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Emploi des jeunes : le plaidoyer de l’Institut Montaigne

 Maylis Brandou
Auteur
Directrice adjointe

Troisième volet de notre partenariat avec l'Etudiant/Educpros.fr.

Alors que Valérie Pécresse souhaite instaurer davantage de professionnalisation au sein du cursus licence, l'Institut Montaigne revient sur son rapport « 15 propositions pour l'emploi des jeunes et des seniors » paru en septembre 2010.

En ce début d'année 2011, le chômage est la préoccupation première des Français. Cette crainte touche 81 % des personnes interrogées par l'institut Harris Interactive (1). Seuls 14 % d'entre eux se disent optimistes quant à la capacité du gouvernement à agir en faveur de l'emploi.

Selon l'INSEE, le taux de chômage en France métropolitaine était de 9,3 % de la population active au troisième trimestre 2010. Quant au taux de chômage des 15-24 ans, il a atteint 25 % au troisième trimestre 2010 (2) (pour mémoire, les lycéens et les étudiants ne sont pas comptabilisés dans les statistiques de l'emploi).

Or, au sein de cette classe d'âge, un très fort clivage existe entre les parcours acadĂ©miques : les diplĂ´mĂ©s des Ă©coles de commerce et des Ă©coles d'ingĂ©nieurs ne reprĂ©sentent que 4 % d'une gĂ©nĂ©ration et affichent un taux de chĂ´mage de seulement 5 % trois ans après la fin de leurs Ă©tudes. Ă€ l'inverse, sur les 17 % de jeunes sortis du système Ă©ducatif sans diplĂ´me, 32 % sont chĂ´meurs trois ans plus tard. Ou encore, sur les 17 % ayant en poche un CAP ou un BEP, 17 % d'entre eux sont encore au chĂ´mage Ă  l'issue de la mĂŞme pĂ©riode. La corrĂ©lation entre niveau d'Ă©tudes et accès Ă  l'emploi demeure donc très forte (3).

Ainsi, l'emploi des jeunes est un vaste chantier qui regroupe et masque des réalités très différentes, allant des non diplômés, en passant par les peu qualifiés, jusqu'aux bac + 3, + 4 ou + 5, chaque catégorie devant faire face à des difficultés spécifiques pour réussir son insertion sur le marché du travail. Proposer des mesures et des dispositifs en fonction des profils des jeunes (sans diplômes, peu qualifiés, décrocheurs, techniciens supérieurs, licenciés, bac + 4 et bac + 5...) permettrait de mieux répondre à la fois à la demande de ces jeunes et à celle des secteurs qui les recrutent.

Penser des mesures en fonction des profils : l'exemple de la licence professionnalisante

Le 17 dĂ©cembre dernier, la ministre de l'Enseignement supĂ©rieur et de la Recherche a annoncĂ© qu'elle prĂ©sentera prochainement une nouvelle organisation de la licence dans l’optique d’en faire « un diplĂ´me de rĂ©fĂ©rence pour l'emploi Â». La ministre a notamment soulignĂ© que la deuxième annĂ©e de licence devra comprendre « systĂ©matiquement un semestre de professionnalisation Â». Il pourra ĂŞtre l'occasion d'effectuer un stage et permettra Ă  l'Ă©tudiant de « faire le lien entre les savoirs et les compĂ©tences acquises et les mĂ©tiers qui leur correspondent Â». Pour ValĂ©rie PĂ©cresse, il s'agit de prĂ©voir « un temps long de maturation et d'affirmation du projet professionnel de l'Ă©tudiant Â». La troisième annĂ©e sera celle du « renforcement disciplinaire, de la spĂ©cialisation et du choix de la poursuite d'Ă©tudes ou de l'insertion professionnelle Â».

Dans son rapport « 15 propositions pour l'emploi des jeunes et des seniors Â», publiĂ© en septembre 2010, l'Institut Montaigne a rappelĂ© plusieurs des problèmes qui freinent la reconnaissance de la licence comme Ă©chelon pertinent pour accĂ©der directement au marchĂ© du travail :

  • un modèle universitaire qui demeure trop Ă©loignĂ© de l'entreprise, particulièrement au niveau de la licence et pour certaines filières, comme les sciences humaines et sociales ;
  • l'absence quasi totale Ă  bac + 3 d'une offre de formation organisĂ©e selon le principe de l'alternance ou comportant des stages ;
  • enfin, les Ă©tudes supĂ©rieures françaises s'illustrent par l'hĂ©gĂ©monie du bac + 5. Ainsi, la prĂ©gnance du statut de cadre obtenu par les diplĂ´mĂ©s Ă  bac + 5 (grandes Ă©coles et masters), alors que les diplĂ´mĂ©s Ă  bac + 2 ou bac + 3 ne sont toujours que 11 % Ă  l'avoir dĂ©crochĂ© après sept ans de vie active.

