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En Allemagne, l'incertitude face aux échéances électorales

En Allemagne, l'incertitude face aux échéances électorales
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2017 est également une année électorale importante outre-Rhin. René Lasserre, Directeur du Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine, répond à nos questions concernant les enjeux des prochaines élections.

Joachim Gauck quitte ses fonctions de Président de la République fédérale pour laisser la place à l’actuel ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. Quel bilan peut-on tirer de son mandat ?

Joachim Gauck restera incontestablement, avec Theodor Heuss, Richard von Weizsäcker et Roman Herzog, l’un des plus Ă©minents prĂ©sidents de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale. Moins dans  l’exercice de ses prĂ©rogatives institutionnelles, dont il n’eut guère Ă  faire usage, que par son autoritĂ© intellectuelle et morale et par la force de son discours de chef d’État. Artisan du tournant dĂ©mocratique de l’ancienne RDA et mĂ©diateur convaincant de la rĂ©unification citoyenne des Allemands, personnalitĂ© indĂ©pendante et progressiste, le PrĂ©sident Gauck a symbolisĂ© au sommet de l’État la continuitĂ© et la cohĂ©sion de l’Allemagne unie. Il a Ă©galement su tĂ©moigner avec une conviction authentique et sans emphase, empreinte la fois de fiertĂ© et d’exigence, de la vitalitĂ© dĂ©mocratique de la  RĂ©publique fĂ©dĂ©rale et de la vocation pacifique et crĂ©atrice de l’Union europĂ©enne. Par les actes publics qui ont jalonnĂ© son mandat, il a rempli cette mission tant auprès de ses compatriotes qu’en Europe et dans le reste du monde.

C’est Ă  l’issue d’un processus de rĂ©flexion personnelle construite en dĂ©but de mandat que Joachim Gauck s’est ainsi dĂ©libĂ©rĂ©ment attachĂ© Ă  incarner, dans la dignitĂ© et la limpiditĂ© du discours, la force tranquille et rassurante d’un patriotisme dĂ©mocratique pleinement assumĂ©. Il  aura dĂ©ployĂ© au service de cette dĂ©marche Ă©clairante un incomparable talent.

L’élection d’ores et déjà considérée comme acquise de Frank-Walter Steinmeier (SPD), ancien responsable de la chancellerie fédérale sous Gerhard Schröder et, jusque récemment, ministre fédéral des Affaires étrangères auprès d’Angela Merkel, devrait marquer le retour à une présidence plus conventionnelle. Elle sera vraisemblablement davantage tournée, en cette période troublée, vers les questions internationales et européennes et soucieuse de faire valoir la vocation médiatrice de l’Allemagne. Il est à noter que Frank-Walter Steinmeier, francophile convaincu, porte une attention toute particulière aux relations franco-allemandes.

Bien que l'actuelle Chancelière reste la candidate favorite, les prochaines élections fédérales auront certainement un impact non négligeable sur la composition du parlement. Doit-on s'attendre à une nouvelle coalition ? Cela aura-t-il un impact sur la politique européenne menée par l'Allemagne?

La Chancelière a rencontrĂ© de sĂ©rieuses difficultĂ©s et perdu en crĂ©dibilitĂ© au cours de la  seconde partie de son troisième mandat, principalement Ă  la suite de sa dĂ©cision de l’étĂ© 2015 d’accueillir largement les rĂ©fugiĂ©s en provenance du Proche-Orient. Elle a dĂ» faire face aux tensions que ce choix a suscitĂ©es au sein de sa famille politique, en particulier avec la branche bavaroise de la CSU, d’une part, ainsi qu’à la montĂ©e du mouvement populiste de l’AfD qui a largement mordu sur l’électorat chrĂ©tien dĂ©mocrate, d’autre part. Sa popularitĂ© est en net recul, au moment oĂą celle de Martin Schulz, qui vient d’être dĂ©signĂ© officiellement comme candidat du SPD Ă  la Chancellerie, fait un bond spectaculaire, le mettant potentiellement en passe de faire jeu Ă©gal avec Angela Merkel. La Chancelière voit donc sa suprĂ©matie Ă©branlĂ©e et son renouvellement pour un quatrième mandat, s’il demeure probable, est devenu incertain.

En tout état de cause, si la remontée du SPD se confirme, elle aura pour corollaire le tassement relatif des partis de moindre importance. Le maintien d’une grande coalition avec un rééquilibrage au profit du SPD reste donc le scénario le plus vraisemblable. Que ce soit sur le plan économique et social interne ou sur le plan européen, ceci pourrait infléchir la politique gouvernementale en faveur de la promotion d’investissements d’avenir susceptibles de stimuler la croissance. Cette hypothèse reste néanmoins conjecturale au regard de l’évolution pour l’instant très incertaine de l’environnement économique international. Elle ne saurait en aucun cas justifier un quelconque attentisme présidentiel dans les ajustements structurels qui s’imposeront dans l’Hexagone...

Quel regard porte-t-on outre-Rhin sur la prochaine élection présidentielle en France ? Quels sont les attentes et les craintes de la classe politique et de l'opinion publique à cet égard ?

Les épisodes actuels pour le moins mouvementés de la campagne présidentielle française sont pour l’instant totalement éclipsés par le séisme que représente pour les responsables économiques et politiques allemands l’offensive protectionniste de Donald Trump. L’inquiétude se focalise en outre sur l’incertitude majeure autour des élections hollandaises du 15 mars. Et pour cause : l’hypothèse probable d’une sortie des Pays-Bas de la zone Euro en cas de victoire des populistes constitue une menace économique directe.

Bien que l’élection prĂ©sidentielle française passe momentanĂ©ment au second rang des prĂ©occupations en Allemagne, les perspectives actuelles demeurent illisibles et incertaines et font l’objet d’un attentisme perplexe. Le scĂ©nario le plus redoutĂ© reste plus que jamais celui d’une victoire du Front national sur les dĂ©combres de l’incapacitĂ© des partis "Ă©tablis"  Ă  offrir aux Français une perspective de changement crĂ©dible. Ce scĂ©nario est en Allemagne non seulement de triste mĂ©moire mais constitue Ă©galement la perspective aujourd’hui inacceptable de la dĂ©stabilisation de l’Euro et de la dĂ©construction de l’Europe. Reste l’espoir confiant que les Français, en dĂ©pit de leur imprĂ©visibilitĂ© chronique, sauront en fin de compte faire prĂ©valoir, face au danger, un choix de raison.

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