alexia de Monterno Directrice adjointe de l'Institut Montaigne Alors que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault vient de lancer l'idée d'une remise à plat de notre système fiscal, avec comme mesure emblématique, qui faisait partie des promesses de campagne du candidat Hollande, la fusion IR-CSG, nous souhaitons revenir ici sur les raisons pour lesquelles cette fusion doit être écartée. Outre la complexité de la mise en ?uvre d'une telle fusion, ses conséquences pour les finances publiques nous semblent mal mesurées. Nous reprenons les principales idées du chapitre "Impôt sur le revenu et CSG" du rapport Mettre enfin la fiscalité au service de la croissance, publié par l'Institut Montaigne et l'Institut de l'entreprise en septembre 2013.Rappelons tout d’abord quelques caractĂ©ristiques de ces deux impĂ´ts. Contrairement Ă une idĂ©e reçue, c’est dĂ©sormais la contribution sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e (CSG) qui constitue le principal impĂ´t en France avec un produit de 87 Mds€ en 2011, loin devant l’impĂ´t sur le revenu (IRPP) est de seulement 51 Mds€. L’impĂ´t sur le revenu est fortement concentrĂ© sur les hauts revenus puisque les 2 % de foyers fiscaux les plus aisĂ©s ont acquittĂ© en 2011, 39 % du produit de l’impĂ´t. Ce phĂ©nomène a Ă©tĂ© accentuĂ© par le cycle de hausse qui, depuis 2011, s’est concentrĂ© sur les hauts revenus (imposition au barème des revenus du capital ; crĂ©ation d’une tranche supplĂ©mentaire Ă 45 % notamment). La CSG, créée en 1991 a, quant Ă elle, permis d’élargir l’assiette du financement de la protection sociale et Ă©vitĂ© de le faire supporter aux seuls revenus d’activitĂ©. Aujourd’hui, la CSG compte de multiples taux en fonction des revenus imposables, ce qui a accru sa complexitĂ©. Elle reste nĂ©anmoins un impĂ´t Ă fort rendement. En elle-mĂŞme, la fusion entre l’IR et la CSG n’est qu’un outil au service d’un objectif de politique fiscale. Or, la fusion peut rĂ©pondre Ă des objectifs très diffĂ©rents : - "familialiser" la CSG : cet objectif vise Ă faire de la CSG un instrument de redistribution horizontale, pour minorer la CSG des mĂ©nages avec enfants et majorer celle des mĂ©nages sans enfants. Cette proposition a par exemple Ă©tĂ© avancĂ©e dans un rapport du Conseil d’analyse Ă©conomique en 2005[1] ; - supprimer les niches fiscales de l’impĂ´t sur le revenu, par la fusion avec la CSG et la crĂ©ation un nouvel impĂ´t sur le revenu progressif, individualisĂ©, avec des taux moyens au lieu de taux marginaux et sans dĂ©penses fiscales. Cette proposition a notamment Ă©tĂ© avancĂ©e dans l’ouvrage Pour une rĂ©volution fiscale de Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Camille Landais en 2011 ; - introduire de la progressivitĂ© dans la CSG : ce dernier objectif vise avant tout Ă transformer la CSG d’un impĂ´t forfaitaire en impĂ´t progressif, en appliquant diffĂ©rent taux en fonction des revenus. Tout projet de fusion doit donc clairement Ă©noncer l’objectif qu’il vise, car il en rĂ©sultera des transferts d’imposition importants entre mĂ©nages.Des modalitĂ©s complexes de mise en Ĺ“uvre Les modalitĂ©s de mise en Ĺ“uvre de la fusion entraĂ®neraient de nombreuses difficultĂ©s dont les deux principales sont la dĂ©termination des modalitĂ©s de recouvrement d’une part, et l’affectation du nouvel impĂ´t, d’autre part. La fusion entre les deux impĂ´ts gĂ©nĂ©rerait tout