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Encadrer et évaluer pour mieux gérer la dette locale

 Jean-Luc Boeuf
Auteur
Professeur à Sciences Po au sein du Master Stratégies territoriales et urbaines

Au moment où la question de l’endettement des Etats occupe le devant de la scène, il est utile de rappeler que la dette des collectivités locales est corrélée à la situation d’endettement massif au niveau national. L’institut Montaigne a publié au printemps 2011 Trois propositions pour une meilleure gestion de la dette locale. Quelques semaines plus tard, la Cour des comptes publie son rapport relatif à la "gestion de la dette publique locale".

Le (fabuleux) destin du rapport de la Cour des comptes
Comme le souligne la Cour, "l’endettement local est Ă  nouveau entrĂ© dans une dynamique de forte augmentation. L’encours de la dette figurant au bilan des collectivitĂ©s territoriales s’est accru depuis 2004 de 41 %" [1]. Quelle que soit la manière d’apprĂ©hender le sujet de l’endettement public local, se pose Ă  un moment ou Ă  un autre la question de la maĂ®trise des flux de financements, et donc, petit Ă  petit, du stock de cet endettement public local. En s’appuyant sur les constats faits Ă  l’occasion d’une enquĂŞte lancĂ©e en 2009 et qui a concernĂ© plus de 150 collectivitĂ©s et Ă©tablissements publics locaux, la Cour des comptes, au-delĂ  des constats chiffrĂ©s sur l’Ă©volution de l’endettement public local et du caractère rendu plus complexe des modalitĂ©s d’endettement, met en avant la nĂ©cessaire maĂ®trise des emprunts structurĂ©s et prĂ©conise notamment :

  • de mettre en place un suivi statistique global de la structure de dette ;
  • de rĂ©glementer plus strictement les conditions d’emprunt, par l’introduction en comptabilitĂ© une obligation de provisions pour risques en matière de dette ;
  • d’associer davantage les assemblĂ©es territoriales Ă  la prise de dĂ©cision relative Ă  la dette ;
  • de mutualiser une aide aux petites collectivitĂ©s pour la gestion de leurs emprunts structurĂ©s et d’arbitrer la faisabilitĂ© de la crĂ©ation d’une agence de financement des collectivitĂ©s territoriales.

Ces conclusions de la Cour des comptes rejoignent largement l’Institut Montaigne qui proposait de dĂ©finir un pĂ©rimètre normĂ© de la dette du secteur public local ; de mettre en place une rĂ©glementation plus stricte des conditions d’emprunt et de crĂ©er un service de la dette locale au sein de l’Agence France TrĂ©sor ; laquelle pourrait ĂŞtre chargĂ©e de gĂ©rer avec professionnalisme une partie de la dette des collectivitĂ©s territoriales.

L’Ă©tĂ© (financier) meurtrier
Depuis plusieurs mois, certains Ă©lus locaux ont fait part de leurs inquiĂ©tudes quant Ă  leur capacitĂ© Ă  financer leurs investissements Ă  partir de 2012 : ils craignent notamment une possible diminution des prĂŞts bancaires aux collectivitĂ©s locales. La crise financière de l’Ă©tĂ© 2011 a renforcĂ© ces inquiĂ©tudes, accentuĂ©es dĂ©sormais par les Ă©volutions prĂ©visibles du comportement des banques, liĂ©es Ă  l’entrĂ©e en application progressive des normes "Bâle III", de 2013 Ă  2019. En effet, ces normes vont contraindre les banques Ă  augmenter de façon significative leurs fonds propres. Le risque est donc qu’elles se dĂ©tournent du marchĂ© des collectivitĂ©s locales, prĂ©fĂ©rant celui – plus liquide – des particuliers et des entreprises.

Peur sur la ville (et le monde local)
En partant du constat du caractère non tenable sur le long terme de l’endettement public, pris dans son ensemble, les voies Ă  explorer sont difficiles ; les Ă©lus brandissant le principe de libre administration dès qu’il est question de rĂ©guler le système. S’il ne s’agit pas de remettre en cause ce principe de libre administration des collectivitĂ©s territoriales, il convient dĂ©sormais de l’examiner au regard des Ă©volutions actuelles. En tout premier lieu, il s’agit de traiter la façon dont la dette des collectivitĂ©s locales est corrĂ©lĂ©e Ă  l’endettement massif au niveau national. Si les constats sont partagĂ©s par tous, notamment ceux de l’apport fondamental des collectivitĂ©s locales Ă  l’investissement de notre pays, il revient de proposer des solutions tenables.

Puis la question de l’Ă©valuation des investissements paraĂ®t Ă©galement ĂŞtre une voie particulièrement fĂ©conde Ă  explorer. Et mĂŞme si l’on mesure la difficultĂ© qu’il y a en France Ă  "acclimater" l’idĂ©e mĂŞme d’Ă©valuation des programmes, cette voie doit ĂŞtre tentĂ©e, comme certains Etats anglo-saxons l’ont fait, puis gĂ©nĂ©ralisĂ©. Cette Ă©valuation doit se construire non pas tant comme une "batterie de ratios" de rĂ©alisation ex post – que la Cour des comptes critique d’ailleurs – mais bien comme un processus d’ensemble, associant d’ailleurs les contribuables et les citoyens en amont. La mise en place de cette vĂ©ritable Ă©valuation en amont passerait par un examen d’ensemble des projets d’investissements que souhaite porter une collectivité ; et notamment de leur aspect financier et de son caractère "soutenable".

Finalement, il s’agit de regarder, Ă  un instant donnĂ©, quels sont les investissements que peut porter, sur la durĂ©e, le secteur public pris dans son ensemble, au regard des recettes dont il dispose. Il ne s’agit donc pas d’introduire une rentabilitĂ© des investissements, au sens de l’entreprise privĂ©e, mais tout simplement de capacitĂ© financière dans le but de "soutenabilitĂ©" des finances publiques.

- Trois propositions pour une meilleure gestion de la dette locale, Note, février 2011
- Synthèse du rapport de la Cour des comptes (pdf)

Notes

[1] La gestion de la dette publique locale, Rapport de la Cour des comptes, juillet 2011.

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