AccueilExpressions par MontaigneEndettement : ne pas oublier les retraites !La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne CohĂ©sion sociale30/09/2011ImprimerPARTAGEREndettement : ne pas oublier les retraites !Auteur Jacques Bichot Professeur Ă©mĂ©rite Ă l'UniversitĂ© Lyon 3 Tribune publiée dans Le Figaro du 30 septembre 2011La question de la dette publique française est de nouveau au cœur de l’actualité. Les dettes publiques "classiques" qui défraient actuellement la chronique sont composées de bons et obligations du Trésor. Certes, elles atteignent des niveaux record, mais elles restent modestes au regard des dettes publiques "sociales", qui correspondent aux promesses de pensions faites aux retraités et futurs retraités. On aurait tort d’oublier les secondes quand on réfléchit aux premières, car les unes et les autres pèsent sur les mêmes épaules, celles des générations montantes.Importances respectives des deux dettes publiques en FranceEn France, la dette publique classique reprĂ©sente 84,5% du PIB. La valeur des actifs que devrait possĂ©der un fonds de pension pour ĂŞtre capable de remplir les engagements pris par notre système de retraites par rĂ©partition se situe aux alentours de 4,7 annĂ©es de PIB[1]. Elle reprĂ©sente encore 3,2 annĂ©es de PIB si l’on suppose que le fonds peut dĂ©gager une rentabilitĂ© de 4%[2]. Ces estimations ne portent que sur les pensions. Il faut y ajouter l’engagement pris envers les assurĂ©s sociaux de leur ouvrir presque gratuitement l’accès Ă l’assurance maladie quand ils auront cessĂ© de travailler, et de fournir aux plus modestes des subsides supplĂ©mentaires en cas de dĂ©pendance ou de pauvretĂ© : soit 20 % Ă 25 % de plus. Au final, la dette publique sociale reprĂ©sente plus des trois-quarts de la dette publique totale !Comparaisons internationalesAux Etats-Unis, la dette publique classique (fĂ©dĂ©rale) atteint environ 80 % du PIB. Mais la dette publique sociale amĂ©ricaine reprĂ©sente entre 2 et 2,5 annĂ©es de PIB, soit moitiĂ© moins que celle de la France. Les retraites par rĂ©partition aux Etats-Unis coĂ»tent Ă peu près 5 % du PIB annuel - contre près de 13 % en France -, et l’assurance maladie publique des retraitĂ©s, Medicare, absorbe environ 4 % du PIB, un chiffre Ă©quivalent Ă la part de l’assurance maladie qui, en France, profite aux retraitĂ©s. Les Etats-Unis font donc supporter Ă leurs gĂ©nĂ©rations montantes, qui ont sensiblement la mĂŞme importance relative qu’en France, une dette publique totale plus lĂ©gère que ce n’est le cas dans notre pays. Si Standard & Poor’s avait intĂ©grĂ© la dette publique sociale Ă ses analyses, ce n’est pas aux Etats-Unis qu’elle aurait retirĂ© leur note AAA…En revanche, des pays comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne ont Ă la fois des dettes publiques classiques et des dettes publiques sociales qui dĂ©passent celles de la France. De plus, leur dĂ©mographie est mauvaise, ce qui a un impact très nĂ©gatif sur la soutenabilitĂ© de la dette publique totale, laquelle repose entièrement sur les gĂ©nĂ©rations montantes. De ce point de vue, les États-Unis et la France sont dans une position non pas merveilleuse, mais acceptable.Le Japon, quant Ă lui, avec une Ă©norme dette publique classique, et une dĂ©mographie Ă l’italienne, mais une dette publique sociale se situant Ă un niveau analogue Ă celle des Etats-Unis (en proportion du PIB), est dans une position un peu moins dĂ©favorable que les trois pays mĂ©diterranĂ©ens prĂ©citĂ©s. Ce constat vaut Ă©galement pour l’Allemagne, bien que sa dĂ©mographie soit Ă©quivalente, grâce au fait que sa dette publique classique et sa dette publique sociale se situent Ă des niveaux infĂ©rieurs.L’indispensable rĂ©forme systĂ©mique des retraitesQuand une masse de dettes est trop importante, il existe trois mĂ©thodes pour y remĂ©dier : rĂ©duire le niveau de nouveaux droits acquis, procĂ©der Ă une banqueroute partielle, ou transformer tout ou partie de la dette en actions ou titres Ă©quivalents.Pour la "dette retraites", les rĂ©formes de 1993, 2003, 2007 et 2010 ont utilisĂ© les deux premières techniques : elles ont diminuĂ© l’acquisition de nouveaux droits et dĂ©valorisĂ© la valeur des droits que les assurĂ©s sociaux croyaient avoir acquis. Reste la troisième mĂ©thode : le passage de la dette Ă ce qui est en quelque sorte l’Ă©quivalent d’une "action" pour les droits sociaux, c’est-Ă -dire le point, et plus prĂ©cisĂ©ment le point acquis en Ă©change d’un investissement. Entrouverte par l’article 16 de la loi du 9 novembre 2010, cette piste vient de faire l’objet d’une note de l’Institut Montaigne[3].Concrètement, il s’agirait d’attribuer les droits Ă pension sous forme de points, comme dans les rĂ©gimes complĂ©mentaires actuels – non pas en Ă©change des cotisations vieillesse (car celles-ci ne prĂ©parent pas nos pensions futures) –, mais en contrepartie des efforts consentis pour les futures gĂ©nĂ©rations (fĂ©conditĂ©, Ă©ducation, etc.).Notes[1] Si l’on utilise pour le calculer un taux de rendement de 2 % net d’inflation, proche de celui des emprunts d’Etat.[2] Calculs INSEE effectuĂ©s Ă l’aide du modèle Destinie, L’économie française 2006.[3] Retraites : deux chantiers Ă ouvrir d'urgence, par Jacques BichotImprimerPARTAGER