AccueilExpressions par MontaigneEn Allemagne, l'incertitude face aux Ă©chĂ©ances Ă©lectoralesLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Union EuropĂ©enne09/02/2017ImprimerPARTAGEREn Allemagne, l'incertitude face aux Ă©chĂ©ances Ă©lectoralesAuteur Institut Montaigne 2017 est également une année électorale importante outre-Rhin. René Lasserre, Directeur du Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine, répond à nos questions concernant les enjeux des prochaines élections.Joachim Gauck quitte ses fonctions de PrĂ©sident de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale pour laisser la place Ă l’actuel ministre des affaires Ă©trangères, Frank-Walter Steinmeier. Quel bilan peut-on tirer de son mandat ?Joachim Gauck restera incontestablement, avec Theodor Heuss, Richard von Weizsäcker et Roman Herzog, l’un des plus Ă©minents prĂ©sidents de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale. Moins dans l’exercice de ses prĂ©rogatives institutionnelles, dont il n’eut guère Ă faire usage, que par son autoritĂ© intellectuelle et morale et par la force de son discours de chef d’État. Artisan du tournant dĂ©mocratique de l’ancienne RDA et mĂ©diateur convaincant de la rĂ©unification citoyenne des Allemands, personnalitĂ© indĂ©pendante et progressiste, le PrĂ©sident Gauck a symbolisĂ© au sommet de l’État la continuitĂ© et la cohĂ©sion de l’Allemagne unie. Il a Ă©galement su tĂ©moigner avec une conviction authentique et sans emphase, empreinte la fois de fiertĂ© et d’exigence, de la vitalitĂ© dĂ©mocratique de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale et de la vocation pacifique et crĂ©atrice de l’Union europĂ©enne. Par les actes publics qui ont jalonnĂ© son mandat, il a rempli cette mission tant auprès de ses compatriotes qu’en Europe et dans le reste du monde.C’est Ă l’issue d’un processus de rĂ©flexion personnelle construite en dĂ©but de mandat que Joachim Gauck s’est ainsi dĂ©libĂ©rĂ©ment attachĂ© Ă incarner, dans la dignitĂ© et la limpiditĂ© du discours, la force tranquille et rassurante d’un patriotisme dĂ©mocratique pleinement assumĂ©. Il aura dĂ©ployĂ© au service de cette dĂ©marche Ă©clairante un incomparable talent.L’élection d’ores et dĂ©jĂ considĂ©rĂ©e comme acquise de Frank-Walter Steinmeier (SPD), ancien responsable de la chancellerie fĂ©dĂ©rale sous Gerhard Schröder et, jusque rĂ©cemment, ministre fĂ©dĂ©ral des Affaires Ă©trangères auprès d’Angela Merkel, devrait marquer le retour Ă une prĂ©sidence plus conventionnelle. Elle sera vraisemblablement davantage tournĂ©e, en cette pĂ©riode troublĂ©e, vers les questions internationales et europĂ©ennes et soucieuse de faire valoir la vocation mĂ©diatrice de l’Allemagne. Il est Ă noter que Frank-Walter Steinmeier, francophile convaincu, porte une attention toute particulière aux relations franco-allemandes.Bien que l'actuelle Chancelière reste la candidate favorite, les prochaines Ă©lections fĂ©dĂ©rales auront certainement un impact non nĂ©gligeable sur la composition du parlement. Doit-on s'attendre Ă une nouvelle coalition ? Cela aura-t-il un impact sur la politique europĂ©enne menĂ©e par l'Allemagne?La Chancelière a rencontrĂ© de sĂ©rieuses difficultĂ©s et perdu en crĂ©dibilitĂ© au cours de la seconde partie de son troisième mandat, principalement Ă la suite de sa dĂ©cision de l’étĂ© 2015 d’accueillir largement les rĂ©fugiĂ©s en provenance du Proche-Orient. Elle a dĂ» faire face aux tensions que ce choix a suscitĂ©es au sein de sa famille politique, en particulier avec la branche bavaroise de la CSU, d’une part, ainsi qu’à la montĂ©e du mouvement populiste de l’AfD qui a largement mordu sur l’électorat chrĂ©tien dĂ©mocrate, d’autre part. Sa popularitĂ© est en net recul, au moment oĂą celle de Martin Schulz, qui vient d’être dĂ©signĂ© officiellement comme candidat du SPD Ă la Chancellerie, fait un bond spectaculaire, le mettant potentiellement en passe de faire jeu Ă©gal avec Angela Merkel. La Chancelière voit donc sa suprĂ©matie Ă©branlĂ©e et son renouvellement pour un quatrième mandat, s’il demeure probable, est devenu incertain. En tout Ă©tat de cause, si la remontĂ©e du SPD se confirme, elle aura pour corollaire le tassement relatif des partis de moindre importance. Le maintien d’une grande coalition avec un rééquilibrage au profit du SPD reste donc le scĂ©nario le plus vraisemblable. Que ce soit sur le plan Ă©conomique et social interne ou sur le plan europĂ©en, ceci pourrait inflĂ©chir la politique gouvernementale en faveur de la promotion d’investissements d’avenir susceptibles de stimuler la croissance. Cette hypothèse reste nĂ©anmoins conjecturale au regard de l’évolution pour l’instant très incertaine de l’environnement Ă©conomique international. Elle ne saurait en aucun cas justifier un quelconque attentisme prĂ©sidentiel dans les ajustements structurels qui s’imposeront dans l’Hexagone...Quel regard porte-t-on outre-Rhin sur la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle en France ? Quels sont les attentes et les craintes de la classe politique et de l'opinion publique Ă cet Ă©gard ?Les Ă©pisodes actuels pour le moins mouvementĂ©s de la campagne prĂ©sidentielle française sont pour l’instant totalement Ă©clipsĂ©s par le sĂ©isme que reprĂ©sente pour les responsables Ă©conomiques et politiques allemands l’offensive protectionniste de Donald Trump. L’inquiĂ©tude se focalise en outre sur l’incertitude majeure autour des Ă©lections hollandaises du 15 mars. Et pour cause : l’hypothèse probable d’une sortie des Pays-Bas de la zone Euro en cas de victoire des populistes constitue une menace Ă©conomique directe. Bien que l’élection prĂ©sidentielle française passe momentanĂ©ment au second rang des prĂ©occupations en Allemagne, les perspectives actuelles demeurent illisibles et incertaines et font l’objet d’un attentisme perplexe. Le scĂ©nario le plus redoutĂ© reste plus que jamais celui d’une victoire du Front national sur les dĂ©combres de l’incapacitĂ© des partis "Ă©tablis" Ă offrir aux Français une perspective de changement crĂ©dible. Ce scĂ©nario est en Allemagne non seulement de triste mĂ©moire mais constitue Ă©galement la perspective aujourd’hui inacceptable de la dĂ©stabilisation de l’Euro et de la dĂ©construction de l’Europe. Reste l’espoir confiant que les Français, en dĂ©pit de leur imprĂ©visibilitĂ© chronique, sauront en fin de compte faire prĂ©valoir, face au danger, un choix de raison.Pour aller plus loinL’Europe Ă plusieurs vitesses : un horizon possible ?L'Allemagne a peur pour la FranceImprimerPARTAGER