Ce mĂŞme rapport recommande de valoriser la licence pour faire de ce diplĂ´me un passeport pour l'emploi :

  • en crĂ©ant dans toutes les licences une sĂ©quence terminale professionnalisante ;
  • en instaurant une sĂ©lection en première annĂ©e de master et non plus en seconde annĂ©e ; le système actuel laisse penser aux licenciĂ©s qu'ils pourront facilement obtenir un master, ce qui n'est pas vrai compte tenu du caractère sĂ©lectif de la seconde annĂ©e, et les dissuade d'entrer directement sur le marchĂ© du travail ;
  • en communiquant massivement sur le caractère opĂ©rationnel et prestigieux de ces cursus, d'une part, ainsi que sur la possibilitĂ© de retour ultĂ©rieur aux Ă©tudes, d'autre part.

Ă€ l'heure oĂą le gouvernement entend faire de l'emploi des jeunes une « vraie prioritĂ© Â» et oĂą des discussions avec les partenaires sociaux sont en cours, d'autres propositions formulĂ©es par l'Institut Montaigne sont opĂ©rationnelles immĂ©diatement :

Généraliser l'enseignement par alternance

GĂ©nĂ©raliser l'enseignement par alternance Ă  tous les Ă©chelons de la formation initiale et accroĂ®tre de 100.000 unitĂ©s le nombre d'Ă©tudiants en alternance Ă  l'universitĂ©. Les formations par alternance via les contrats d'apprentissage ou les contrats de professionnalisation doivent ĂŞtre gĂ©nĂ©ralisĂ©es tant dans l'enseignement secondaire que dans l'enseignement supĂ©rieur. L'objectif d'accroissement du nombre d'Ă©tudiants en alternance peut ĂŞtre dĂ©clinĂ© comme suit :

  • organiser par alternance la dernière annĂ©e de toutes les licences professionnelles ;
  • offrir systĂ©matiquement aux Ă©tudiants dans chaque universitĂ© la possibilitĂ© d'effectuer la seconde annĂ©e de master par alternance ;
  • mobiliser les entreprises pour dĂ©velopper l'alternance au sein des licences gĂ©nĂ©rales dans les secteurs lettres, sciences humaines, droit et sciences Ă©conomiques ;
  • inciter l'ensemble des fonctions publiques Ă  accueillir des Ă©tudiants-apprentis.


Rendre employables les jeunes décrocheurs, sortis sans diplôme ou sans qualification du système éducatif

Premières victimes du chômage, ils sont 32 % à rester sans emploi trois ans après leur sortie du système scolaire. Concrètement, il s'agit :

  • d'attribuer un tuteur lors de l'inscription d'un jeune peu qualifiĂ© au PĂ´le emploi, dans une mission locale ou lors de la sortie du système scolaire ;
  • d'obliger ces jeunes, après une durĂ©e de six mois de chĂ´mage, Ă  suivre un processus d'orientation qui devra privilĂ©gier les formations conduisant Ă  l'emploi (artisanat, middle management). Le choix de la formation serait validĂ© par le tuteur. La formation en alternance Ă©tant le meilleur moyen de s'insĂ©rer dans le monde du travail pour ces jeunes – 64 % des apprentis sont en emploi sept mois après leur sortie du système scolaire –, l'État devrait verser une allocation de 300 € par mois au cours de la phase d'apprentissage.


Développer l'apprentissage et l'alternance diplômants dans l'entreprise

Trop peu d'entreprises offrent des formations validĂ©es par un diplĂ´me ou des qualifications reconnus par l'État, comme le permet la validation des acquis de l'expĂ©rience (VAE). L'exemple du « Campus Veolia Â» pourrait ĂŞtre repris par d'autres grands groupes. En Ă©tablissant des partenariats avec l'Éducation nationale, les chambres de commerce et d'industrie et les universitĂ©s, Veolia a mis en place une vingtaine de cursus dĂ©livrant des diplĂ´mes reconnus par l'État, allant du CAP au master.
Ces propositions doivent permettre de lever certains obstacles à l'insertion des jeunes, de repenser leur orientation scolaire ainsi que leur formation en prenant véritablement en compte la variété des profils. Il faut cependant aller plus loin et être plus ambitieux.

(1) Réalisé pour RTL et publié dimanche 2 janvier 2011.
(2) Au sens du Bureau international du travail (BIT).
(3) Source : graphique extrait du rapport de l’Institut Montaigne « 15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors Â», septembre 2010.

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