Rechercher un rapport, une publication, un expert...
La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne

Faire de la formation professionnelle un levier de croissance, de compétitivité et de cohésion sociale

Faire de la formation professionnelle un levier de croissance, de compétitivité et de cohésion sociale
 Institut Montaigne
Auteur
Institut Montaigne

Dotée d'une offre pléthorique et non contrôlée, la formation professionnelle bénéficie en priorité à un public déjà formé et ne touche pas les plus fragiles. La multiplicité des acteurs se traduit par une absence de pilotage et par une gouvernance défaillante. Ces défauts résultent en grande partie de l'injonction faite à toute entreprise de dépenser chaque année une fraction de sa masse salariale dans des actions de formation. Cette obligation légale impose aux entreprises des dépenses qui ne correspondent pas à leurs besoins et entretient les inégalités en orientant les dépenses vers les salariés les plus qualifiés, qui accèdent plus souvent que les autres à la formation.

La formation professionnelle est inĂ©galitaire et insuffisamment ciblĂ©e : les dispositifs indiffĂ©renciĂ©s de courte durĂ©e, gratuits et ouverts Ă  tous, mais oĂą tous n'ont ni les mĂŞmes besoins ni les mĂŞmes capacitĂ©s, ne font qu'accroĂ®tre les inĂ©galitĂ©s existantes. En France, les statistiques montrent que les personnes les moins employables, les salariĂ©s en CDD ou les demandeurs d'emploi, ont une probabilitĂ© bien plus faible de suivre des formations que les salariĂ©s les plus stables.

L'obligation lĂ©gale de financement nuit Ă  l'efficacitĂ© de la dĂ©pense de formation : une grande partie des dysfonctionnements du système de formation professionnelle est gĂ©nĂ©rĂ©e par l'obligation lĂ©gale de financement (de 0,55 % Ă  1,6 % de la masse salariale) : les entreprises privĂ©es sont obligĂ©es de "former ou payer". En revanche, rien ne les contraint Ă  cibler les dĂ©penses de formation sur les publics les plus fragiles. L'obligation lĂ©gale de financement revient Ă  taxer les entreprises dont les besoins se situent au-dessous du seuil lĂ©gal, et Ă  ne donner Ă  celles dont les besoins en formation sont importants aucune incitation Ă  former au-delĂ  de ce seuil. De plus, près de la moitiĂ© du financement de la formation professionnelle des entreprises privĂ©es transite par les OPCA (qui ont gĂ©rĂ© 6,2 milliards d'euros en 2008). L'obligation de dĂ©penser, en alimentant les circuits de financement des organisations syndicales bâtis sur les OPCA, mène Ă  des gaspillages et Ă  une utilisation des fonds de la formation professionnelle sans rapport avec ses objectifs.

Les dispositifs sont complexes et les salariĂ©s peu responsabilisĂ©s : les salariĂ©s français investissent peu dans leur propre formation et les entreprises, avec 42 % de la dĂ©pense globale en 2008, constituent le premier financeur de la formation professionnelle. Cette faible responsabilisation met trop peu les salariĂ©s en situation de dĂ©cider de façon libre et Ă©clairĂ©e de leur parcours de formation. De plus, le système se caractĂ©rise par une grande opacitĂ© et une complexitĂ© redoutable, puisqu'il fait coexister une bonne quinzaine de dispositifs, dont le contenu, les modalitĂ©s de mise en œuvre et les publics visĂ©s diffèrent.

L'offre de formation est plĂ©thorique et la certification insuffisante : en 2008, l'appareil de formation comptait 58 450 prestataires, parmi lesquels 14 545 ont comme activitĂ© principale l'enseignement et la formation. Dans ce maquis, la recherche d'une formation de qualitĂ© est devenue un vĂ©ritable parcours du combattant. De plus, l'information dont disposent les agents au moment de choisir une formation est insuffisante puisqu'il n'existe pas de certification ni d'Ă©valuation de la qualitĂ© des formations proposĂ©es.

Quatre propositions pour que la formation professionnelle devienne un vĂ©ritable levier de croissance, de compĂ©titivitĂ© et de cohĂ©sion sociale :

  • L'obligation lĂ©gale de financement nuit Ă  l'efficacitĂ© de la dĂ©pense de formation : il faut remplacer progressivement le système "former ou payer" par un système de subventions qui permettrait de moduler le taux de subventionnement, et donc l'incitation Ă  (se) former, en fonction d'objectifs sociaux clairement identifiĂ©s (ex : seniors, jeunes…).
  • La crĂ©ation de "chèques-formation" pour les chĂ´meurs, financĂ©s par une cotisation spĂ©cifique (infĂ©rieure Ă  l'obligation lĂ©gale de payer faite aux entreprises), permettrait au demandeur d'emploi d'obtenir une subvention des dĂ©penses de formation, au prorata de sa distance Ă  l'emploi. Les chĂ´meurs prĂ©sentant le plus fort risque de chĂ´mage de longue durĂ©e bĂ©nĂ©ficieraient des chèques les plus importants et d'un accompagnement renforcĂ© vers l'emploi.
  • Le transfert aux Urssaf de la collecte de la cotisation spĂ©cifique ferait des Urssaf le collecteur quasiment universel des cotisations assises sur la masse salariale, engendrant Ă  la fois une plus grande simplicitĂ© pour les entreprises et des Ă©conomies d'Ă©chelle.
  • L'Ă©valuation et la certification des formations doivent ĂŞtre effectuĂ©es par des agences indĂ©pendantes, publiques ou privĂ©es, qui accorderont des labels aux formations.

- Lire et télécharger l'étude

- Formation professionnelle : toutes les propositions de l'Institut Montaigne

- Tribune parue sur leMonde.fr

Recevez chaque semaine l’actualité de l’Institut Montaigne
Je m'abonne