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26/11/2010
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Dossier mĂ©dical partagĂ© et e-santĂ© : Ă©vitons le dĂ©sastre !

Dossier médical partagé et e-santé : évitons le désastre !
 Institut Montaigne
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Institut Montaigne

Article de Barbara Ngouyombo, PDG de Cloud Santé, experte associée à l'Institut Montaigne, publié dans "La Tribune" du 24 novembre 2010.

Inscrit dans la loi du 13 août 2004, le dossier médical personnel (DMP) aurait dû voir le jour en 2007. Orchestrée dans la précipitation, la première version du DMP a échoué, suscitant méfiance et incompréhension des professionnels de santé comme des patients. Une relance a été annoncée en 2009 et le DMP national est supposé voir le jour dès le mois prochain. L'enjeu du DMP ? Mettre à disposition de l'ensemble des assurés sociaux un dossier médical informatisé accessible en tout point du territoire et à tout moment. Tous les professionnels de santé autorisés par le patient pourront s'y connecter.

Depuis 2002, l'Institut Montaigne souhaite placer la dĂ©marche qualitĂ© au coeur du système de soins. Il vient de publier une note intitulĂ©e "RĂ©ussir le DMP", dans laquelle il formule cinq propositions pour rĂ©ussir cette relance dĂ©licate. AmĂ©liorer la qualitĂ© des soins, assurer leur continuitĂ© entre les professionnels de santĂ©, faciliter le partage d'informations dans le respect de la vie privĂ©e de chacun, Ă©viter les actes redondants : tels sont les espoirs fondĂ©s sur le DMP pour une meilleure qualitĂ© des soins et une plus grande maĂ®trise des dĂ©penses de santĂ©. En 2004, Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la SantĂ©, annonçait des gains de l'ordre de 3,5 milliards d'euros.

Ce chiffre a vite été revu à la baisse et, lors de l'annonce de la relance en avril 2009, le ministère de la Santé s'est bien gardé d'avancer un chiffre précis. Si les gains doivent encore être précisément chiffrés, la réussite du DMP aura un coût. Or le budget annonce est de l'ordre de 90 millions d'euros pour 2010. Un chiffre presque dérisoire rapporté aux 12 milliards de livres investis par la Grande-Bretagne pour l'informatisation de son système de santé national, projet qui a largement dépassé le cadre du simple dossier patient numérisé.

Relancer avec succès le DMP constitue un vĂ©ritable dĂ©fi. Susciter l'intĂ©rĂŞt des patients et mobiliser les professionnels de santĂ© n'est pas si simple. Depuis 2004, les attentes ont Ă©voluĂ© et de nombreux dossiers mĂ©dicaux informatisĂ©s issus d'expĂ©rimentations locales innovantes ont vu le jour, alors que les pouvoirs publics retardaient sans cesse le lancement national. Il faut Ă©viter un DMP cloisonnĂ© et non "communiquant" qui ne prendrait pas en compte ces innovations locales et les multiples logiciels dĂ©jĂ  utilisĂ©s par les professionnels de santĂ©. Les SuĂ©dois l'ont bien compris et leur stratĂ©gie nationale en matière d'e-santĂ© a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e en concertation avec l'ensemble des professionnels de santĂ©. Le dossier mĂ©dical Ă©lectronique suĂ©dois est dĂ©jĂ  opĂ©rationnel et les diffĂ©rents systèmes existants peuvent se connecter aisĂ©ment au dossier mĂ©dical national. Les patients doivent ĂŞtre placĂ©s au cœur de la stratĂ©gie de dĂ©ploiement du DMP qui ne saurait ĂŞtre un simple carnet de santĂ© informatisĂ© se contentant de stocker des donnĂ©es peu lisibles sans offrir une interface intelligible pour les patients. Des incitations financières peuvent ĂŞtre envisagĂ©es par les groupes de prĂ©voyance, les mutuelles et les compagnies d'assurances afin d'encourager les patients Ă  utiliser le DMP. Ils auraient tout Ă  y gagner, car un DMP dĂ»ment renseignĂ© diminuera considĂ©rablement les actes redondants et Ă©vitera nombre d'accidents iatrogènes. Pour encourager les mĂ©decins, on peut imaginer des incitations financières inspirĂ©es des contrats d'amĂ©lioration des pratiques individuelles (CAPI).

Certains assurĂ©s sociaux devraient d'ailleurs ĂŞtre ciblĂ©s prioritairement : avant d'Ă©tendre le DMP, les sept millions de personnes atteintes d'affections longue durĂ©e (ou ALD, tels le diabète, le cancer ou l'hypertension) ainsi que celles en situation de dĂ©pendance devraient se voir attribuer en prioritĂ© un DMP. Ces patients sont dĂ©jĂ  sensibilisĂ©s Ă  la nĂ©cessitĂ© d'un suivi multidisciplinaire et les professionnels de santĂ© qui les suivent travaillent en concertation et sont demandeurs d'un meilleur partage de l'information. Commencer par ces populations n'exclut pas de sensibiliser tous nos concitoyens. Depuis l'annonce de 2004, l'information sur le DMP est peu lisible. Une campagne d'information doit ĂŞtre envisagĂ©e au plus vite afin de susciter l'intĂ©rĂŞt des usagers et de les prĂ©parer Ă  l'arrivĂ©e de ce nouvel outil. Le DMP est une excellente idĂ©e : ne la gâchons pas.

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