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Finances publiques : finie l'hĂ©morragie ?

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Le très attendu débat sur la réforme de la Constitution s’ouvre ce mardi à l’Assemblée nationale. A celui-ci s’ajoute la grande surprise de ce week-end : l’entrée d’un volet sur les finances publiques.

Par voie d’amendements

Une grande nouveautĂ© vient donc se greffer sur l’examen de la rĂ©forme de la Constitution puisque le gouvernement souhaite faire figurer dans le texte plusieurs principes concernant les finances publiques. En substance, l’idĂ©e de cette innovation consiste Ă  contraindre l’exĂ©cutif Ă  proposer et le lĂ©gislatif Ă  voter des budgets en Ă©quilibre. On n’en connaĂ®t pas encore tous les dĂ©tails, mais vraisemblablement, un amendement du Nouveau centre pourrait fixer un objectif d’Ă©quilibre sur la pĂ©riode couverte par les lois de Finances pluriannuelles (Etat, SĂ©curitĂ© sociale, collectivitĂ©s locales), et un autre amendement imposerait l’Ă©quilibre pour le vote du budget de la SĂ©curitĂ© sociale.

Un moyen d’arriver Ă  l’Ă©quilibre ? Est-ce une bonne nouvelle ? Ce n’est pas tous les jours qu’on scĂ©narise de la sorte la question de l’Ă©quilibre des finances publiques, laquelle est pourtant une vĂ©ritable plaie nationale! Par consĂ©quent, il ne faut pas bouder son plaisir… Notre addiction aux dĂ©ficits, que ce soit dans le fonctionnement de l’Etat ou dans le financement de la sĂ©curitĂ© sociale dure depuis 30 ans. Il est donc formidable que l’on affirme enfin, sans se cacher, qu’il s’agit lĂ  d’un gros problème. Seulement, entre dĂ©crĂ©ter qu’on sera sage, et ĂŞtre sage, il y a un monde. Il faut dĂ©sormais, et ce ne sera pas chose facile, passer Ă  l’acte. D’ailleurs, pour la petite histoire, l’obligation d’Ă©quilibre pluriannuel dont on nous parle est prĂ©vue pour entrer en vigueur… en 2012 seulement, Ă  la fin du septennat ! Donc, on grave dans le marbre la vertu budgĂ©taire, mais enfin on la rĂ©serve Ă  ses successeurs.

Exemples suisse, finlandais…

Certes, le fait d’inscrire cette obligation dans la constitution ne peut pas nuire, mais rappelons qu’il y a eu dans le passĂ© des tas de constitutions bouleversantes de gĂ©nĂ©rositĂ© dans des pays parfaitement totalitaires, Ă  commencer par l’Union soviĂ©tique… Il se trouve que j’ai brièvement travaillĂ© il y a quelques mois sur la Suisse, et c’est amusant parce que sur les 26 cantons suisses, certains se sont lĂ©galement interdit le dĂ©ficit. Or, ceux-lĂ  sont souvent dans le rouge, tandis que d’autres, qui n’ont toujours aucun texte dans ce sens, sont au contraire tous les ans Ă  l’Ă©quilibre… D’ailleurs, lorsque vous regardez les pays qui ont Ă©tĂ© particulièrement courageux sur ce sujet, le Canada, le Portugal, la Finlande entre autres, vous constatez que ce n’est pas un changement de constitution qui leur a permis de renverser la vapeur, mais plus simplement un changement de comportement politique qui s’appuyait lui-mĂŞme sur un changement dans l’opinion, sur une Ă©volution culturelle !

Et Bruxelles ?

Et puis, honnĂŞtement, je ne vois pas bien pourquoi on respecterait davantage une obligation de sagesse Ă©crite dans la constitution que celle qui figure dĂ©jĂ  dans les traitĂ©s europĂ©ens, foulĂ©e au pied dans la joie et la bonne humeur - je rappelle Ă  ce titre que Bruxelles va encore nous adresser une mise en garde sur le dĂ©ficit public d’ici la fin du mois…

Un peu de pédagogie

Il y a certes urgence Ă  montrer un peu de sĂ©rieux sur ces questions budgĂ©taires, mais en rĂ©alitĂ© – et c’est le vrai sujet Ă  traiter - tout le monde n’en n’a probablement pas encore vraiment pris conscience. Pourquoi ? Tout d’abord, parce que chaque annĂ©e, on nous rĂ©pète que c’est la catastrophe, et pourtant, on survit et les gens s’habituent. De ce point de vue le jour oĂą Bruxelles nous mettra vraiment Ă  l’amende ne sera pas inutile. Mais au-delĂ , je crois que la manière dont on prĂ©sente notre dĂ©ficit est Ă  peu près incomprĂ©hensible. On nous parle de points de PIB, 2 points de PIB, moins de 3 points de PIB – ce qui n’est pas très parlant pour Monsieur tout le monde, pour chacun d’entre nous.

Mesurer les excès de dépenses

Nous proposons donc, Ă  l’Institut Montaigne, d’afficher très rĂ©gulièrement, tous les mois ou tous les trois mois, le pourcentage de dĂ©passement des recettes par les dĂ©penses publiques. Par exemple, si on dit que l’Etat au sens large dĂ©pense aujourd’hui 13% de plus que ce qu’il encaisse, et ce sont lĂ  les vrais chiffres pour le dĂ©but 2008, je crois que ces ordres de grandeurs, concrets, montreront clairement la gravitĂ© du problème. Dès lors, tout le monde sera en mesure de le comprendre !

Avant de changer la constitution pour dĂ©crĂ©ter la guĂ©rison du malde, je crois qu’il serait intĂ©ressant de se doter d’un thermomètre sur lequel chacun d’entre nous puisse lire que le pays a la fièvre…

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