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EfficacitĂ© Ă©nergĂ©tique : l’UE se dote d’une nouvelle ambition

Efficacité énergétique : l’UE se dote d’une nouvelle ambition
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Le 19 juin dernier, la Commission, le Conseil et le Parlement europĂ©ens sont parvenus Ă  un accord en trilogue fixant un objectif d’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique non contraignant de 32,5 % en 2030. Benjamin Fremaux, Senior Fellow Ă©nergie et climat, et Manon Guyot, chargĂ©e d’études Ă  l'Institut Montaigne livrent leur analyse et font le lien avec la politique française et le plan de 14 milliards d’euros sur cinq ans pour la rĂ©novation Ă©nergĂ©tique des bâtiments annoncĂ© en avril dernier par Nicolas Hulot. 

L’Union europĂ©enne s’est dotĂ©e d’un objectif ambitieux : le Parlement, le Conseil et la Commission sont parvenus Ă  un accord pour porter l’objectif d’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique, exprimĂ©e en consommation d’énergie primaire et/ou finale, Ă  32,5 % en 2030. Cet accord est assorti d’une clause de rĂ©vision en 2023. Bien que cet objectif soit plus important que les 27 % portĂ©s par le Conseil europĂ©en en 2014, il est infĂ©rieur Ă  celui de 35 % initialement soutenu par le Parlement, et est non-contraignant. 

Cette directive met notamment en évidence l’importance de l’efficacité énergétique de l’habitat pour permettre cette transition. Les bâtiments représentent près de 45 % de notre consommation énergétique en France, et près de 40 % en Europe. Ils sont également les principaux émetteurs de CO2 (27 % en France et 36 % en Europe). Le taux de renouvellement du parc immobilier en France et en Europe est très faible, ce qui explique que les efforts d’amélioration de la performance énergétique doivent se concentrer sur la rénovation. Selon l’analyse d’impact réalisée par la Commission, un taux moyen annuel de rénovation de 3 % serait nécessaire pour concrétiser, de façon rentable, les ambitions de l’Union en matière d’efficacité énergétique. Il est d’environ 1 % aujourd’hui en moyenne au sein de l’UE.

"Bien que ces mesures soient encourageantes, il sera nécessaire de fournir des moyens plus conséquents et de s’assurer du bon calibrage des dispositifs existants pour qu’ils soient les plus incitatifs et efficaces possibles. "

La France s’inscrit dans la même vision : la rénovation énergétique des bâtiments est l’un des outils qui doit permettre d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Nicolas Hulot a annoncé en avril dernier un plan de 14 milliards d’euros sur cinq ans pour la rénovation énergétique des bâtiments, et vise la rénovation de 500 000 logements par an. Parmi les 500 000, un objectif annuel de 150 000 cible spécifiquement les propriétaires modestes occupant une passoire thermique, conformément à la directive européenne qui souligne l’importance de lutter en priorité contre la précarité énergétique. Cependant, on peut craindre le fait que cette somme annoncée n’est pas encore budgétée.

Le plan de Nicolas Hulot vise d’une part Ă  rĂ©nover les bâtiments privĂ©s en allouant 1,2 milliards d’euros Ă  l’Agence nationale de l’habitat (Anah) pour aider les mĂ©nages les plus modestes, et 3 milliards aux bailleurs sociaux. Les certificats d’économie d’énergie (CEE) viendront complĂ©ter ce plan de rĂ©novation Ă  hauteur de 5 milliards d’euros. Le gouvernement s’est Ă©galement engagĂ© Ă  transformer le CITE (crĂ©dit d'impĂ´t pour la transition Ă©nergĂ©tique) en prime d’ici 2019, mais ne prĂ©voit que 5 milliards d’euros sur cinq ans alors qu’il atteignait 1,7 milliards d’euros pour la seule annĂ©e de 2017. Bien que ces mesures soient encourageantes, il sera nĂ©cessaire de fournir des moyens plus consĂ©quents et de s’assurer du bon calibrage des dispositifs existants pour qu’ils soient les plus incitatifs et efficaces possibles. 

D’autre part, l’Etat souhaite montrer l’exemple en attribuant 4,8 milliards d’euros à la rénovation des bâtiments publics appartenant à l’Etat et aux collectivités locales. Si l’on considère que le parc tertiaire public représente près de 380 millions de m2, soit 37 % du parc tertiaire national, on peut douter que cela suffise.

"Bien qu’insuffisant, ce plan démontre néanmoins la volonté du gouvernement de porter cette ambition européenne et de respecter ses engagements de l’Accord de Paris"

Une étude réalisée par Coda Stratégies en 2016 présente le retour d'expérience des collectivités locales sur leur stratégie d'économie d'énergie de leur parc immobilier. Elle explique qu’aujourd’hui, les collectivités ont conscience des enjeux portés par la transition énergétique, mais que 60 % d’entre elles sont attentistes voire non engagées dans cette stratégie. Le niveau des investissements à consentir est la raison principale évoquée par les communes pour expliquer leur faible engagement. Cependant, le manque de financement n’est pas le seul obstacle, il y a également des défis techniques, politiques, et organisationnels qui freinent cette transition. Parmi ces enjeux, on compte le manque de volonté des politiques qui préfèrent réaliser des travaux qui ont une visibilité plus directe pour les administrés et privilégient les actions nécessaires à la continuité du service plutôt qu’à la réalisation d’économies sur le fonctionnement des services techniques, et un manque de compétences techniques.

Il est clair que les mesures prises par le gouvernement ne sont pas suffisantes. Une piste Ă  explorer pourrait ĂŞtre la mutualisation des ressources et des actions pour permettre aux collectivitĂ©s de petite taille d’accĂ©der aux services et compĂ©tences nĂ©cessaires, ou encore l’amĂ©lioration de la communication envers les administrĂ©s afin de les sensibiliser Ă  ces sujets. L’enveloppe de 3 milliards d’euros dont disposeront les collectivitĂ©s territoriales ne suffira pas Ă  la rĂ©novation des 280 millions de m2 qu’elles dĂ©tiennent. 

Bien qu’insuffisant, ce plan dĂ©montre nĂ©anmoins la volontĂ© du gouvernement de porter cette ambition europĂ©enne et de respecter ses engagements de l’Accord de Paris. S’il est correctement mis en place, il permettra non seulement d’avancer vers la neutralitĂ© carbone de notre Ă©conomie, mais aussi de dĂ©velopper l’activitĂ© dans le secteur du bâtiment, notamment en renforçant l’emploi local qualifiĂ© et non dĂ©localisable. 

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