d’abord une certaine complexitĂ©, notamment s’il est choisi de le prĂ©lever Ă la source comme la CSG. Cela impliquerait que les employeurs disposent d’information sur les autres revenus de leurs salariĂ©s, ne serait-ce que la connaissance de leur taux moyen d’imposition. L’affectation de cet impĂ´t serait Ă©galement un point dĂ©licat Ă rĂ©gler : la CSG est aujourd’hui affectĂ©e au budget de la sĂ©curitĂ© sociale et l’impĂ´t sur le revenu au budget de l’Etat. Un nouvel impĂ´t sur le revenu fusionnĂ© devrait en principe abonder le budget de l’Etat en application du principe d’universalitĂ© budgĂ©taire, et celui-ci pourrait en rĂ©trocĂ©der une partie aux organismes de sĂ©curitĂ© sociale sous forme de subventions budgĂ©taires. Toutefois, ce schĂ©ma poserait la question de la place et de la lĂ©gitimitĂ© des partenaires sociaux Ă gĂ©rer un système social financĂ© par l’impĂ´t et dont les prestations sont de plus en plus universelles et non assurantielles, c’est-Ă -dire qu’elles bĂ©nĂ©ficient Ă tous les rĂ©sidents français et non aux seuls salariĂ©s.Des consĂ©quences mal mesurĂ©es La fusion de l’IR et de la CSG entraĂ®nerait nĂ©cessairement une forte redistribution verticale et / ou horizontale compte tenu de la nature très diffĂ©rente de ces deux prĂ©lèvements obligatoires. Or, ces effets pourraient ĂŞtre massifs compte tenu du poids de la CSG dont les recettes sont 1,5 fois supĂ©rieures Ă celles de l’IR. Ainsi, un abattement Ă la base ou une rĂ©duction de plusieurs points CSG pour les mĂ©nages aux revenus modestes et moyens impliquerait un report massif d’imposition vers les catĂ©gories plus favorisĂ©es, qui ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© lourdement mises Ă contribution par les hausses successives d’IR votĂ©es depuis 2011. On peut rappeler que la mise en place d’une tranche d’imposition Ă 45 % par part au-delĂ de 150 000 € ne doit rapporter "que" 320 millions d’euros, alors qu’une baisse de CSG sur les mĂ©nages plus modestes reprĂ©senterait un transfert d’imposition de plusieurs milliards d’euros. Les risques d’exil fiscal ou de dĂ©sincitation Ă l’investissement seraient fortement accrus par l’atteinte de taux d’imposition sans Ă©quivalent dans les pays dĂ©veloppĂ©s.Un risque considĂ©rable pour les finances publiques Au total, les risques de la fusion ne doivent pas ĂŞtre occultĂ©s : en dĂ©pit d’une relative complexification depuis les annĂ©es 2000, la CSG reste un bon impĂ´t. Indolore pour les contribuables (mĂŞme si elle pèse sur le coĂ»t du travail), elle bĂ©nĂ©ficie d’une assiette très large et de taux bas. La fusion avec l’IRPP entraĂ®nerait probablement l’introduction d’au moins une partie des niches fiscales dans le calcul de la CSG ce qui pourrait in fine rĂ©duire le rendement global de l’imposition des revenus. En effet, la pression serait très forte pour maintenir certains dispositifs dĂ©rogatoires dans le cadre d’un nouvel impĂ´t fusionnĂ©, par exemple pour les dons aux associations ou les exonĂ©rations liĂ©es Ă l’outre-mer. Or, alors que le dĂ©ficit public devrait rester supĂ©rieur Ă 4 % du PIB en 2013, notamment parce que les rentrĂ©es impĂ´ts sont infĂ©rieures aux prĂ©visions, il serait dangereux de fragiliser davantage les recettes fiscales.Note[1] Michel Godet et Evelyne Sullerot, La famille, une affaire publique, rapport du Conseil d’analyse Ă©conomique, la Documentation française, 2005.ImprimerPARTAGER